Résiliation de la onzième heure et réminiscences

Je savais pas quelle image choisir pour illustrer. Alors je vous mets celle-ci, qu’est chouette mais qu’a pas beaucoup de rapport, et que j’ai pas pu mettre à la une du blog sur un précédent billet, pour je ne sais quelle raison d’ailleurs.

Voilà. J’ai résilié. Un peu comme la clope et le shit, y a eu une fois pour de faux, et cette fois-ci pour de vrai. Notez, ça a failli durer encore. Clope et shit, je me souviens, 1995. Juin. DEUG de lettres modernes en poche, en un an. Content, fier et con : allez, tu l’as bien mérité ! Un an déjà que tu fumes plus. Un beau DEUG avec mention. Escale sous une civette, un paquet de Camel sans filtre. Direction Amsterdam, pour une équipée éclair avec ma R9. Coffee shop. Reparti pour 7 ans à se polluer poumons, sang, cerveau, existence.

La fois pour de vrai, c’est 2002, après un autre échec en 2001. Me suis offert une Suzuki VX 800. V-twin sympa à refroidissement liquide et cardan. Allé voir mon pote Laurent, qui cultive, en Ardèche. Fumé son herbe, et ensuite reparti, sans rien, à me balader dans la montagne. Péleriné à mes villages morts sur les hauteurs de Mende. Vu un concert baroque dans une église de Lozère. Campé à Altier, sur les bords de l'Altier. (Altier, c'est un autre souvenir gaguesque : un été, mes potes scouts et moi, nous devions être hébergés par le curé. On arrive, le curé avait eu un accident, choc sur la tête, il se rappelait plus de rien. C'était l'époque du père Ubu de Dick Annegarn. On s'est installés plus haut dans la montagne, et on chantait Faubert Waltz :

Ne me rappelle plus, ai tout oublié
Sait pas si j'ai su, ni vous non plus
On se rappelle de plus rien
On a tout oublié tout nettoyé)

Revenu, pas recommencé. Me demande toujours pourquoi je me suis ainsi calaminé, pendant plus de vingt ans. À ne fréquenter que des paumés sans intérêt. À engraisser des sales cons de trafiquants. Enfin ! Le tout est d’en sortir. Les ouvriers de la onzième heure ont eu même salaire que ceux qui avaient commencé tôt le matin. Jamais trop tard pour bien faire.

Là, j’ai bien encore failli procrastiner un petit. La goutte d’eau, ça a été une discussion avec un crétin fieffé, lecture pénible de commentaires sans aucun sens mais prétentieux et fort verbeux. Surtout pénible : l’incompréhension mutuelle. Tout ça chez un mec sympa qu’avait pondu un mignon apologue, et dont on a pollué le fil un chouïa. Alors je me suis dit : Un crétin comme ça, ça détruit plus de joie que n'en apportent dix copains qui reviennent.

Et ça a fait pencher la balance du bon côté.

Je vais enfin pouvoir retourner à mon champ, mon labour, mon travail, mon jardin. Accoupler ma libellule, agrippés à une feuille.

Ce n’est pas non-plus sur Mediapart qu’on répare le monde. Merci, comment je vais l'appeler , le fieffé crétin ? Merci ... Patron.

coit-libel

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