Le professeur Vector

Le prof de maths dans Harry Potter est un nom, pas un personnage, car il n'apparaît jamais. Parmi nos héros, seule Hermione suit ses cours. On se demande qui d'autre ! Pourtant, les maths sont belles et magiques. Elles seules permettent, si on les autorise, de prouver que le projet de démolition du quartier Paul Brard est une ineptie. Les maths appliquées aux techniques et à la comptabilité.

Les profs dans Harry Potter, c’est vraiment quelque chose !
Déjà, il faut faire correspondre les disciplines magiques à nos disciplines à nous : pour certaines, c’est très simple ; histoire de la magie, histoire ; pour d’autres ça l’est moins : soins aux créatures magiques, je vois bien les fameuses SVT, acronyme que même certains profs interprètent « Sciences et Vie de la Terre ». Mais il y a aussi la botanique, qui chez les Moldus français, a disparu, mais fait partie des SVT.
Ensuite, la plupart des profs sont « typés », je trouve pas d’autre expression.

Il y a un professeur fantôme : il est mort pendant un cours, il s’en est pas aperçu, il a continué son cours, comme si de rien n'était ! Quand une élève se manifeste pendant son cours, par exemple en levant la main et en posant une question, il prend une vraie tranche de cake effarée ! En effet, d’habitude, tout le monde roupille quand il raconte l’histoire avec un grand H. Quelle belle métaphore de l’art de transformer le savoir en ennui, les histoires en galère !
Un autre poste gravement marqué, c’est celui de défense contre les forces du mal. Là, il est vraiment difficile d’associer cette matière à une de nos « vraies » disciplines. Peut-être la philosophie ? En tout cas, le poste est maudit. Les titulaires successifs ne tiennent qu’un an, pour raison x ou y. Et à part Rémus Lupin, qui est grave quand-même puisque c’est un loup-garou, mais qui est bon quand-même, ils sont tous nuls, graves, épouvantables, néfastes et dangereux, odieux au plus haut point.
Certains profs représentent le contraire : Minerva MacGonagall est là depuis le début, même avant, puisqu’elle accompagne Albus Dumbledore chez la famille adoptive de Harry quand celui-ci n’a qu’un an. Elle est là depuis le début et jusqu’à la fin, à son poste, celui de professeur de métamorphose. Par ailleurs, c’est un roc, excellent prof, résolue opposante à Voldemort (excusez-moi), alliée, et non pas ennemie, des élèves. Elle me fait beaucoup penser à madame Otto, mon professeur de physique (à l’époque, on ne disait pas la professeure).
Autant haï que MacGonagall est respectée, Séverus Rogue, professeur de potions. Ça, c’est un peu la chimie ! Le paradoxe intégral : un salaud, et un héros. L’injustice pédagogique dans toute sa splendeur, tortionnaire psychologique (envers certains, surtout les Gryffondor, jamais les Serpentard). Et c’est pourtant un amoureux au-delà de la mort, un courageux espion, un des fidèles indéfectibles de Dumbledore et du « bien ». Sa fonction littéraire est claire : c’est une sorte de prof de pensée complexe. (à son insu ?)
Mais il y a un prof vraiment mystérieux : celui d’arithmancie. Vous devinez à quoi on peut associer cette matière ? Mais oui. Aux maths. Si Beans est un fantôme, lui, c’est un ectoplasme : inconnu au bataillon. Je ne crois pas me tromper en disant qu’il n’apparaît pas une seule fois, on en entend juste parler quand Hermione vient casser les pieds de ses amis cancres avec ses cours d’arithmancie. (Je comprends ainsi cette métaphore : les maths, matière inutile, casse-pieds, faite pour les « intellos », hermétique et sans consistance pour tous les autres.) C’est le professeur Vector. Apparemment, dans l’école des sorciers, on peut ne pas faire de maths, tout au long du secondaire en tout cas, et de toutes façons, il n’y a pas d’école primaire dans le monde de Joanne.
Vector. Vecteur, bien sûr, c’est-à-dire transport. « Transplanage ». Transport de joie, téléportation, balai, sombral, hippogriffe, etc. Et galère, qui commence en troisième (ça dépend des années), pour les infortunés comme Joanne qui n’aiment pas les maths…

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Le monde des sorciers est-il normal ?

Je pardonne à Joanne de ne pas aimer les maths, et de les avoir totalement zappées. Pourtant, si elle savait ! En fait, chez nous les Moldus, les maths, en vrai, c’est la matière la plus magique.

