Je ne demande pas à un penseur d’avoir toujours raison.

Si c’était le cas, il ne serait pas humain. Peut-être un Dieu ? Non. Ce que je demande à un penseur, c’est de penser, et d’inventer. Si on n’invente pas sa pensée, on ne pense pas, on ne fait que reproduire la pensée des autres. Je demande à un penseur d’être d’abord humain, et après, de penser, en se trompant parfois. Et aussi, de donner la parole aux anonymes, pour qu'on les écoute penser.

J'édite chacun des billets que j'ai pondus en promotion de Front Populaire. J'ai consacré deux billets à ce retour de manivelle.

https://blogs.mediapart.fr/jean-max-sabatier/blog/290620/amendes-honorables

https://blogs.mediapart.fr/jean-max-sabatier/blog/290620/le-site-de-max

Mais je dois à présent honorer chacune de mes amandes consacrées à FP d'une sorte d'errata. Sans rien dépublier, bien sûr. Je n'efface pas mes erreurs. Je les corrige.

ne-reviens-pas-trop-vieux

Le media dont j'ai rêvé n'existe pas. Mais il verra bientôt le jour. Et, je l'espère, la lumière.

Onfray rentre dans ce cadre ! Sa pensée me botte, pour l'essentiel.  Dans l’ensemble, je m’y retrouve. Je partage la plupart de ses idéaux, et la plupart de ses détestations. Et je vérifie parfois qu’il est humain !

 Beaucoup de pur et de vrai, un peu d’erreur.

Par exemple, dans son athéisme. Dans sa critique de la religion, je partage tout, sauf deux choses :
1) D’après Onfray, la seule raison d’être des religions est de consoler de notre mortalité, en faisant miroiter un au-delà bienheureux et éternel. C’est une raison d’être, bien sûr, et qui explique la puissance toxique des religions : cette fibre ne demande qu’à être exploitée, et elle l’est. C’est enfin l’explication de la pulsion de mort associée aux religions, tout au moins aux trois qui sont nées en Palestine.
Onfray a tué dieu, après d’autres d’ailleurs, et se lamente que « Dieu respire encore ». Il a raison ! Dieu bouge encore, c’est le 11 septembre, Charlie, le Bataclan, etc. Dieu bouge encore, c’est les fillettes envoyées avec une ceinture d’explosif sur les marchés nigerians par Boko Haram. Dieu bougeait et respirait à pleins poumons, lors des premiers attentats de Paris, le 24 août 1572. Dieu bouge encore.

Mais pour Onfray, dieu n’est que cela. Or, la question de Dieu demeure après Onfray.
Car Onfray ne considère pas la pulsion scientifique de l’homme, j’appelle ainsi son appétit à expliquer le monde. Vous voyez bien que les religions, les mythes, commencent par une explication, une généalogie, une genèse. Et d’ailleurs, cette aspiration a été trompée par les religions. Qui se sont souvent opposées à la lumière de la découverte scientifique. Il reste donc un dieu qui lui non plus ne mourra jamais : la chose qui a engendré les choses de notre réalité. Non pas créé ! Ce serait anthropomorphique, et c’est la voie empruntée par les dogmes explicatifs, tous plus sots les uns que les autres. Mais engendré notre réalité. Car dans la réalité, tout à une cause. La recherche de ces causes premières ne peut se réduire à la philosophie. Il y a forcément besoin de subjectivité, de passion, de fascination. À mon avis, les grands-prêtres de ces dieux-là sont des gens comme Stephen Hawking, Hubert Reeves, Brian Greene, etc. Ce que l’on appelle les vulgarisateurs sont des apôtres.

2) Le second point que je ne partage pas, c’est le « libre arbitre » élément de l'imposture religieuse. Je suppose qu'aux yeux d’Onfray, le libre-arbitre a trop servi à nier le corps et ses instincts. Ce qui explique qu'il rejette en bloc cette notion chrétienne. Paradoxalement pour un philosophe, ici, Onfray fait de la liberté une valeur négative : la faculté, illusoire, de décider d’échapper à sa condition animale et humaine.

Moi,  appliquant  d’ailleurs mes leçons de lycée, je considère la liberté comme relative, et la faculté de choix aussi. Relatives, mais réelles, existantes.

_______________________

Ce que je demande aussi à un penseur, même si ça semble contradictoire avec ce que j'ai dit sur la nécessaire inventivité, c’est de penser avec les autres, après les autres, avant les autres. Par son savoir, Onfray m’apporte aussi la pensée des autres. Et je ne me contredis pas, car il apporte en plus sa pensée propre. Par son projet, Onfray m'apporte encore la pensée des anonymes. Par exemple aujourd'hui celle du Major Jean-Manuel Moulin.

onfray-sochard
Donc, à présent, après une autre erreur commise à mon avis par Onfray, et que je vous ai permis de constater hier (personne d’ailleurs n’a mis le doigt dessus, probablement parce que tout le monde considère que tout est erroné ! Je mets le dessin de Fred Sochard pour résumer ce point que je conteste dans L’éloge de la police.), voici la pensée de quelqu’un autre, permise par le projet d’Onfray, et sans un seul bug. Juste une légère omission, il semble dire qu'il n'y a rien à voir ! Mais dans l'ensemble, un sain recadrage du débat, un travail sérieux d'histoire, aussi.

 

Un abonné à Front Populaire s'exprime

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.