Adroit homme de gauche, gauche homme de droite

Le 11 septembre, c'était aussi l'anniversaire de la gauche et de la droite. 230 ans. Si la terreur est aujourd'hui majeure, le clivage est aujourd'hui fossile.

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Avec la suppression des divers et nombreux régimes de retraite, nous entrons dans une zone de confusion. C’est l’exemple type pour illustrer l’inanité des concepts de « gauche » et de « droite » politiques. Alors qu’il est équitable qu’un même régime s’applique à tout le monde, en considérant pour chaque profession des bonus éventuels dédommageant d’éventuelles pénibilités, certaines corporations favorisées sont déjà vent debout.
Ça va être vraiment le souk. Cette réforme, souhaitée au départ par une majorité d’électeurs, parce qu’elle est juste, promise à raison par Macron, risque de se transformer en cauchemar. Là où il aurait fallu un fin diplomate, est apparu un foutriquet gribouille, sot en pensée, en parole, par action et par omission. Là où il aurait fallu un stratège, s’est révélé un troll. Là où il aurait fallu un Michel Rocard, nous nous farcissons un Emmanuel Macron. Comment voulez-vous que ça se passe bien ?

Je vis en France, et j’exerce mon activité en la ville de Conflans Sainte Honorine, alors je regrette doublement Michou du PSU, adroit homme de gauche, orfèvre qui a gouverné le pays sans majorité absolue, avec tantôt les voix communistes, tantôt les voix centristes. Réparateur de Nouméa, après le carnage chiraco-pasquaïen. Apôtre déchu de l’autogestion. Victime de Mitterrand, adroit homme de droite. Et maire de Conflans, qui a créé des quartiers, avec leurs comités et leur mixité.

Doublement je déplore l’élection de deux foutriquets sans épaisseur, mais au crâne épais, l’un à la tête de la République en 2017, l’autre à la tête de Conflans en 2014.

Laissons Conflans et sa brosserie pour parler du pays de Descartes, aux mains de ce gauche homme de droite. Ce chantier énorme et délicat, résultant de totems et de tabous centenaires (clientélisme de l’état, statut du fonctionnaire, stalinisme de la République), fossilisé depuis l’âge du charbon, prenant ses racines dans les pensions et fermes monarchiques, dans les corporations médiévales, va être entrepris par Ubu-Roi !

Vous avez le bonjour d’Alfred.

Notre Ubu-Roi parle de gens "qui ne sont rien", dans une république dont la devise est "liberté égalité fraternité" ! Il va dans une école primaire pour faire tout un spectacle en expliquant aux enfants qu'un roi de France a obligé ses sujets à parler français ! Il jette en pâture aux journalistes le désormais célèbre "Qu'ils viennent me chercher !" ! Il parle de sagesse à Geneviève Legay ! Il croit que le Pirée est un homme que la Guyane est une île !

Tiens, on va conclure en revenant sur ces expressions, « gauche » et « droite ». Quand je pense qu’on en est toujours là ! Quelle honte. Au pays de Descartes.

Les étymologies de « droite » et de « gauche » sont un peu délicates, surtout celle de « gauche », pour laquelle Littré hésite.

« Droit, droite » vient de directus, participe passé de dirigere, diriger. Direct, directif, directeur, direction, sont de la famille. Mais « adroit » vient de dexter. L’adresse, c’est la dextérité. La proximité phonétique entre ces deux signifiants va s'ajouter à une proximité sémantique entre les deux signifiés. Raisonnement de terrien ( le bon trajet est la ligne droite ), pas de marin ( garder le cap, c'est tirer des bordées). D’autant qu’homo sapiens est majoritairement droitier. Tout cela prépare l’usurpation qui va commencer à l’assemblée constituante le 11 septembre 1789, avec ceux qui sont à droite (« monarchiens », favorables à ce que le roi ait un droit de veto absolu, et ceux qui sont à gauche, opposés). L’étymologie est respectée : la droite, c’est le camp de qui dirige, et de qui dirige bien.

L’origine de « gauche » est plus mystérieuse. Il y a deux hypothèses pour Littré : il évoque d’abord celle de Diez, le haut allemand welk (faible, ce qu’est le plus souvent la main gauche), mais il trouve entre les 13ième et 15ième siècles, « ganche », (chose qui est de travers, détour, tromperie). Il n’en donne pas l’étymologie. Mais ça lui paraît judicieux, à cause de « gauchir » qui vient clairement de « ganchir ». il y a aussi « guincher ». Peut-être « guinguette » ?

Vous avez compris d’où vient la malédiction des gauches ? Elles sont de travers. Ce sont des tromperies. Elles sont faibles.

Croyez-moi : réfutez ce clivage. Les gens s’en foutent. Le vrai clivage, c’est entre les gens qui ne pensent qu’à eux, et les autres. Et j’en suis à peu près sûr : les autres sont nettement majoritaires. La solidarité est un facteur de survie, donc l’évolution l’a favorisée.

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