Ça y est, vous avez votre billet, vos bagages, vos provisions, vous êtes dans la salle d’attente de la gare, et le haut-parleur hurle l’ordre d’embarquer. Vous vous dirigez vers le portillon où une préposée en uniforme vérifiera encore une fois que votre le numéro sur votre billet correspond bien à celui de votre titre d’identité. Si vous avez une couchette, inutile de vous précipiter, laissez passer la plèbe, votre place vous attend.
Une fois sur le quai, trouvez la bonne voiture. Son numéro est indiqué sur le billet. Là, présentez votre billet au responsable du wagon, qui attend en uniforme devant la porte. Vous pourrez ensuite monter vous installer.
Si vous êtes en couchettes molles, les comportements, qui ferment grâce à une porte coulissante, contiennent quatre couchettes. Sur certaines lignes, il existe même des couchettes molles « de luxe », avec deux couchettes et cabinet de toilette privé.
Si vous êtes en couchettes dures, les compartiments contiennent six couchettes et n’ont pas de porte. Le wagon s’apparente en fait à un grand dortoir ambulant.
Pendant la journée, les passagers des couchettes du haut ont tendance à s’assoir sur les couchettes du bas. Néanmoins, en dehors des heures de repas, les passagers font souvent la sieste. Les voyageurs chinois transportent généralement quantités de victuailles pour le trajet. La tablette entre les deux couchettes du bas est rapidement occupée.
Il y a aussi des strapontins et une tablette plus petite côté couloir, ce qui permet d’admirer le paysage tranquillement sans occuper la couchette du bas.
Après le départ du train, le responsable du wagon vient contrôler les billets. Il tient à la main un grand registre qui ressemble à un porte-cartes. Contre votre billet, il vous remettra une carte avec un numéro, à conserver. Cela lui permet de savoir quel passager descend à quelle gare, et de réveiller les voyageurs à temps. Avant d’arriver à destination, il viendra vous rendre votre billet, en échange de cette même carte.
Chaque wagon possède un samovar, qui fonctionne parfois encore au charbon. C’est grâce à ces samovars que flotte encore souvent dans les gare un doux fumet de charbon. À toute heure, vous pouvez donc vous faire du thé, ou ébouillanter vos nouilles instantanées.
La plupart des trains possèdent aussi un wagon restaurant. La cuisine n’est pas toujours très raffinée, mais la qualité varie d’un train à l’autre, en fonction des talents des cuisiniers. Il y a souvent une table hallal. Parfois, vous aurez droit à des rideaux en dentelle (industrielle) et à une rose en plastique. À certaines heures, le wagon-restaurant est monopolisé par le personnel du train qui s’en sert comme cantine ou même comme salle de réunion, mais on est généralement plus tolérant avec les passagers étrangers.
Vous aurez également droit au programme radiophonique du train, sous la responsabilité de l’animateur de bord. Il comprend généralement des chansons sirupeuses, des conseils d’hygiène (ne pas cracher par terre), de bienséance (être poli avec les autres voyageurs) et de sécurité (ne pas transporter des feux d’artifices et autres produits dangereux), accompagnés d’histoires à faire peur (en telle année, les feux d’artifice de M. Wang ont fait exploser tel train). Signe des temps, les programmes radiophoniques ont cependant tendance à se réduire.
Vous aurez certainement l’occasion de faire la causette avec d’autres passagers, surtout en couchettes dures. En couchettes molles, on est généralement plus réservé, mais il y a parfois de bonnes surprises. À vous de gérer jusqu’où vous voulez aller, si vous voulez révéler le prix de votre montre, le montant de votre salaire ou votre situation matrimoniale.
Le soir, à 22h, il y a extinction des feux, et les passagers sont priés de dormir. Parfois, certains jouent encore aux cartes avec une lampe de poche, mais le responsable du wagon veille au calme. En couchettes molles, les passagers ont généralement une plus grande latitude dans l’organisation de leur emploi du temps à bord.
Question sanitaires, les wagons sont équipés d’une zone de lavabos avec de l’eau froide uniquement. Il y a également deux toilettes par wagons. Il s’agit de modèles turcs, simples, dans lesquels on n’a pas envie de s’attarder. Le papier n’est pas fourni, mais vous pouvez généralement en acheter à bord au wagonnet de vente ambulante.
Le plus grand agrément reste bien entendu le paysage, en particulier dans les zones accidentées, montagnes ou vallées. La meilleure place est dans le couloir sur le strapontin, dans le sens de la marche. Avec un bon livre et une tasse de thé. Bon voyage!
Jean-Marc Peretti