L’enfant et les sortilèges

Je récupère ce titre, un peu à contre-pied du texte de Colette mis en musique par Ravel. Contre-pied, car cette histoire parle d’un enfant en crise de toute-puissance perverse et méchante, guéri par la magie des choses et des êtres, qui en ripostant à ses exactions, l’éduquent. L’enfant n’a pas le beau rôle. Dans ce qui vient, je le lui redonne.

Je récupère ce titre, un peu à contre-pied du texte de Colette (Ballet pour ma fille), mis en musique et en lumière par Ravel.
Contrepied, parce que cette histoire parle d’un enfant en crise de toute-puissance perverse et méchante, guéri par la magie des choses et des êtres, qui en ripostant à ses exactions, l’éduquent. Dans la féerie de Colette, l’enfant n’a pas le beau rôle.

L’enfant et les philosophes

Tandis que je préfère lui donner le beau rôle, à l’enfant. Parler des enfants-sorciers, ceux qui osent s’élever contre les sortilèges maléfiques, et mettent en œuvre des sortilèges bénéfiques. Ils déclenchent alors contre eux de nouveaux sortilèges maléfiques. Par exemple, funeste sort que celui qui transforme Onfray en con (provisoirement je l’espère). Et qui aggrave encore Finkielkraut, con avéré, con notoire, con patriote, qui lui n’est pas un philosophe, juste un médiocre poisson d’eau trouble, académicien comme Giscard d’Estaing. Notez bien, Onfray non-plus n’est pas philosophe. Il est seulement prof de philo. La philo, c’est pas comme la mécanique. Pour enseigner la mécanique, il faut soi-même être mécanicien. Onfray, un peu à la manière de Voltaire, n’est pas philosophe mais est brillant communiquant, engagé, et sympa ! Et à la différence de Voltaire, il a étudié les choses dont il parle ! Voltaire éreintait Leibniz sans l’avoir compris, ni côté philo, ni côté sciences dures ; Onfray éreinte Freud après en avoir fait le tour. Il a tout de même une once de philosophie : foin de l’esprit de système, foin du conformisme, et du corporatisme, il n’hésite pas à réfuter ce qu’il est dangereux de réfuter. Tandis que Finkielkraut, lui, n’est ni engagé ni sympathique.
Toujours est-il que Greta a l’art de transformer les intellectuels (je mets pas de guillemets, à cause d’Onfray.) en trolls. Face au sortilège de cette apprentie-humanité qui déverse à tout va des seaux barils de matières toxiques dans les rivières, les mers, les lacs, le ciel, dans les âmes et dans les intelligences aussi, il y a des enfants qui osent prétendre que faut arrêter ! Face à cette Fantasia chez les Hommes, face aux souriceaux-homoncules qui ont joué aux cons, en absence d’esprit et de raison collectifs, mais sous la gouvernance de tas de maîtres et de dieux, et qui sont dépassés par leur sottise, s’amènent d’autres apprentis-sorciers, qui vont essayer d’enrayer, et qui usent d’une autre magie : celle du bon sens et de la communication. Je l’ai déjà dit, ça me rappelle un autre enfant, Jésus. Ça me rappelle aussi Harry Potter. Revoici le passage ou trois gosses de onze ans, pour la première fois, utilisent leur science et abattent un troll. Par la suite, ils abattront des créatures bien plus monstrueuses que ce pauvre troll.

Les enfants et le troll

Extrait du chapitre Halloween du premier tome. Harry et Ron sont potes depuis leur rencontre dans le train Poudlard-Express, mais ils n’aiment pas des masses Hermione, qui fait un peu trop la morale, et qui est un peu trop douée à l’école (c’est-à-dire en magie).

