Sombre interlude

Nouvelle déjà ancienne, que nous avions répétée avec trois autres histoires en vue d'un spectacle de théâtre amateur. On a seulement terminé et représenté une des quatre, une farce médiévale. Mais c'était celle-ci que je préférais. J'ai relu récemment, et je la préfère encore plus. Entre 1963, parution, 1985, ma période théâtre, et 2019, elle ne cesse de coller à notre monde.

Fredric Brown a écrit des nouvelles et romans, policiers, de science-fiction, ou les deux à la fois. Avec toujours de l'humour, et parfois du cynisme. Voici Sombre interlude, tiré du recueil Nightmares and geezenstacks, traduit en français sous le titre Fantômes et farfafouilles.

Sombre interlude

(en collaboration avec Mack Reynolds)

Le shériff Ben Rand avait l’œil grave :
— Mais oui, mon p’tit, tu ne te sens pas dans ton assiette, mais c’est normal. Mais si ce que tu racontes est vrai, faut pas t’en faire. Faut pas t’en faire. Tout ça va s’arranger, p’tit.
— C’était il y a trois heures, Shérif… dit Alenby. Excusez-moi d’avoir mis si longtemps à venir en ville, et excusez-moi de vous avoir réveillé. Mais ma sœur a été comme hystérique pendant un bon moment. Il a fallu que j’essaye de la calmer. Et puis la vieille bagnole ne voulait pas démarrer.
— Pour ce qui est de m’avoir réveillé, p’tit, faut pas t’en faire. Quand on est shériff, il faut l'être vingt-quatre heures par jour. Et de toutes façons, il est pas tard ; je me suis couché un peu tôt ce soir, c'est tout. Enfin, on va commencer par le commencement. Tu dis que tu t'appelles Lou Allenby ? C'est un beau nom bien de chez nous, ça, un vrai nom de Sudiste. Tu serais pas parent de Rance Allenby, qui tenait le bazar de Cooperville ? Rance, c'était un copain d'école à moi… Enfin, donc, ce gars, tu dis qu'il venait de l’ avenir ?

*

Le Présidor du Service des Recherches Historique resta sceptique jusqu'au bout :
— Moi, dit-il, je reste persuadé que ce n'est pas réalisable. Votre projet implique des paradoxes qui présentent une insurmontable…
Le Dr Matthe, le célèbre physicien, coupa la parole au Présidor :
— Vous savez quand même bien ce qu'est la Dichotomie, dit-il.
Le Présidor l'ignorait et, cela étant, ne répondit rien pour faire comprendre qu'il désirait une explication.
— La Dichotomie a été mise sur pied par Zénon.  Zénon était un philosophe grec qui vivait environ cinq siècles avant ce prophète de l'antiquité dont la date de naissance servait d'origine au calendrier des primitifs. La Dichotomie pose qu'il est impossible de franchir une distance donnée. Le raisonnement dichotomique est le suivant : il faut commencer par franchir la moitié de la distance ; puis la moitié de celle qui reste ; puis la moitié du reste du reste, et ainsi de suite. Il en ressort qu'il reste toujours à franchir la moitié de la dernière fraction de distance, et que dans ces conditions le mouvement est impossible.

