J’en tâte, des queux

Contrepèterie pour rendre hommage à Moël Jartin. Ce drôle de mot pour éviter une drôle de chose. Avec un x, c’est un truc qui sert à aiguiser (même origine que couteau). En l’occurrence, il s’agit d’affuter les neurones . Attention en tâtant les queux, de pas se couper. Et puis le x, c’est comme dans les jeux.

Le petit blog perdu

Il y a un peu plus d’un an, j’explorais la partie en accès libre de Mediapart, les blogs. Mediapart, j’en entendais parler à la radio (ça continue, d’ailleurs), mais je connaissais pas. Et je ne sais plus comment, j’avais entendu dire que les abonnés pouvaient y tenir un blog. Désireux de communiquer sur mes déboires avec la puissance publique municipale de Conflans Sainte Honorine, ouvrir un blog me tentait. C’était plus onéreux que de créer son propre blog, mais bien plus simple, et on avait tout de suite un lectorat (enfin c’est ce que je me disais). Alors j’ai fait connaissance avec plein de blogueurs.
L’un deux m’avait intéressé. L’article que j’avais lu parlait du nombre 27 ! À chaque article, on explorait, dans l’ordre, un nouvel entier. Ce blog s’était donné comme objectif de poétiser l’infini des entiers ! Il disséquait le nombre, montrait toute la richesse cachée sous sa banalité, sous la triste monotonie d’un rien dans le grand tout. Comme dans la théorie des cordes qui cherche à concilier les relativités et la physique quantique, il proposait une « forme de Calabi-Yau », un univers naissant dans un atome quark rien.
Pour montrer les talents de ce rien, l’auteur mentionnait par exemple qu’en base 8, 27 s’écrit 33 (3 huitaines + 3 unités). Alors que 27 = 3 puissance 3 !
Par ailleurs, le voyage au pays des nombres était aussi un voyage dans les départements français, et dans le tableau de classification des éléments chimiques, eux aussi fortement tributaires de nombres entiers. Et il contrepétait en son contenu, comme le faisait le blog lui même en son titre.
J’étais tombé à un moment crucial de l’histoire de ce blog : jusqu’à présent, bien sûr, il parlait aussi des lettres. Une page (d’écriture) se tournait. La rubrique « lettre » disparaissait. Pas grave. Car le jeu sur les lettres allait exploser, promettait l’auteur. « Ruée anagrammatheuse ». Des chiffres et des lettres. La ruée vers l’Eure.
Je n’avais pas encore les bons réflexes. J’ai pas cliqué sur « suivre ». J’ai oublié le nom du blog. J’ai perdu le blog. Non, je n’me souviens plus du nom du blog perdu.

Grâce à Chirac

Et puis, il y a quelques temps, pan ! Mort d’un faisan. Et je ne sais plus comment, je me suis retrouvé à lire un texte contrepétant 222 fois sur le défunt. Rapprochement pas encore fait. Mais cette fois-ci, j’avais appris à fol au ouais. Ce qui fait que quelques jours plus tard : Cantate des jeux 41 : on y parle des gants de Blois et de dîner dans le Perche.
J’avais retrouvé mon blog ! Pour m’en assurer, j’allais illico vérifier que le numéro 27 se trouvait bien quelques jours avant le 11 septembre 2018, jour où j’ouvrais mon propre blog.
À la bonne Eure !

oulipo-pataphysique
Il y a un an, je savais pas suivre, j’avais pas non plus l’idée de regarder les commentaires. D'ailleurs, si je l’avais fait, je n’aurais pas été sidéré comme je l’ai été au cours des premiers jours de la perpette enfin prise par Jacquou. 935 commentaires pour l’Eure ! Ma in Euréloire, mille e tre ! Les potes du blogueur Éleusisien sont eux-mêmes adeptes, et créateurs. Pataphysique et Oulipo ! Cent-mille milliards de problèmes ! Si Manon a un petit creux, qu’elle y aillaillaille ! Elle pourra s’y repaître. Paître et se repaître.

Paître contrit.

Après avoir résolu une petite grille 5/5 sans case noire, je fus cependant contrit. Et la kangoo, elle va se rhabiller toute seule ? Quand je pense que tu veux te désabonner par ce que t’es accroc au cleub, et que tu tombes encore plus en addiction !

Ce blog vraiment participatif, avec souvent 1000 commentaires, sans personne qui s’insulte, sans ces horribles verrues trollesques mediapartiennes. Une utopie réalisée ! Un paradis perdu et retrouvé. Que je dois gérer comme une toxicomanie.

La vie, c’est galère. Tout ce qui est vraiment bon, il faut doser. Parce que c’est dangereux, addictif ou chronophage.

Au fond, la meilleure façon de lire Mediapart, c’est peut-être de pas lire les commentaires. Parce qu’ils sont parfois sots, ou alors parce qu’ils sont une éclosion poétique incommensurable.

Bourvil & Elsa - Le petit bal perdu © ermoshin2009

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