Je suis un fils musulman dont la mère a été insultée

Je vous ai trouvé un barbu de chez barbu, autre chrétien, qui aujourd’hui aurait probablement été musulman lui aussi. Quant à Jojo qui a chanté cette prière, j’ose pas me prononcer. Il était païen.

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Francis Jammes, ne faites pas comme bon nombre de sots qui prononcent son nom à l’anglaise. C’est un nom du terroir français, le Sud-Ouest. [Jam]. Pas [Djèms]. Je connais même un Jammes triple sot (donc en longueur), chez moi à Osny, qui en est flatté, et qui se présente lui-même comme [Djèms]. Encore un type qui doit apprécier Mickey, Donald, Jesse James, Trump. Et Boris Johnson.

Le petit qui pleurait, vous allez le retrouver quelque part dans ce poème. Les Kurdes aussi, enfin, toutes les victimes du monde. Chez les chrétiens, il est possible de prier pour les autres. Moi, j’avoue, je n’y crois pas, je ne prie pas. Je pleure.

Prière mariale

Par le petit garçon qui meurt près de sa mère
tandis que des enfants s’amusent au parterre
et par l’oiseau blessé qui ne sait pas comment
son aile tout à coup s’ensanglante et descend,
par la soif et la faim et le délire ardent,

je Vous salue, Marie.

Par les gosses battus, par l’ivrogne qui rentre,
par l’âne qui reçoit des coups de pied au ventre
et par l’humiliation de l’innocent châtié,
par la vierge vendue qu’on a déshabillée,
par le fils dont la mère a été insultée,

je Vous salue, Marie.

Par la vieille qui, trébuchant sous trop de poids
s’écrie : « Mon Dieu ! », par le malheureux dont les bras
ne purent s’appuyer sur une amour humaine
comme la Croix du Fils sur Simon de Cyrène,
par le cheval tombé sous le chariot qu’il traîne,

je Vous salue, Marie.

Par les quatre horizons qui crucifient le monde,

par tous ceux dont la chair se déchire ou succombe,
par ceux qui sont sans pieds, par ceux qui sont sans mains,
par le malade que l’on opère et qui geint
et par le juste mis au rang des assassins,

je Vous salue, Marie.

Par la mère apprenant que son fils est guéri,
par l’oiseau rappelant l’oiseau tombé du nid,
par l’herbe qui a soif et recueille l’ondée,
par le baiser perdu par l’amour redonné
et par le mendiant retrouvant sa monnaie,

je Vous salue, Marie. Amen. »

Francis Jammes (1868-1938)

La Prière - Georges Brassens (1965) © OztarAntoine

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