Vide-back

Citoyens fantômes, habitants de Conflans Sainte Honorine, d’Osny, de Pontoise ou de Landerneau, esprits du Val d’Oise et des Yvelines, êtes-vous là ? Même d'ailleurs, d'ailleurs ?

Puissances publiques

Je me suis abonné à Mediapart pour créer un blog. Un blog en accès libre. Je voulais communiquer localement sur ma librairie-école. Avertir que j’existais, et que la puissance publique me menaçait. Que je proposais un soutien scolaire de qualité, novateur, ludique, à 8 € l’heure. Formule souple : les parents ne s’engagent que pour un mois. Ni la mairie de gauche, ni celle de droite qui a suivi n’en ont jamais eu cure. La puissance publique n’aime pas qu’on fasse son travail, surtout quand elle-même ne le fait pas. Qu’il s’agisse de l’éthylique Esnol ou du maniaque du bulldozer Brosse, RÀF de la librairie-école, RÀF du soutien scolaire en quartier HLM. Le seul vrai soutien que j’ai eu, c’est celui du 17. Car outre les parasites  malfaisants de la gentry, il y a les parasites  malfaisants de la racaille. Qui eux non-plus n’apprécient pas le soutien scolaire en quartier HLM, c’est-à-dire « chez eux ». De quoi se les bouffer, non ? « Moi dont le cri de guerre fut toujours « mort aux vaches ! » !» ! Les flics ont répondu présent quand j’étais dans la merde avec des petits cons.

« Demandez, et on vous répondra. »

Enfin bref.

J’ai tenu comme ça, sans même un petit reportage dans le VAC (Vivre à Conflans), le mensuel municipal. Pendant six ans, avec une croissance à deux chiffres quand-même ! J’ai embelli et agrandi mon local. Puis est venu le temps des noyaux.

2015, première communication de la nouvelle équipe LR sur les projets concernant Paul Brard. Inquiétude. Les sanitaires que je venais d’acheter sont toujours là : deux toilettes, une baignoire-sabot, une vasque. Un évier aussi. Un chauffe-eau au gaz. Tout dans les cartons. Depuis quatre ans. Envie coupée. Peur de construire pour la démolition. À cause de ces faisans, je fais la vaisselle dans le lavabo, mes chiottes sont vétustes, je peux toujours pas me doucher en descendant de mon vélo.

2018 : arrive une dame qui me demande si elle peut coller une affiche sur ma vitrine, une communication de l’office HLM Résidences Yvelines Essonne, avec le nihil obstat de la mairie. L’affiche représente une maquette du projet de « restructuration » du quartier, je ne me rappelle plus le terme exact, il a fluctué, et fluctue toujours. Requalification. Réhabilitation. Restructuration. Redynamisation. Reconstruction. Moi je lui préfère « démolition », plus exact. En effet, sur cette maquette, ma librairie-école a disparu ! À la place du petit bâtiment bas qui abrite cinq commerces, il y a un immeuble d’habitation de cinq ou six étages. Les commerçants seront déplacés un peu plus loin, en rez-de-chaussée d’un immeuble, haut également. Fini mon chauffage au bois. Finie l’absence de charges de copropriété. Mais surtout, finis ma mezzanine et mes escaliers maison ! Même si j’étais locataire, ce serait déjà scandaleux, de squeezer ainsi les gens. Et je suis propriétaire ! Ils songent à m’exproprier sans m’en parler ! Cynisme. Incompétence. Amateurisme. Mépris. Ça ne vous rappelle rien ?

Enfin bref.

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J’ai voulu défendre mon projet. J’ai aussi pris les patins des habitants de l’Arche, un bel immeuble en bon état, à la construction audacieuse et ingénieuse, puisqu’il enjambe l’avenue Paul Brard, promis à la démolition pour satisfaire ce caprice du maire : « C’est moche, il faut que ça saute. » Cinquante famille déplacées pour faire plaisir à Monsieur Brosse. Et pour faire du chiffre dans un quartier de pauvres qui est à cinq minutes de la gare SNCF, ce qui est un scandale ! Les petites gens doivent aller peupler les banlieues de banlieue. Tout ça en s’appuyant démagogiquement sur l’idée suivante : y a trop de racailles, on va vider tout le monde. Il s’agit de parler à ce genre d’électeur :

Monsieur Grobeauf

Moi qui habite en quelque sorte ce quartier depuis dix ans maintenant, je puis vous dire que c’est vrai, il y a de la racaille, mais pas plus qu’ailleurs, pas plus en tout cas que dans les hautes sphères LRPSPCFN ou macroniennes.

