La fabrique des matheux

Le début des maths : ne pas dégoûter, montrer, jouer. Méthode pédagogique et communication d’entreprise.

L’enseignement des maths est très complexe.


1) Pour chaque nouvel enfant en échec et maths (l’expression n’est pas de moi, c’est un titre de Stella Baruk), quel est son niveau ? Quel était son potentiel avant que l’école ne le dégoûte des maths et lui fasse « baisser le rideau » ? (Ça, c’est de moi.)

2) Fait-il ou non partie des « matheux », ceux qui parviennent rapidement à se représenter l’abstraction, ou bien lui faut-il « voir » les choses avant de les saisir ? Les psy ajoutent de façon à mon avis très simpliste que « les maths c’est l’autorité », donc auront des difficultés en maths ceux qui ont des problèmes avec les parents. Les psy les plus sots ne parlent ici que du père.

En d’autres termes, certains enfants ont besoin de représentations, dessins, figures, etc., alors que d’autres, non. Il n’y a pas de méthode idoine identique pour tout un chacun. La faillite de l’éducation nationale, elle est surtout là, dans le formatage. La chose qu’elle formate le mieux, c’est le crétin. (La fabrique du crétin, Jean-Paul Brighelli)

3) Il y a le côté sociétal : le progrès a créé la calculatrice, alors les enfants régressent en maths. Il n’y a plus d’exigence sur les tables, d’addition pour commencer (rares sont les professeurs qui les font apprendre). « Connaître ses tables », ça veut dire en fait « connaître ses tables de multiplication ». Elles non plus ne sont pas sues, et c’est normal, on les reconstruit pour mieux les imprimer, grâce à des additions. Or quand un enfant doit ajouter 4 et 4, il « compte sur les doigts dans la tête » (c’est de moi aussi). On devrait le savoir, que ça fait huit, après l’avoir construit, visualisé, une bonne fois pour toutes, ce qui permet d’enregistrer. Quant aux tables de soustractions et de divisions, l’éducation nationale n’a pas encore compris la nécessité et l’utilité de les conjoindre à celles d’addition et de multiplication. Vient s’ajouter à ce triste constat le suivant : les tables à apprendre, c’est la partie pénible, alors on supprime. C’est un coup à faire le numéro vert pour signaler, un enfant qui trime à se graver les tables. Ça évoque les sévices et punition que les gens de ma génération ont connus. On a renoncé.

 portraits de maîtres

4) Il faut faire avec le totalitarisme nazional. Un crâne d’œuf a fait disparaître le signe « implique », =>, au collège. La déduction est l’outil de base du raisonnement, mais bien sûr, un discours articulé avec de tels connecteurs, c’est abstrait et ça pose des tas de problèmes pédagogiques. Donc, là encore, paf, on supprime. Les enfants utilisent des « chainons ». On leur apprend à utiliser des éléments de langage. Les démonstrations ne sont pas mieux rédigées qu’il y a cinquante ans, loin de là, mais en plus elles sont entachées de verrues qui cachent la logique. Cette aberration mathématique en même temps que pédagogique, c’est à la gauche qu’on la doit. Les profs de seconde, bien obligés, réintroduisent le signe « implique » en loucedé, et normalement, à partir de la première, on fait comme s’il avait toujours été là.

C’est pour cela qu’on est devenu si nuls en maths, en France, à tel point que quand on a une médaille Fields, c’est un tel événement et une telle gloire nationale que cela permet au grand clerc de trahir et de hanter les sombres allées du pouvoir, non pas pour arranger les choses à l’éducation nationale, mais pour s’emparer de la mairie de Paris. D’ailleurs, pourquoi aurait-il même l’idée d’améliorer les choses ? J’ai une théorie psychologique sur la nullité pédagogique des profs de maths : des maths qui s’enseigneraient efficacement, cela prouverait que ce n’est pas si sorcier, et donc, cela réduirait la gloriole du fort en maths. Si j'explique bien les maths, après, je passe pour un plouc.

Le début des maths : ne pas dégoûter, montrer, jouer.

Tout ce préambule fastidieux pour en arriver à ce matériel que j’ai créé pour permettre cette « visualisation » aux enfants qui en ont besoin. On « voit » les unités (des billes), les dizaines (des petites boites longues en papier fort), les centaines (contre-plaqué + tasseau collé pour accueillir dix dizaines). On ajoute les unités, si ça dépasse la dizaine, on prend une boite-dizaine vide, et c’est ça une « retenue ». On ajoute les dizaines, etc.
Par ailleurs, mes boites-dizaines, elles font « voir » le complément à 10 : si c’est complet, aucune case vide. Si c’est le nombre 7, 3 cases vides. C’est la « conjonction » dont je parlais, 7 + 3 = 10 est associé à 10 - 3 = 7, et aussi à 10 - 7 = 3. Trois choses sues pour le prix d’une.

C’est ce principe que je voudrais informatiser, parce que ce serait plus silencieux, moins galère, et plus souple : la visualisation cesse quand l’enfant réussit. (C’est cette adaptabilité de l’enseignement dont je parlais plus haut, que le logiciel permettrait.) En attendant, j’ai eu l’idée de créer un jeu publicitaire, présenté en devanture.
Voici la deuxième partie de ma communication en vitrine.

première partie

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 Devant, le matériel en question, école primaire. Derrière, de quoi faire jouer aussi les élèves de collège, avec du calcul littéral, et les élèves de lycée, avec les fonctions. On me donne le résultat, si c'est bon, on gagne un livre. Les cleubiens, cleubiennes et autres clubistes peuvent jouer aussi, mais j'envoie pas. Faut venir chercher le prix.

École primaire : donner la valeur de chaque nombre représenté, et leur somme.

Collège : ajouter les quatre expressions littérales en x, y et z, et réduire.

Lycée : donner les douze composées de deux de ces quatre fonctions de la variable x.

Si vous avez du mal, demandez à Poil d'Azur :

C'est Poil d'Azur qui surveillera la récréation. D'habitude, il ne dit jamais rien à personne, mais une bataille, ça pourrait l'intéresser... Alors, je me charge de l'occuper en lui demandant un tuyau pour un problème d'algèbre... Pour lui, les x, c'est des caramels mous. Tu pourras te battre tranquille.    Marcel Pagnol, Le temps des secrets.

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