achille-et-la-tortue
— Cela n'a aucun rapport, objecta le Présidor : pour commencer, votre Grec supposait que tout ensemble composé d'un nombre infini de parcelles doit lui-même être infini, alors que nous, nous savons qu'un nombre infini d'éléments donnent un total parfaitement fini. De plus…
Matthe eut un doux sourire et leva la main :
— Je me suis sûrement mal exprimé, dit-il. Je ne conteste pas que de nos jours nous sachions démonter le paradoxe de Zénon. Mais je vous certifie que pendant de longs siècles les meilleurs esprits que pouvait produire la race humaine ne parvenait pas à lui donner d'explication logique.
— Je vois mal où vous voulez en venir, Docteur, dit le Présidor. Excusez-moi, mais quel rapport établissez-vous entre cette Dichotomie de Zénon et votre projet d'expédition dans le passé ?
— C'était une simple analogie. Zénon avait construit le paradoxe démontrant l'impossibilité de franchir une distance donnée et les hommes des temps jadis ne parvenaient pas à trouver la faille de son raisonnement. Mais cela les empêchait-il de franchir des distances données ? Non, bien sûr. Or, aujourd'hui, mes adjoints et moi-même avons mis au point un procédé pour expédier notre jeune ami que voici, Jan Obreen, dans le passé lointain. Le paradoxe que l'on nous oppose saute aux yeux : et s'il tuait un de ses propres ancêtres, ou modifiait un point quelconque du déroulement de l'Histoire ? Je ne me prétends pas capable d'expliquer comment un voyage dans le temps surmonte ce paradoxe apparent ; tout ce que je sais est que les voyages dans le temps sont du domaine du possible. Je ne doute pas que, quelque jour, des esprits supérieurs au mien parviendront à trouver la faille du raisonnement conduisant à ce paradoxe, mais en attendant nous franchirons les distances données dans le temps, paradoxe ou pas paradoxe.
Jan Obreen avait écouté dans un silence respectueux les discussions de ses supérieurs distingués. Il se décida enfin, s'éclaircit la gorge, et déclara :
— Je crois que l'heure est venue pour l'expérience. Le Présidor haussa les épaules pour montrer qu’il maintenait ses objections, mais ne répondit rien. Il jeta un regard chargé de doutes sur l'équipement rangé dans un coin du labo.
Le Dr Matthe se hâta de donner les dernières instructions à son disciple :
— Nous en avons discuté cent et mille fois, Jan, mais récapitulons brièvement : vous devriez apparaître vers le milieu de ce qu'on appelait alors « le XXième siècle », mais nous ne pouvons déterminer l'année exacte. La langue que vous entendrez parler sera l'améranglais que vous avez étudiée à fond : sur ce point, vous n'aurez aucune difficulté, en principe. Vous apparaîtrez dans les États-Unis d'Amérique, une des nations des temps jadis, correspondant à une division politique dont le but n'a pas été établi de façon certaine. Un des buts de votre expédition sera justement de déterminer pourquoi la race humaine de l'époque se dispersait en une multitude de nations au lieu d'avoir un gouvernement unique.
« Il faudra vous adapter aux conditions de vie que vous rencontrerez, mon cher Jan. Nos renseignements historiques sont tellement vagues que nous ne pouvons même pas vous donner un aperçu de ce que vous allez trouver.
Le Présidor intervint encore :
— Je reste très pessimiste, dit-il. Mais vous vous êtes porté volontaire et je n'ai aucun droit d'intervenir. Votre tâche la plus importante sera de laisser un message qui nous parviendra ; si vous réussissez, d'autres tentatives seront faites, en direction d'autres périodes de l'Histoire. Si vous échouez…
— Il n'échouera pas ! dit le Dr Matthe.
Le Présidor secoua la tête et serra longuement la main de Jan Obreen. Jan Obreen commença à se harnacher avec l’équipement, et grimpa sur la petite plateforme de l'appareil. Sa main tremblait un peu sur les poignées du tableau de bord, mais il faisait son possible pour masquer l’émotion qui le taraudait.

