Apocope

Procédé linguistique très fréquent, car très cancre. Historique, social. Un des outils du génie linguistique.

Elle consiste à abréger ! Elle transforme par exemple et successivement « foresta » en « forest » puis « forêt ». On voit en passant que les Anglais sont moins barbares que nous. En français, à cause de ce scandaleux non respect de la prononciation de la langue envahisseuse, on peut confondre à l’oral l’espace boisé avec la mèche qui sert à usiner un trou avec une perceuse. Est-ce que cela nuit au fonctionnement de la communication entre nous autres Gaulois ? Non. La coïncidence phonétique est possible, elle ne nuit pas, sans doute parce qu’il n’y a pas d’adjacence thématique entre les deux signifiés, donc pas d’ambiguïté avec leurs signifiants.
Du coup, les barbares ont raison. Pas besoin de prononcer « foresta » ni « forest », qui donne la lippe aux Grand Bretons, comme le « th ».
Par contre, ceux qui ont eu tort : les perruqués Grand-Siècle qui ont imposé à l’écrit le « t » disparu à l’oral, et n’ont toléré la suppression du « s » qu’à condition de la marquer par un accent circonflexe sans aucune signification phonétique. On peut s’estimer heureux que « forêt » ne s’écrive pas « foresta » ! Queneau rigole : « Si on les avait entièrement laissé faire, « j’vais à Rome » s’écrirait « eo romam », un peu comme en thibétain.

doisneau-pre-vert-queneau

Pourquoi la connerie française n’a-t-elle pas encore mis les adjas ?

J’ai une explication. La connerie est gravement contagieuse. Un germe de connerie à l’époque de Vaugelas, un battement de cil de Furetière ou Boileau et paf ! Catastrophes linguistique, orthophoniste, politique, sociale, perpétuelles : échec scolaire, échec démocratique, ascenseur social en panne. L’écrit est un vecteur, de sens d’abord, et puis de tout : toute science est textuelle.

les français élisent un con

L’écrit marque l’esprit.

J'ai mis Prévert aussi ! Il est pas complètement hors-sujet : dans le même bouquin de Doisneau, sa chute du "O" de "MÉRODE" (qui n'est donc pas une apocope, en plein milieu du mot, graphique et humoristique,  produit un mot qui lui en est une, puisque, je l'avoue avec tristesse, il est l'apocope de "Mère Dieu", ou "Mère de Dieu".

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