E. Macron : absence de discours

Le président du renouveau et de l'inouï frappé d'archaïsme.

E. Macron enfonce le clou. Il file ad nauseam l'anaphore guerrière.

Venu au pouvoir à la tête d'un groupe fraîchement créé formé d'individus dont la modernité devait le disputer à l'inventivité, il se trouve aujourd'hui retranché dans un langage de (re)-tranchées. Et pour amplifier jusqu'à l’écœurement les formules, le décor devient "pléonasmique". 

Quelle outrecuidance que pour imposer ce verbe usé et inadéquat à la situation dans les esprits, il en soit allé jusqu'à faire son discours devant un quarteron de képis.

Qui gère la crise aujourd'hui ? Des civils ! Y compris les imbéciles chers au ministre de l'intérieur. C'est parce que des individus, et bien entendu beaucoup dans l'univers du soin mais pas seulement, (je connais par exemple des groupes qui se sont mis, en région parisienne, à coudre des masques, en essayant de respecter les gestes barrières, en s'informant de la qualité qu'ils devaient avoir, pour les distribuer dans des centres où sont logés plus ou moins officiellement - mais abandonnés -  des sans-papiers)  n'ont pas attendu que les ordres suivent une chaîne de commandement qui n'en pouvait mais, que des dispositions ont été prises pour parer au plus pressé et organiser les services. Je crois que cela dans de nombreux endroits s'est produit tout le long de la chaîne hiérarchique. Il fallait faire et faire vite, alors les gens ont fait.

N'était-ce pas devant ceux que la population applaudit tous les soirs qu'il fallait faire cette déclaration présidentielle ?

Où était l'armée depuis le début de cette infection ? Nulle part et c'est bien normal, elle n'avait rien à y faire.

Que, au cas où par exemple les poubelles ne puissent plus être ramassées, que les transports indispensables ne fonctionnent plus assez bien, alors oui, il est normal que l'armée mettent à disposition du matériel et des bras. Comme il est normal qu'elle soit capable de monter un hôpital de campagne pour aider les hospitaliers. Et alors, est-ce la guerre pour autant ?

Mais voilà, celui que certains ont voulu présenter comme le président-philosophe ne sait pas comment dire cette crise qui n'a pas de précédent, le génie de la modernité le fuit, alors il se réfugie dans l'archaïsme des paroles et des rodomontades guerrières, le langage est tout fait et il fonctionne tout seul pour qui ne sait pas quoi dire ou comment dire.

Que peut signifier cet arrière plan militaire sinon, puisqu'on ne cesse de déclarer que c'est une guerre, que ce sont les militaires qui vont enfin prendre les choses en main ? Baïonnette au canon et Chassepot pour tous les soldats? Tout le monde guérit, sinon vous m'frez 15 jours !

Signifierait-il que le chef d'un gouvernement remarquable d'impuissance veuille rappeler qu'il est aussi le chef des armées ? Pour quelles raisons ? Se redonner une stature de général au milieu d'un conflit, ( il faut lire un remarquable passage de Guerre et Paix de Tolstoï, dans lequel au moment d'une lutte acharnée pour la prise d'un pont entre les troupes napoléoniennes et russes, un général russe, sur un promontoire à l'arrière de la bataille opine du chef à chaque mouvement de troupe, de recul ou d'avancée, comme s'il avait bien prévu tout cela...) faire croire à coups de menton que c'est encore l'état qui gère la situation et fait les choix stratégiques ? Ou bien ?

 

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