Assis sur la cuvette des chiottes
le regard perdu des sans-culottes
je cuvais alors mon vin
fumant le calumet assassin.
J'appartenais au mouvement
de la précarité,
de l'anecdote historique,
de la non-reconnaissance sociale,
de l'existence sous X.
Anonyme parmi les anonymes.
J'étais un migrant blanc
avec mes humeurs noires
et mon humour riait jaune
comme celui d'un perdant
à chaque fois niqué
sur sa ligne de joint.
Les senteurs de Marie Juana,
la belle Mexicaine aux cheveux de jade,
remontaient mes narines
tandis que mes yeux brûlaient
le feu sous les gaz lacrymos.
Cannes ne disait mot.
A part le gros Gérard
qui me traitait de vieux con
assis sur sa cuvette des chiottes
lui qui chiait sur le beau monde
en jouant au poker de Raspoutine.
Tas de fric.
Tas de merde.
A Cannes c'était Nuit Tabou.
Aucune actrice n'avait eu le minois assez joli
pour sortir un beautiful coup de gueule
en faveur de Nuit Debout.
Aucun acteur ne soufflait la révolte
en appelant à la révolution des consciences.
Rien qu'un silence glacial
renvoyait les précaires au banc de leur Fac.
Aucun réalisateur ne tournera jamais
un film ayant comme titre
"Assis sur la cuvette des chiottes"
en souvenir des chieurs et des chieuses.
Parce que les petits branleurs
et les petites branleuses
de Nuit Debout
sont hors système
ils sont aussi hors du thème
du grand écran aux milliards.
Poing levé!
Notre cinéma est dans la rue!