Et puis surtout, il y a des gens.

Alors j’ai créé ce blog, qui s’est d’abord appelé  Comment empêcher la démolition d’un quartier . Puis  Adjacences, pour prendre acte que je commençais à parler de sujets autres. Puis  Adjas  quand j’ai voulu mettre les adjas.

En effet, localement, je n’ai pas eu de retour. À la place, j'ai chopé une addiction à la parlote, au détriment de mon projet informatique, et de ma communication commerciale. Alors j’ai résilié. En juillet. J’ai tenu un mois ! Maintenant, rebelote, je refous le camp. Fin du blog 6 janvier. Dernier nom de blog en date : Ah ! Mais attention ! Y a des gentils, ici. Peut-être qu’il n’y en a pas beaucoup, mais un seul être vous retient et tout est repeuplé. Alors, je reviendrai peut-être ! Et si je rechute et que je refous encore le camp, mon blog s’appellera A. Comme dans Le monde selon Garp, je perdrai les phonèmes les uns après les autres.

Silence radio

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Donc, aucune démarche de gens du coin pour me contacter et entamer une vraie démarche collective de résistance. Les collectifs qui ont surgi pour s’opposer aux projets bétonnesques du maire, ne concernent pas vraiment les habitants menacés de déplacement. Un collectif, c’est bourgeois, comme notion, il faut croire. Même à l’Assemblée Citoyenne aux travaux de laquelle j’ai participé un temps, je n’ai pas réussi à sensibiliser au sort du quartier Paul Brard. Raison principale, d’ailleurs, de ma désertion. Ça me fait penser à Macron et son nouveau monde, ça. L’Assemblée citoyenne, elle non plus, n’appréciait probablement pas mon soutien scolaire en quartier HLM. En fait, le problème de cette assemblée citoyenne, c’est qu’elle est suscitée par des anciens, de diverses listes. Avec certainement des tics et des tocs, et des tactiques de l’ancien monde.

Raison probable à cette absence de feed-back, une pression insidieuse sur les gens : « Tu acceptes le relogement qu’on te propose, parce qu’après, ce sera trop tard. » La trésorière d’une association de locataires, qui avait cheminé un moment avec moi, mais qui s’est usée en assistance auprès de ces personnes, en est morte. Mon ami André a fini par accepter le pitoyable logement qu’on lui a proposé dans l’immeuble voisin, petit, vétuste, mal isolé. Je crois qu’il y a des gens qui refusent toujours, mais c’est chacun pour soi. Voilà comment les projets passent. Comment les démolitions et les reconstructions passent. Les réformes. Ça ne vous rappelle rien ?

Enfin bref.
Le 6 décembre, fin de l’abonnement. Mais le coup de la diva qui fait ses adieux, ça augmente l’audience ! J’ai eu un gentil commentaire sur un billet de l’année dernière. Tout en déambulant et prêchant dans le désert, je suis parvenu à une oasis, où quelques bédouins sont rassemblés, qui m’ont adopté ! Alors, si je réessayais ? Si on parlait ? Si on respectait ? Si on raisonnait ? Si on calculait ? Est-ce qu’il y a des gens, à Conflans, qui lisent mon blog ? Et qui, sans s’être exprimés jusqu’à présent, n’en pensent pas moins ? Alors j’ai eu l’idée d’un PDF qui rétrospecte les articles du blog concernant Paul Brard et la librairie-école. librairie-école du quartier Paul Brard (pdf, 7.0 MB)Il permet soit la découverte, soit le rappel, du problème.

Et je vais recommencer à scruter le cosmos et ses ondes. En espérant recevoir d'autres visites.

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