Malheur aux vaincus

Je voudrais que le sénat fasse la même chose pour la Française Des Jeux que pour Aéroport De Paris : déclencher un référendum pour s'opposer à la privatisation. Il vengerait ainsi le sénateur Papirius et ses confrères massacrés.

Les pauvres sont des cons. Ils râlent et protestent, ils diésélisent, ils giletjaunent, ils fument, ils boivent, ils se droguent, ils jouent aux jeux de

fdj
hasard.
La Française Des Jeux est un impôt sur la pauvreté. Impôt, parce que le jeux se finit bien plus souvent par une perte que par un gain. Impôt, parce que les sommes gagnées sont imposées. Alors qu’il n’y a pas de crédit d’impôt pour les sommes perdues. Impôt, parce que c’est l’état qui mène le bal.
Sur la pauvreté, parce que les pauvres jouent bien davantage que les riches. Les riches ont d’autres jeux, qui ne s’appellent pas impôts, mais optimisation, évasion, fraude. Et spéculation. Et là, ce sont des jeux où l’on gagne plus que l’on ne perd.

Tout cela est triste, mais ça va peut-être devenir sordide. Fini, l’impôt sur la pauvreté. Ce pactole perpétuel ne sera bientôt plus un impôt, mais un profit libéral (excusez, j’ai que ce mot-là), un vrai détroussement absurde, le riche dépouillant le pauvre comme dans un bois.

J’ai regret de le rappeler, mais dans l’histoire que voici, le salaud est le Gaulois, et la victime le Romain. Au quatrième siècle avant Jésus-Christ, Brennus, chef Gaulois Cisalpin s’empare de Rome. Sur la colline du Capitole, seuls de vieux sénateurs n’ont pas fui. Les Barbares sont fort intrigués par l'impassibilité des vieux Romains, qui les regardent défiler, assis sous le vestibule de leur maison, sans bouger, comme s'ils étaient en pierre. Un Gaulois, fasciné par la longue barbe blanche du citoyen Papirius, l’effleure de la main. Sursautant devant ce qu'il considère comme un inqualifiable outrage, le vieillard brandit son bâton d'ivoire et il en assène un coup brutal sur la tête du Gaulois. Le petit bruit sec qui en résulte déclenche le massacre au milieu de clameurs sauvages. Les Gaulois tuent et brûlent à satiété. Pour finir, ils exigent une énorme rançon. Une entrevue a lieu entre le général romain Sulpicius et Brennus, le chef des Gaulois. Ils conviennent de fixer la rançon à mille livres d'or. Les Gaulois ayant apporté de faux poids, Sulpicius le fait remarquer et refuse de s'en servir. Alors, Brennus jette son épée dans la balance, pour en fausser davantage encore la pesée, et lance insolemment :
- Malheur aux vaincus !

vae-victis-1
La privatisation de FDJ, c’est pareil. Tout y est. Le rapport de force, guerrier ou social. Les faux-poids. La contestation. L’outrage et le cynisme. Quand c’est l’état qui recueillait les fruits du délit, dans une certaine mesure l’argent ne sortait pas de la famille républicaine. Une fois faite la privatisation, les copains vont pouvoir se gaver, comme avec, mettons, les autoroutes.

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