Je peux plus le supporter. Contre-tombeau.

Les tombeaux ont toujours été des tribunes. Mais, là, vraiment, je supporte plus. Ni le président de la république, ni sa fonction. J'ai pas écouté le tombeau de Giscard par Macron. Je ne vous parle que des bribes que j'ai entendues, mais plusieurs fois, à cause que c'est toujours l'heure sur France Info. Si vous en avez écouté plus, éreintez aussi, en commentaire.

Critiquer, c’est bien, mais proposer, c’est mieux. Voici tout d'abord mon tombeau de Giscard.
Il a amorcé le processus de « construction » européenne. Construction qui est en fait une destruction. Sur le plan socio-économique, l’Europe telle qu’elle a eu lieu, c’est la faillite. Mais sur le plan géopolitique, c’est encore pire. L’Europe n’a pas empêché la « logique de guerre » de Mitterrand, l’alignement français en Irak et en Afghanistan, l’aventure libyenne de Sarkosy et BHL, le chantage turc aux migrants et l’essor de l’islam politique. L’Europe n’a pas empêché les nations picrocolines. L’Europe n’est rien, pire, elle est toxique.

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J’ai entendu des bribes de l’hommage rendu par Macron à VGE. Sur France Info. Le service public, j’ai l’impression qu’il est de plus en plus à la botte de l’Élysée. Faut voir, aux Informés, les thuriféraires patentés ! Pourquoi je zappe pas sur FIP, qu’est juste à côté, et où y a du jazz ? Mystère. Enfin non, c’est toujours l’heure de l’info, mon frichti n’a pas d’heure, il a juste deux occurrences dans la journée, le matin et le soir. Et il faut bien s’intoxiquer.

Comment ce lyrisme larmoyant peut-il exister ? Pourquoi aucun conseiller ne tente-t-il d’expliquer au roi qu’il fait pleurer les fesses ? Pour garder son poste, peut-être. Ou alors, c’est vraiment efficace : nous, les gens qui vomissons ce style, serions minoritaires ? et l’éloquence Harlequin rencontrerait une majorité d’adeptes ? Je peux pas à y croire.

Giscard aurait modernisé la France. On lui devrait, trémole Macron, l’IVG ou une meilleure condition des handicapés, par exemple. Ce que le simple progrès, travail du temps, a fait un peu partout dans les nations dites démocratiques, parce que la société le motive et y incite.
À part ça, on a eu droit à l'habituelle mythologie européano-libérale, gluante, aveugle aux résultats manifestes après tout ce temps. Malgré les camouflets erdoganiens, malgré la capilotade sanitaire, l'homme de l'ultimatum ridicule à un peuple libanais catastrophé est droit dans ses bottes. Il s'étrangle d'émotion en évoquant Giscard lisant du Baudelaire. Pauvre Baudelaire. Qu'aimait tellement les singeries humaines.

Macron, il est d’autant plus insupportable qu’il parle à quelqu’un d’âgé. (exception, Trump, qui ne l’a pas laissé parler). Son regard énamouré, insultant, au pape ! Cette tendresse affichée, donc factice. Tendresse sans doute motivée par l’âge, respectable : l’amour de Macron pour le pape, c’est l’amour de ses sujets pour leurs (arrières-) grands-parents. Qui vient se coller sur le bonbon démagogique de l’amour filial, factice lui aussi, du chrétien pour le lieutenant de Jésus. Cette pénible photo avec le pape, c’est peut-être la manifestation pour tous d’une jambe extrêmement droite ?

Alors quand il parle d’un défunt de 94 ans, vous pensez ! Carte postale posthume. L’éloge de Giscard avec des trémolos, BRR… Probable qu’il y a du meurtre du grand-frère, là-dedans. Hollande, c’était rien. Assassinat ordinaire en cinquième république. Mais le plus jeune président de la cinquième après moi, avant moi !
Ou alors, c'est le meurtre du grand-père. Sigmund y perdrait son œdipe ! Quand un vieux fou balade Macron en le tenant par la main et le transforme en gamin demeuré, ça appelle la vengeance. Quelle meilleure exaction gérontophobe trouver que ce sirupeux tombeau ?

J’arrive pas à croire que cette nullité soit stratégie. Si c’était vrai, à quel niveau de crétinisme collectif serions-nous descendus ! Encore des courbes parallèles : celles de l’industrie et de l’éducation.

Quand je pense qu’on va peut-être en reprendre pour cinq ans !

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