L'ami Camus

Que j’aime les gens qui disent ou écrivent ce qu’ils pensent, simplement ! Que j'aime entendre parler des livres, des idées, des tourments et des joies. De l'espoir. De l'action. De l'aventure. On n'a pas encore assez parlé de Camus.

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J’ai parlé de Camus, on m’a répondu. J’ai mis sur la table un roman de Jean-Michel Guenassia, plus tard une biographie graphique, et quelqu’un a mis un billet perso  et un article de Philippe Lançon.

J’y ai trouvé ça :

Nous sommes au temps des hurlements et un homme qui refuse cette ivresse facile fait figure de résigné. J’ai le malheur de ne pas aimer les parades, civiles ou militaires. Laissez-moi vous dire cependant, sans élever le ton, que la vraie résignation conduit à l’aveugle orthodoxie et le désespoir aux philosophies de la violence. C’est assez vous dire que je ne me résignerai jamais à rien de ce à quoi vous avez déjà consenti.

Vous trouvez pas ça intemporel ?

C’est la réponse à un compagnon de route du Parti qui lui reproche en 1948, comme tant d’autres, de fuir la politique pour se réfugier dans la morale.

Et puis j’ai repensé à cet extrait du livre de Guenassia :

Elle a ouvert le livre. J'ai lu la première ligne : « Qu'est-ce qu'un homme révolté ? Un homme qui dit non. » Ça n'avait pas l'air compliqué. Je me suis senti concerné . Est-ce que ça voulait dire que j'étais un révolté ?
- Lis-le, tu verras. Ce qui les emmerde, c'est que Camus est lisible. Et lumineux. Pas Sartre. Ils le haïssent parce qu'il a raison, même si je ne suis pas d'accord sur tout avec lui. Il est un peu trop humaniste à mon goût. Des fois, il faut être plus radical. Tu comprends ?

Trop humaniste ! Elle est rigolote, la fifille, non ? Mais comme elle illustre bien tous les boute-feux, tous les va-t-en-guerre, tous les bons apôtres…

L'ami Camus écrit parce qu'il en a besoin. Il est sincère. Et tes raisons y trouvent un écho.

On peut donc parler de révolte ?

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L’ami Camus. Surtout pour les petits. Pour les enfants de la misère. Et puis aussi pour tous ceux qui, comme moi, sans avoir perdu papa à la guerre ni l’ouïe de maman à cause du typhus, ont quand même trinqué un peu. Un peu, ça suffit pour l’empathie, ça suffit pour l’amitié. Ça suffit pour la révolte. La vraie : la révolte contre l’absurdité d’un monde gouverné par des dieux morts et des petits maîtres, épaulés par des serfs. La révolte et la résolution.

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