*

Ainsi donc, dit le shériff, tu dis que l'individu t'a dit qu'il venait de l'avenir ?
— Oui, dit Lou Allenby : qu'il venait de dans quatre mille ans environ. Il disait qu'il venait de l'an trois mille deux cent et quelque chose, mais que c'était dans quatre mille ans, vu qu'ils ont changé de calendrier, entre temps.
— Et t'as pas pensé que c'était du bidon ? A t'écouter parler, on se dit que tu y crois, à ce truc.
Lou Allenby passa sa langue sur ses lèvres desséchées :
— J'y croyais assez, en quelque sorte, dit-il. Il avait un quelque chose ; il était pas comme tout le monde. Je veux pas dire son apparence physique, il pouvait bien passer pour un gars né maintenant, mais il avait… il était pas comme tout le monde. Il avait en quelque sorte l'air d'être en paix avec lui-même ; il donnait l’impression de venir de quelque part où tout le monde était heureux. Et il était malin, je ne vous dis que ça. Et c'était pas un fou, non plus.
— Et qu'est-ce qu'il était venu faire dans le passé, chez nous ? demanda le shériff d'une voix doucement ironique.
— C'était une sorte d'étudiant. D'après ce qu'il disait, tout le monde était étudiant, dans l'avenir d'où il venait. Ils auraient résolu tous les problèmes de production et de distribution, personne n'aurait à s'inquiéter de gagner sa vie ; à l'entendre, ils ne connaîtraient aucun de nos soucis.
Lou Allenby s'interrompit. Il poussa un profond soupir et reprit, d'une voix où perçait une sorte d'amertume :
— Il était revenu pour enquêter dans notre époque. Ils ne savent pas grand-chose de nous, à ce qu'il parait. Il y a eu quelque chose, entre temps, une sorte de sale période de quelques siècles, et la plupart des livres et des archives ont été perdus. Ils ont quelques documents, mais rares. Alors ils ne savent pas grand-chose de nous et voudraient en savoir davantage.
— Et tu as gobé tout ça, p’tit ? Il avait une preuve de quelque chose, ou quoi ?

*

C'était le point dangereux ; c'était la plus grande difficulté de l'entreprise. Ils n'avaient aucune notion précise sur l'état du pays, à quarante siècles d'écart, et ne pouvaient déterminer où se trouvaient des arbres ou des maisons. Si Jan se matérialisait en un endroit mal approprié, il risquait une mort instantanée.
Jan eut pourtant de la chance, il ne heurta rien. Au contraire, il apparut en plein air, à trois mètres du sol, au dessus d'un champ labouré. Une sale chute, mais la terre meuble amortit le choc. Il avait mal à une cheville, peut-être une foulure, mais ce n'était pas trop grave. Il se releva et regarda autour de lui.
La seule présence du champ labouré était la preuve de la réussite, au moins partielle, des plans de Matthe : il se trouvait dans un passé assurément lointain, où l'agriculture était encore indispensable à l'économie des hommes, comme il convenait à une civilisation très antérieure à celle qu'il venait de quitter.
À moins d'un kilomètre il y avait une région boisée ; ce n'était pas un parc, ni même une forêt rationnelle conçue pour abriter ce qui survivait de la vie sauvage de son époque. C'était un bout de terre où les arbres poussaient au hasard… un spectacle incroyable. Il n'oubliait pas qu'il lui faudrait s'accoutumer à l’incroyable ; de toutes les périodes de l'Histoire, c'était la moins connue. Bien des choses y seraient étranges.
À sa droite, à quelques centaines de mètres, il y avait une construction en bois. Indubitablement une habitation humaine, malgré son allure primitive. Et il eût été sot de remettre cela à plus tard : il faudrait bien qu'il prenne contact avec ses semblables. II s'avança en boitillant vers sa rencontre avec le vingtième siècle.
La jeune fille n'avait de toute évidence pas vu son arrivée précipitée, mais quand il fut arrivé dans la cour de la ferme, elle était déjà sur le pas de sa porte, et lui souriait.
Elle portait une tenue d'un autre âge : l'époque de laquelle il venait ne vêtait pas la partie féminine de la race avec l'intention d'en séduire la partie mâle. Et cette jeune femme était vêtue de couleurs claires et agréables à l'œil, sa robe faisant de plus ressortir les courbes juvéniles de son corps. Et ce n'était pas seulement la robe qui avait fait sursauter Jan : la jeune femme avait des lèvres d'une couleur que la nature ne saurait produire. Il avait lu, dans de doctes ouvrages, que les femmes primitives se badigeonnaient le visage de colorants divers ; chose étrange, placé devant la réalité, il ne la trouvait pas repoussante.
Elle sourit, et les lèvres rouges firent ressortir la blancheur des dents bien régulières :
— Vous vous seriez donné moins de mal, si vous étiez venu par la route et non par le champ, dit-elle.
S'il avait eu davantage l'expérience des femmes, il se serait rendu compte de l'intérêt qu'il inspirait à la jeune femme qui l'observait attentivement.
— Je crains d'être mal familiarisé avec vos méthodes agricoles. J'espère n'avoir point endommagé irrévocablement les produits de vos efforts horticulturaux.
Susan Allenby sursauta devant la phrase laborieuse, mais elle sourit :
— On dirait que vous avez avalé un dictionnaire, dit-elle. Mais… mais vous vous êtes fait mal à la cheville ? Entrez vite dans la maison, je vais vous soigner ça.
Il la suivit, sans mot dire. Quelque chose de phénoménal envahissait Jan Obreen, faisant réagir de façon très étrange, mais néanmoins agréable, son métabolisme. Il comprenait ce que le docteur et le presidor entendaient par « paradoxe ».