Un monde de l’exact
Un monde où tout le monde finit par s’accorder, le monde de l’exact. Sans ambiguïté. Sans à-peu-près. Sans vessies pour des lanternes. Ce n’est pas en maths que l’école républicaine a pu raconter les rois fainéants ! Pas d’imagerie d’Épinal en maths. Pas de dogme. On ne te demande pas d'admettre. On te prouve, on te demande de prouver. On ne t'explique pas que tout démolir pour tout reconstruire, c'est la bonne méthode. On ne cherche pas à te faire croire que Adam et Ève ont enfanté l'humanité. Ou que homo sapiens a 6000 ans d'âge. Ou qu'il faut balancer la plus belle des jeunes filles du village dans le cratère du volcan pour apaiser le Dieu. Évidemment, comprendre est plus difficile que croire,  et les vendeurs de balivernes ont plus de succès que les poètes du vrai.

Le lieu de la vraie prédiction
Les vraies prédictions ne sont que mathématiques. La position des astres, la date des éclipses, etc. Le retour des comètes. C'est en posant des équations et en les résolvant qu'astrologie devient astronomie. C'est en analysant et en déduisant, parfois en induisant, que l'on comprend les choses et prédit leur comportement.

La magie Moldue
Enfin, la science et la technique sont assises sur les maths, ce qui fait que toute la magie Moldue (télécommunication, transports, même aérien et cosmique, machines de tout poil) est structurée par les maths. Arthur Wesley ne s’y trompe pas : il est fasciné par  la technologie moldue, comme les Moldus sont fascinés par la magie. Il a carrément ensorcelé une Ford Anglia pour la faire voler.

Une explication infinie
Y a deux trois petites choses qui me bottent vraiment, en maths. Déjà, dès le collège, la possibilité de prouver ce que l’on devine. La démarche : observer, conjecturer, prouver si on le peut (si c’est possible et si on maîtrise l’art, et bien sûr, si la conjecture est exacte). Quelques notions poétiques et métaphysiques : caractère infini de la suite des nombres ; le fait aussi qu’entre deux nombres, si proches soient-ils, il existe une infinité d’autres nombres : infini dans le grand, comme dans le petit. En première, notion d’asymptotes, qui se rapprochent sans cesse, sans jamais s’atteindre. En terminale, notion d’intégrale : comment on crée quelque chose à partir de rien. En effet, une aire (surface) se conçoit et se calcule comme la somme d’un nombre infini d’aires égales à zéro ! La seule solution au paradoxe philosophique de l’être et du non-être : existence de toute chose impossible, en partant de la non-existence ; lié aussi au principe dit de Lavoisier (rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme, dû en fait à Épicure), lié aussi au paradoxe des causes premières (l’œuf fait la poule, ou la poule fait l’œuf ?), est apportée par les maths ! Les maths expliquent tout.

Je me suis encore livré à un petit jeu de mots : « explication infinie » signifie aussi qu’on n'a jamais fini d’expliquer, donc qu’on n’expliquera jamais tout. Le « tout » est infini.
J’ai lu cet été L’univers élégant de Brian Greene. Univers à dimensions multiples, théories des cordes, des univers au creux d’autres univers. L’unification des théories actuelles, quantique et relativités, est un graal depuis plus d’un siècle. Mathématiciens et physiciens continuent la quête de Newton et d’Einstein, pour ne citer que les deux plus connus. Brian Greene est un auteur élégant au sens le plus haut. Il s’adresse à tous, mettant en note de bas de page les prolongements trop mathématiques, pour que tout puisse se lire comme un roman. Après Épicure, Hubert Reeves, Stephen Hawking, de nouveau, on désespère de n’avoir d’autre mot que « vulgarisation » pour nommer cette poésie de l’explication des choses offerte à chacun.

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Vous pouvez télécharger, imprimer, et découper un jeu de cartes magiques. Le tour, basé sur le fait qu'un nombre quelconque possède une décomposition unique en nombres de Fibonacci, consiste à demander au spectateur-acteur de choisir un nombre de 1 à 100, que vous vous faites fort de deviner. Vous lui donnez successivement chacune des 10 cartes, en ayant au préalable mémorisé le premier nombre de sa série, qui est un de ces nombres : 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34, 55, 89. Et vous lui demandez si son nombre figure sur la carte ou pas. S'il y est, vous retenez ce premier nombre, et l'ajoutez aux précédents s'il y en a. Pour que ce soit à la fois facile pour vous et impressionnant, classez d'abord les cartes sur le fameux premier nombre, regardez-le discrètement avant de donner la carte (ou apprenez la séquence des 10 premiers nombre pour le savoir sans regarder à chaque carte), et ajoutez au fur et à mesure, pour n'avoir à retenir à chaque fois qu'un seul nombre, le total.

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