Harry était si occupé par ses cours et ses séances d'entraînement qu'il ne voyait plus le temps passer. Il ne s'était pas rendu compte qu'il était à Poudlard depuis déjà deux mois. Il se sentait beaucoup mieux au château qu'à Privet Drive, c'était là désormais que se trouvait son vrai foyer. Quant aux cours, ils lui paraissaient de plus en plus intéressants, maintenait qu'ils avaient assimilé les notions les plus élémentaires.
Au matin de Halloween, les élèves se réveillèrent dans une délicieuse odeur de citrouille qui flottait dans les couloirs. Mieux encore, le professeur Flitwick leur annonça qu'il allait leur apprendre à faire voler des objets. Tout le monde en rêvait depuis qu'il l'avaient vu envoyer le crapaud de Neville à travers la classe dans un magnifique vol plané. Le professeur Flitwick demanda aux élèves de se répartir en équipes de deux. Harry avait Seamus Finnigan pour partenaire (ce fut un soulagement car Neville lui avait lancé un regard plein d'espoir). Ron, lui, dut faire équipe avec Hermione Granger. Il était difficile de dire qui en était le plus fâché, Hermione ou Ron. Elle ne leur avait plus parlé depuis le jour où le balai de Harry était arrivé.
— N'oubliez surtout pas ce mouvement du poignet que nous avons appris, couina le professeur Flitwick, perché sur sa pile de livres, comme d'habitude. Le poignet bien souple, levez, tournez, rappelez-vous, levez, tournez. Et prononcez distinctement la formule magique, c'est très important. N'oubliez jamais le sorcier Baruffio qui avait un défaut de prononciation et dont la femme s'est retrouvée avec un bison sur les épaules au lieu d'un vison.
C'était très difficile. Harry et Seamus levèrent, tournèrent, mais la plume qu'ils auraient dû envoyer dans les airs restait immobile sur la table. Seamus s'énerva tellement qu'il la toucha du bout de sa baguette magique et y mit le feu. Harry dut l'éteindre avec son chapeau.
A la table voisine, Ron n'avait pas beaucoup plus de chance.
— Wingardium Leviosa ! s'écriait-il en agitant ses longs bras comme un moulin à vent.
— Tu ne prononces pas bien, lança Hermione. Il faut dire Win-gar-dium Leviosa en accentuant bien le « gar ».
— Tu n'as qu'à le faire si tu es si intelligente, répliqua Ron.
Hermione releva les manches de sa robe, donna un coup de baguette magique et articula nettement : Wingardium Leiviosa !
Leur plume s'éleva alors dans les airs, et s'immobilisa à plus d'un mètre au-dessus de leur tête.
— Bravo, très bien ! s'écria le professeur Flitwick en applaudissant. Regardez tous, Miss Granger a réussi !
Ce qui eut pour effet de porter à son comble l'exaspération de Ron.
— Ça ne m'étonne pas que personne ne puisse la supporter, dit Ron à Harry à la fin du cours. C'est un vrai cauchemar, cette fille-là !
Quelqu'un les dépassa en bousculant Harry. C'était Hermione. Elle était en larmes.
— J'ai l'impression qu'elle t'a entendu, dit Harry.
— Et alors ? répliqua Ron qui sembla soudain un peu mal à l'aise. Elle a bien dû se rendre compte qu'elle n'avait pas d'amis.
Hermione ne se rendit pas au cours suivant et personne ne la vit plus de tout l'après-midi. En se rendant à la Grande Salle où devait être servi le dîner de Halloween, Harry et Ron entendirent une élève dire à sa copine qu'Hermione s'était enfermée dans les toilettes des filles pour y pleurer tout à son aise et qu'elle ne voulait surtout pas être dérangée. Ron parut de plus en plus mal à l'aise, mais un instant plus tard, ils pénétrèrent dans la Grande Salle spécialement décorée pour Halloween, et les pleurs d'Hermione leur sortirent aussitôt de la tête.
Des milliers de chauves-souris voletaient dans la salle et fondaient sur les tables en de gros nuages noirs qui faisaient vaciller les flammes des chandelles à l'intérieur des citrouilles évidées. Les mets du festin apparurent tout à coup dans les plats d'or, comme lors du banquet de début d'année.
