Nature = loi de la jungle. Culture = Chartre des droits de l’homme

Une personne peut se sentir « nature » en exprimant à l’occasion, voire systématiquement, son désir de s’affranchir de sa culture.  Elle se veut immaculée, brute de décoffrage, aussi innocente que l’agneau qui vient de naître. Elle  estime nécessaire et suffisant, à un certain moment, de ne satisfaire que les besoins fondamentaux propres à tout animal et qui fera d’elle une personne authentique.

C’est sans doute ce genre de raisonnement qui permet à des personnes relativement bien insérées dans la société et profitant de leur statut social de justifier un comportement abject.

Car abject est le fait pour un être humain de ne pas respecter son semblable, le viol et le meurtre en étant les formes les plus intolérables. Or le mouvement de révolte « balance ton porc » commet une légère erreur : il insulte un animal  incontournable dans l’alimentation humaine actuelle, pas plus détestable que les autres animaux car ce mammifère ne fait que vivre selon la programmation dictée par son génome et n’est pas responsable de la facilité que nous avons à nous identifier à lui, y compris lorsque sa consommation nous évoque l’anthropophagie.

De fait le comportement criminel d’un être humain tel que le viol n’est en rien une action bestiale. Il porte a contrario un des plus hauts témoignages d’humanité : celui d’exercer le pire des choix possibles alors que le raffinement de l’art de vivre humainement à présent adopté par la majorité des peuples est théoriquement à la portée de tout être humain.

C’est donc à un tribunal compétent de décider de la plus ou moins grande responsabilité du criminel et du niveau d’une tentative de réparation. Estimation difficile car intervient la prise en compte de la culture éventuellement acquise.

La culture fait plus ou moins d’un humain brut de fonderie une merveille de la nature ou sa caricature.

 Ainsi certaines sociétés contemporaines offrent comme idéal à atteindre aux jeunes hommes, voire aux enfants, la violence sous toutes ses formes. Etre un homme, un vrai, s’y mesure au nombre d’oreilles de femmes violées suspendu en collier à son cou.

D’autres sociétés permettent aux citoyens de mener une vie agréable et passionnante, sauf que les disparités sont souvent importantes et injustes. Tout dépend de la politique mise en place. C’est le cas de la France dont le fonctionnement actuel amplifie les disparités.

En France, même si nous avons évité le pire (un Fillon cupide et incompétent), la situation est inquiétante : l’incroyable inconsistance de la représentante de l’extrême-droite a donné aux Français un président par défaut, un personnage habile, certes, dont l’emphase fait douter de la sincérité, qui se dit mi-chèvre, mi-choux.

Mais le problème que pose ce personnage se précise à présent par sa façon de considérer les migrants. Il est évident que Monsieur le président Macron est infiniment plus à l’aise avec des PDG qu’avec un citoyen lamba dont il ne semble pas pouvoir imaginer les problèmes. Alors que dire de sa relation aux migrants qui paraissent à ses yeux ne pas faire partie de l’espèce humaine.

Les migrants sont les hérauts de la misère du monde. Ils incarnent l’aberration de l’économie mondiale dont les richesses sont détenues par une toute petite minorité : « Les 1% les plus riches ont capté 82% des richesses en 2017, selon Oxfam » titre le Nouvel Obs de ce jour.

 Le crime de ces personnes que sont les migrants réside dans le fait qu’ils ne demandent qu’à vivre. Quel toupet !

Or la grande faiblesse  d’une démocratie repose sur l’importance donnée au peuple. Car le peuple n’a  pas de perspective d’avenir. Il vit au jour le jour, dans la répétition de tâches plus ou moins passionnantes, souvent ennuyeuses mais indispensables. Il se contente de petits plaisirs, agrémentées de joies. Auto, boulot, dodo. Il est englué dans le quotidien qu’il subit sans trop râler.

Le peuple, ça ronronne.

C’est sa vocation. Surtout, ne rien changer. L’inconnu lui fait peur, et si, en plus, des personnes prétendues compétentes, lui présentent les étrangers au Pays comme dangereuses, il sera tout heureux de justifier sa xénophobie viscérale.

Heureusement que dans cette grande soupe populaire, certains mettent leur grain de sel, jettent une pincée d’aromates, un ou deux tours de poivre qui améliore l’ordinaire. Un concert, un match, une course. Ça excite le public qui vit par procuration un exploit de champion, puis s’en va dormir.

La culture populaire s’arrête là, dans la morne plaine du quotidien.

Ainsi la démocratie ressemble à un vaste cimetière dont les hôtes sont morts avant que de naître, comme le chantait Brel.

Sauf si…

Sauf si les politiques remplissaient leur mission culturelle.

Etant  libérés des tâches routinières, la mission des politiques est d’imaginer l’avenir, d’ouvrir au peuple des perspectives héroïques, de lui offrir des occasions de se sublimer, de dépasser ses égoïsmes légitimes, de faire preuve de générosité.

Ce peuple qui en d’autres temps a fait preuve d’altruisme peut aisément comprendre les enjeux mondiaux d’aujourd’hui, la nécessité de se donner comme objectif les exigences de la charte des droits de l’homme et du citoyen, qui priment sur la mesquinerie à courte vue d’une politique nationale de boutiquier ranci.

Hébergeons tous les demandeurs de séjourner en France. Nous en avons largement la capacité d’accueil.

Alors les citoyens français retrouveront leur fierté du devoir accompli.

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