Medef : Geoffroy Roux de Bézieux, l’effet particule

La campagne pour la succession de Pierre Gattaz bat son plein. L'un des favoris, Geoffroy Roux de Bézieux, s'il se présente comme réformateur, semble pourtant issu tout droit de l'ancien monde.

Dans la course à la succession de Pierre Gattaz à la tête du Medef, si certains candidats incarnent le besoin de renouvellement des hommes et des pratiques qui, il y a un an, a conduit Emmanuel Macron à l’Elysée, d'autres, comme Geoffroy Roux de Bézieux, incarnent une vision très « France d’avant » de la fonction. Un caractère « vieux-jeu » que dissimulent mal les déclarations progressistes de l’homme à la particule.

Vice-président de l'organisation patronale depuis cinq ans – un poste qu'il ne doit qu'à son désistement au profit de Pierre Gattaz, dans la dernière ligne droite de l'élection de 2013 –, Geoffroy Roux de Bézieux mène cette nouvelle campagne comme si le job de président du Medef lui revenait de droit. Une présidence de droit divin, en quelque sorte. « C’est mon tour d’être président, c’est mon droit », semble-t-il penser, faisant peu de cas des électeurs du MEDEF. Pourtant, ces derniers ne sont pas disposés à se laisser imposer leur futur président : ils entendent passer les engagements des candidats au tamis, se livrer à un examen méticuleux de leurs réalisations passées.


Dans le cas de Geoffroy Roux de Bézieux, ils sont nombreux, dans les couloirs du MEDEF, avenue Bosquet, à poser des questions qui fâchent et à mettre en évidence le décalage entre ses propos de campagne et ses réalisations passées, entre ses promesses de réformes et son bilan. « Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais », l’ont même surnommé nombre de responsables et de permanents patronaux. Pour étayer leurs propos, ces derniers fournissent à la demande nombre d’exemples de distorsion entre l’action et le verbe de Geoffroy Roux de Bézieux.


Se déclare-t-il patriote qu’on lui rappelle qu’il a vendu ses sociétés à des groupes étrangers et que le bilan social a été très lourd. Se proclame-t-il entrepreneur à succès qu’on lui présente les résultats de son « navire amiral », plus proche de la barcasse que du paquebot Transatlantique. Pour beaucoup, il est surtout un deal maker qui achète et revend des sociétés. Se prétend-il réformateur que ses collègues du Conseil Exécutif du MEDEF vous susurrent que son bilan à la vice-présidence du MEDEF est incroyablement maigre, et que son passage à la présidence de l’UNEDIC a été marqué par un immobilisme absolu et, par voie de conséquence, par des résultats médiocres.


Mondain, jouant perso, volontiers arrogant, obsédé par le court terme et son image médiatique : c’est ainsi que Geoffroy Roux de Bézieux est perçu par nombre de ses pairs, qui considèrent qu’en le choisissant le MEDEF offrirait le visage d’une organisation passéiste et rétrograde et renoncerait, de fait, à toute influence sur les pouvoirs publics, à toute possibilité d’un dialogue social moderne et apaisé et à toute capacité de combler le fossé qui sépare la principale organisation patronale de l’opinion publique.

 

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