Harry avait commencé à se servir lorsque le professeur Quirrell entra dans la salle en courant, le turban de travers, le visage déformé par la terreur. Tout le monde le regarda se précipiter sur le professeur Dumbledore, s'effondrer à moitié sur la table et balbutier, hors d’haleine :
— Un troll... dans les cachots... je voulais vous prévenir... Puis il tomba évanoui sur le sol.
Il y eut alors un grand tumulte dans la salle et le professeur Dumbledore dut faire exploser des gerbes d'étincelles à l'extrémité de sa baguette magique pour rétablir le silence.
— Messieurs les préfets, veuillez ramener immédiatement vos condisciples dans les dortoirs de vos maisons respectives, ordonna-t-il.
Percy fut à son affaire.
— Suivez-moi ! lança-t-il. Les première année, vous restez bien groupés ! Vous n'aurez rien à craindre du troll si vous m'obéissez ! Restez derrière moi. Attention, écartez-vous, laissez passer les première année ! Allons, écartez-vous, je suis préfet, figurez-vous !
— Comment un troll a-t-il pu entrer dans le château ? s'étonna Harry tandis qu'ils montaient l'escalier.
— Je n'en sais rien, il paraît qu'ils sont complètement idiots, dit Ron. Peut-être que Peeves l'a fait venir en guise de blague pour Halloween.
Ils se frayèrent un chemin à travers un groupe d'élèves de Poufsouffle qui refluaient en désordre.
— Au fait, dit Harry en saisissant le bras de Ron. Je viens d'y penser. Hermione…
— Quoi, Hermione ?
— Elle n'est pas au courant, pour le troll.
Ron se mordit la lèvre.
— Bon, d'accord, on va la chercher, dit-il, mais il vaut mieux que Percy ne nous voie pas.
Ils rejoignirent discrètement les Poufsouffle qui partaient dans l'autre sens, se glissèrent dans un couloir latéral et se précipitèrent vers les toilettes des filles. Ils venaient de tourner le coin lorsqu'ils entendirent derrière eux des pas précipités. Ron poussa aussitôt Harry derrière la statue d'un griffon. Ils jetèrent un coup d'œil et aperçurent le professeur Rogue qui traversa le couloir et disparut.
— Qu'est-ce qu'il fait là ? murmura Harry. Il devrait être descendu dans les cachots avec les autres profs.
— Aucune idée.
Ils se faufilèrent en silence dans l'autre couloir pour essayer de voir où allait Rogue. — Il monte au deuxième étage, dit Harry.
— Tu sens cette odeur ? chuchota Ron.
Une odeur nauséabonde flottait en effet dans le couloir, un mélange de vieille chaussette et de toilettes mal entretenues. Ils entendirent alors un grognement sourd et un bruit de pas sonores, comme des pieds géants qui martelaient le sol. Ron montra du doigt un autre couloir qui partait vers la gauche : tout au bout, une masse énorme s'était mise en mouvement et avançait dans leur direction. Ils se recroquevillèrent dans l'obscurité et regardèrent la chose apparaître à la lueur d'une fenêtre que traversait un rayon de lune.
C'était un spectacle épouvantable. Près de quatre mètres de hauteur, une peau grise et terne comme de la pierre, un corps couvert de verrues, qui avait l'air d'un énorme rocher au sommet duquel était plantée une petite tête chauve de la taille d'une noix de coco. La créature avait des jambes courtes, épaisses comme des troncs d'arbre avec des pieds plats hérissés de pointes. L'odeur pestilentielle qu'elle dégageait défiait l'imagination. Le monstre tenait une gigantesque massue qui traînait par terre au bout de son bras d'une longueur interminable.
Le troll s'arrêta devant une porte et jeta un coup d'œil. Il agita ses longues oreilles comme s'il réfléchissait, puis il se baissa et s'engouffra lentement dans l'ouverture.
— La clé est dans la serrure, murmura Harry. On pourrait l’enfermer.
— Bonne idée, dit Ron, un peu nerveux.