*

Tu n'étais pas là quand le gars est arrivé chez toi ? demanda le shériff.
— Ça se passait il y a dix jours. J’étais à Miami, où je prenais quinze jours de vacances. Susan et moi prenons tous les ans quinze jours de vacances, mais chacun de son côté : ça fait du bien de ne pas être tout le temps ensemble.
— T'as raison, p’tit. Mais ta sœur, elle y avait cru à cette histoire d'où arrivait le gars ?
— Oui, Shériff. Et elle avait des preuves. J’aurais bien voulu que vous voyiez ça vous-même. Le champ dans lequel il avait atterri était labouré de frais. Après avoir bandé la cheville du gars, ma sœur voulait voir, après ce qu'il lui avait raconté. Elle a suivi ses pas de la maison jusqu'à l'endroit où commençaient les traces. Eh bien ! c’était en plein milieu d'un champ, avec une trace plus profonde, comme si le gars était tombé là.
— Il avait peut-être sauté d'un avion, en parachute ? Tu y as pas pensé ?
— Si, bien sûr. Et Susan aussi. Elle dit que s'il était descendu en parachute, il l'avait avalé. Il ne peut l'avoir ni caché ni enterré.
— Et ils se sont mariés aussitôt ?
— Deux jours plus tard. J’étais parti avec la bagnole, alors Susan a été obligée d'atteler en ville — lui, il ne savait pas conduire les chevaux — où ils se sont mariés.
— T'as vu la licence de mariage, p’tit ? Tu es sûr qu'ils étaient vraiment…
Lou Allenby regarda le shériff et ses lèvres blêmirent ; le shériff se hâta d'arranger les choses :
— C'est pas ce que je voulais dire, p’tit. Faut pas te fâcher, p’tit.