La bouche sèche, ils s'approchèrent avec précaution de la porte ouverte, en priant pour que le troll n'ait pas l'idée de sortir au même moment. D'un bond, Harry parvint à attraper la clé, à claquer la porte et à la verrouiller.
Ravis de leur victoire, ils se mirent à courir le long du couloir, mais un cri perçant les arrêta net. C'était un cri déchirant, désespéré, et il venait de derrière la porte qui retenait le troll prisonnier.
— Oh non, dit Ron, aussi pâle que le Baron Sanglant.
— C'était la porte des toilettes des filles, balbutia Harry, horrifié.
— Hermione ! s'exclamèrent-ils ensemble.
Ils n'avaient pas d'autre choix que de faire volte-face et de se précipiter pour aller rouvrir la porte. Les doigts tremblants, Harry dut s'y prendre à plusieurs reprises pour tourner la clé dans la serrure. Lorsqu'il parvint enfin à pousser la porte, Hermione Granger, plaquée contre le mur du fond, paraissait sur le point de s'évanouir. Le troll s'avançait vers elle en arrachant les lavabos des murs sur son passage.
— Essaye de l'attirer ailleurs ! lança Harry à Ron.
Il ramassa un robinet et le jeta de toutes ses forces contre le mur. Le troll s'arrêta à deux mètres d'Hermione, se retourna d'un mouvement lent et lourd et cligna ses petits yeux stupides pour essayer de voir ce qui venait de faire ce bruit. Son regard mauvais tomba alors sur Harry. Le troll hésita un instant, puis s'avança vers lui en soulevant sa grosse massue.
— Ohé, petite tête ! cria Ron qui s'était glissé de l'autre côté de la pièce.
Il lui jeta un tuyau, mais le troll ne sentit pas le choc sur son épaule. Il avait entendu le cri, en revanche, et il s'arrêta à nouveau, tournant vers Ron son mufle repoussant, ce qui donna à Harry le temps de passer derrière lui et de se précipiter sur Hermione.
— Viens ! Cours ! cria-t-il en essayant de la tirer vers la porte.
Mais elle était incapable de faire un geste et restait collée au mur, la bouche grande ouverte, figée de terreur. Leurs cris qui s'étaient répercutés en écho dans le couloir avaient rendu le troll fou furieux. Il poussa un rugissement et marcha droit sur Ron qui était le plus près de lui et n'avait aucune issue. Empoignant sa baguette magique, Harry fit alors quelque chose qui était à la fois très courageux et très stupide : il prit son élan, sauta au cou du troll et parvint à s'accrocher derrière lui. Le troll ne sentait pas le poids de Harry en revanche, il sentait très bien la baguette magique qui lui était entrée droit dans une narine. Avec un cri de douleur, la créature se trémoussa et brandit sa massue, Harry toujours accroché à son cou. A tout instant, le troll pouvait le jeter à terre d'un coup de patte ou réussir à lui abattre sa massue sur la tête.
Hermione s'était effondrée sur le sol, à moitié évanouie. Ron sortit sa propre baguette magique, sans très bien savoir ce qu'il allait en faire. A tout hasard, il prononça la formule qu'ils avaient apprise au cours du professeur Flitwick :
— Wingardium Leviosa !
Aussitôt, la massue s'arracha toute seule de la main du troll, s'éleva très haut dans les airs, se retourna lentement et s'abattit avec un craquement sinistre sur la tête de son propriétaire. La créature vacilla, puis tomba en avant, face contre terre, avec un bruit sourd qui fit trembler toute la pièce.
Harry, entraîné dans sa chute, se releva, les jambes flageolantes, le souffle court. Ron était resté immobile, la baguette toujours levée, contemplant la masse inanimée du monstre.
Ce fut Hermione qui rompit le silence :
— Il... il est mort ?
— Je ne crois pas, dit Harry. Il doit être simplement assommé.
Il se pencha et récupéra sa baguette magique qui était restée enfoncée dans la narine du troll. Elle était à présent couverte d'une espèce de colle grise pleine de grumeaux.
— Beuââârk ! De la morve de troll...
Il essuya la baguette sur le monstre.
Des bruits de pas sonores leur firent lever la tête. Ils ne s'étaient pas rendu compte du vacarme qu'ils avaient produit, mais bien entendu, les rugissements et la chute du troll n'étaient pas passés inaperçus. Un instant plus tard, le professeur McGonagall fit irruption dans la pièce, suivie de près par Rogue et Quirrell qui fermait la marche. Quirrell jeta un coup d'œil au troll, laissa échapper un gémissement et s'assit sur un siège de toilettes, une main sur le cœur.
Rogue se pencha sur le troll. Le professeur McGonagall regardait Ron et Harry qui ne l'avaient jamais vue aussi furieuse. Ses lèvres étaient livides.
— Qu'est-ce qu'il vous est passé par la tête ? dit-elle avec une colère froide. Harry échangea un regard avec Ron qui tenait toujours sa baguette en l'air.
— Vous pouvez vous estimer heureux de ne pas vous être fait tuer, poursuivit le professeur McGonagall. Pourquoi n'êtes-vous pas dans votre dortoir ?
Rogue jeta à Harry un regard féroce. Harry baissa les yeux. Une petite voix s'éleva alors :
— Professeur McGonagall, ne soyez pas trop sévère, s'il vous plaît. Ils étaient venus me chercher.
— Miss Granger !
Hermione avait réussi à se relever.
— J'étais partie à la recherche du troll parce que je... je croyais pouvoir m'en occuper moi-même. J'ai lu beaucoup de choses sur les trolls...
Stupéfait, Ron lâcha sa baguette magique. Hermione Granger venait de mentir à un professeur !
— S'ils ne m'avaient pas retrouvée, je serais morte à l'heure qu'il est. Harry lui a enfoncé sa baguette magique dans le nez et Ron a réussi à l'assommer avec sa propre massue. Ils n'ont pas eu le temps d'aller chercher quelqu'un d'autre. Le troll était sur le point de me tuer quand ils sont arrivés.
— Dans ce cas... dit le professeur McGonagall en les fixant tous les trois. Mais laissez-moi vous dire, Miss Granger, que vous êtes bien sotte d'avoir cru que vous pourriez vaincre un troll des montagnes à vous toute seule.
Hermione baissa la tête. Harry resta silencieux. Voir Hermione faire semblant d'avoir enfreint le règlement pour leur sauver la mise, c'était comme si Rogue s'était mis à leur distribuer des bonbons.
— Miss Granger, votre conduite coûtera cinq points à Gryffondor, dit le professeur McGonagall. Vous me décevez beaucoup. Si vous n'êtes pas blessée, vous feriez bien de retourner dans votre tour. Les élèves terminent le repas de Halloween dans leurs maisons respectives.
Hermione s'en alla aussitôt.
Le professeur McGonagall se tourna alors vers Harry et Ron.
— Je vous répète que vous avez eu beaucoup de chance, mais il est vrai qu'il n'y a pas beaucoup d'élèves de première année qui auraient été capables de combattre un troll adulte. Vous faites gagner cinq points chacun à Gryffondor. Le professeur Dumbledore sera informé de tout cela. Vous pouvez partir.
Ils se dépêchèrent de sortir de la pièce et montèrent les escaliers en silence. En dehors de tout le reste, c'était un grand soulagement de pouvoir échapper à l'horrible odeur du troll.
— On aurait dû gagner plus de dix points, marmonna Ron.
— Cinq, tu veux dire. Une fois qu'on a enlevé ceux qu'a perdus Hermione.
— C'était bien de sa part de nous tirer d'affaire, admit Ron. Mais enfin, on lui a vraiment sauvé la vie.
— Elle n'en aurait peut-être pas eu besoin si on ne l'avait pas enfermée avec la créature, lui rappela Harry.
Ils étaient arrivés devant le portrait de la grosse dame.
— Groin de porc, dirent-ils et le tableau les laissa passer.
La pièce commune était bondée et bruyante. Tout le monde mangeait, sauf Hermione qui les attendait à la porte. Il y eut un moment de silence gêné, puis, sans se regarder, chacun dit
« Merci » et se rua sur les assiettes pleines de victuailles.
À compter de ce moment, Hermione devint amie avec Ron et Harry. Il se crée des liens particuliers lorsqu'on fait ensemble certaines choses. Abattre un troll de quatre mètres de haut, par exemple.