*

Susan avait envoyé un télégramme à son frère, pour le tenir au courant ; mais il avait changé d'hôtel et le télégramme s'était perdu. Lou n'avait appris le mariage que huit jours plus tard, en rentrant à la ferme.
II fut surpris, naturellement, mais John O'Brien (Susan avait quelque peu modifié son nom) était bien sympathique. Très beau, d'ailleurs, encore qu'un peu bizarre ; de toutes façons Susan et lui étaient visiblement très amoureux l'un de l'autre.
Il n'avait pas d'argent, bien sûr, l'argent étant inconnu à son époque, leur avait-il dit. Mais il était courageux au travail, pas mollasson du tout. Il n'y avait aucune raison de penser qu'il ne ferait pas un bon mari.
Le trio avait fait divers projets ; en gros, cela revenait à faire rester Susan et John à la ferme le temps nécessaire pour que John se familiarise avec l'existence.
Il pensait trouver ensuite quelque moyen de gagner de l'argent — il était très optimiste quant à ses aptitudes — et de voyager à travers le pays avec Susan. C'était évidemment le moyen idéal pour lui de se renseigner sur notre époque.
Le problème essentiel restait de trouver un moyen de faire parvenir un message au Dr Matthe et au Présidor. La poursuite des expériences dans le temps dépendait de John.
Il expliqua à Susan et à Lou qu'il s'était lancé dans un voyage sans retour, le matériel ne pouvant fonctionner que dans un sens : on pouvait faire une excursion dans le passé, mais non dans l'avenir. Il était un exilé volontaire, condamné à passer le reste de sa vie dans le vingtième siècle. Lorsqu'il aurait suffisamment compris ce siècle pour bien le décrire, il devait rédiger un compte rendu circonstancié, qui serait placé dans une boîte fabriquée pour durer quarante siècles ; cette boîte serait enterrée en un point pré-établi dans l'avenir, dans lequel on l'exhumerait. John avait les coordonnées géographiques précises de l'endroit choisi.
Ce fut un grand choc pour lui d'apprendre qu'on avait enterré en divers endroits des récipients contenant ce genre de renseignements, à l'usage des siècles à venir (time capsules). Aucun des récipients n'avait été retrouvé ; John décida d'indiquer dans son rapport l'emplacement de ces récipients, afin de permettre leur mise à jour en son temps.
Le trio passait ses soirées en longues conversations, Jan leur racontant son époque et ce qu'il savait des siècles intérimaires, pendant lesquels l'homme s'était évertué à faire des progrès en matière de sciences, de médecine et de relations sociales. Et eux lui racontaient leur époque, dont ils décrivaient les institutions et les usages qu'il trouvait tellement étranges.
Au départ, Lou n'avait pas tellement apprécié le mariage précipité de sa sœur ; mais peu à peu il se prenait de sympathie pour Jan. Et puis…

*

— Et il ne vous avait jamais dit ce qu'il était, jusqu'à ce soir-là ? demanda le shériff.
— Hé, non.
— Ta sœur l'a entendu elle aussi ? Elle confirmera ce que tu dis ?
— Je pense que oui. Pour l'instant elle est bouleversée, je vous l'ai dit. Elle gueule qu'elle va me quitter, et quitter la ferme. Mais elle l'a entendu quand il l'a dit, Shériff. Fallait-il qu'il la tienne, pour qu'elle se conduise comme ça !
— Remarque, p’tit, je mets pas ta parole en doute, pour un truc comme ça ; mais il serait plus régulier que ta sœur ait entendu elle aussi. Comment en étiez-vous venus à en parler ?
— Je lui posais des questions sur son époque et puis je lui ai demandé où ils en étaient avec les problèmes raciaux. Il a pris un air étonné, puis il a dit qu'il se rappelait vaguement qu'il en avait été question jadis, mais qu'à son époque il n'y avait plus de races. Il a dit que depuis je ne sais plus quelle guerre toutes les races étaient fondues en une seule. Les blancs et les jaunes s'étaient à peu près exterminés, l'Afrique avait alors quelque temps dominé le monde et puis les colonisations et mariages mixtes avaient commencé à fondre les races en une seule ; en son temps à lui, c'était fini. Je l'ai regardé avec des yeux ronds et je lui ai dit : « Tu as du sang de négro dans les veines ? » et il m'a répondu comme si de rien n'était : « Oui, un quart au moins. »
— Dans ce cas, p’tit, tu as fait ce que tu devais faire, il y a pas à en discuter, dit le shériff.
— J'ai vu rouge. Il s'était marié avec ma sœur. Il couchait avec. J'ai piqué une telle fureur que je ne me souviens même pas quand ni comment j'ai pris mon fusil.
— T'en fais pas, petit. Tu as bien fait.
— Mais j'ai des remords : il savait pas, le gars.
— Ça, petit, j'en jurerais pas. Il t'avait peut-être fait avaler trop de ses boniments. Arriver de l'avenir, tiens ! Ces salopards de négros, ça va chercher n'importe quoi, pour se faire passer pour des blancs. Ça prouve quoi, ses traces commençant au milieu du champ ? Rien du tout, petit ! Personne n'est jamais arrivé de l'avenir, et personne ira jamais dans l'avenir. On va étouffer ça gentiment et personne n'en entendra jamais parler. Ce sera comme si c'était jamais arrivé.

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