 

single-candle

Les enfants et leur génie

Tout le long du XIXième siècle, « enfant » est synonyme d’idiot, pour être poli. Dans Dumas, Hugo, Sand, Musset, etc., quand une réplique paraît sotte, l’interlocuteur jette : « Enfant ! » Ne fais pas l’enfant. Ne faites pas l’enfant. L’enfant est mineur, immature, pas fini. Alors vous pensez ! Greta, qu’est-ce qu’elle va se prendre.
Greta, en fait, c’est pas une enfant. Seize ans. Pas encore le droit de conduire une voiture ou de voter, d’accord, mais du poil et le droit de baiser. Le journal écrit à quatorze ans par Anne Frank, ne vaut pas seulement par le pathos terrible qu’il transporte. C’est une œuvre littéraire à part entière. Des musiciens et musiciennes ont composé à sept ans, onze ans, quinze ans, des œuvres importantes. Gauss a trouvé à douze ans la somme des n premiers entiers.

Les enfants et les adultes qu’ils deviennent

Est-ce qu’ils ne sont pas un peu enfants, tous ces gens en jaune, à manifester, à s’entêter ?
Et moi, est-ce que je ne suis pas toujours un enfant ? Parmi mes connaissances, certaines estiment que je ne suis pas fini. Depuis quelques mois, il m’arrive de poster des billets appelant à un débat en grand ! Où je prétends que ce que l’on fait depuis deux siècles et aussi depuis quelques millénaires, c’est pas la bonne façon ! Où j’ose affirmer qu’on devrait supprimer les partis ! Faut être un peu puéril pour proposer de changer le monde, non ? Dire on va créer un site pour fédérer les gens désireux de changer de système. On va prendre le pouvoir aux législatives (présidentielles, impossible sans retomber dans un culte de la personnalité.) Macron devra cohabiter avec un gouvernement issu des gens. Lui qui adore Chirac, il va adorer la cohabitation. Faut-il être gamin pour rêver à ça ! faut-il être inconscient de tous les sectarismes qui vont forcément pas aimer !
C’est vrai que je suis toujours enfant. Y a qu’à voir comment je bois Harry Potter !

Les enfants-hommes : l’enfance de l’espèce humaine

L’homme est une corde tendue entre l’animal et le surhomme. « Surhomme », ce n’est pas ce qu’un certain nombre de cons ont cru en lisant Nietzsche, soit pour décréter l’existence d’un surhomme, aryen ou autre, soit pour dénigrer Nietzsche et lui reprocher d’avoir conduit au nazisme. « Surhomme », ça veut juste dire que l’évolution nous a amené au statut d’homme, et qu’elle nous conduira plus haut.
ici, un peu de la poésie et de la philosophie de Nietzsche
Notre animalité, c’est ce qui reste de notre enfance. Il ne faut d’ailleurs pas la renier. Ce que c’est bon de manger, boire, faire l’amour, courir et nager, jouer. Mais maintenant, nous pensons. En fait, depuis des centaines de milliers d’années. Il serait temps de penser plus. Rester enfant, certes ! continuer à manger, boire, faire l’amour, courir et nager. Bien sûr. Rester enfant. Mais être adulte, en plus. Pour nous organiser, tous ensemble. La gouvernance des cons et des salauds n’est pas une fatalité.
Soyons indulgent avec notre espèce, dont la grandeur est d’être « un passage et un déclin ». Donnons-lui sa chance. Il lui faut juste oser s’affranchir d’une coutume ancestrale et atavique : celle de se placer toujours sous un joug. Et le moment est venu. Une nouvelle magie vient à l’appui des magies anciennes : Mediapart en est un exemple. Je parle d’internet.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.