Portraits de maîtres

Il revient à ma mémoire des souvenirs familiers du temps que j’étais écolier...

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Quand j’ai rencontré Madame Pascal, j’avais pas encore 7 ans. (je suis né au jus d’octobre)
Je la trouvais très belle. J’entrais en CE1, dans une classe CE1-CE2. Les CE1 à gauche, les CE2 à droite (le contraire du point de vue de la maîtresse). Après avoir fini mon travail, je répondais aux questions que Madame Pascal posait aux CE2. Ça perturbait. Alors, elle m’a mis en CE2. Elle avait une Amy 6. Cette voiture me fascinait, parce que seule de son espèce, sa vitre arrière était inclinée à l’envers*.
L’année suivante, j’eus Monsieur Raûles. Très laid, court sur pattes, et malheureusement, je ne m’en rendis compte que longtemps après, après avoir mangé bien des madeleines, c’était un sinistre kong pervers. (J’espère que personne ne signalera, et que même si, Médiapart ne censurera pas : j’ai changé tous les noms propres.)
Pour en revenir à Monsieur Raûles, son truc, c’était la fessée cul nu avec une règle en fer. Je ne me souviens pas en avoir été témoin, mais je me souviens très bien en avoir été victime. Adulte, je me suis demandé si ça lui provoquait des érections. (À moi, non). Je ne sais plus quelle avait été ma faute. Était-ce ma réflexion sur le « g » et le « j » ? Je n’ose le penser, ce serait encore plus infâme ! Cette réflexion avait été mal reçue, elle consistait juste à dire que c’était dommage que le « g » ait à se prononcer « gue » ou « je », on aurait dû affecter le « g » au « gue », changer son nom (l’appeler « Gué », et affecter le « je » à « j ». À mon avis, le pauvre Monsieur Raûles me prit définitivement en grippe ce jour-là : il ne put supporter cette liberté d’esprit chez un moutard de huit ans.
Je me fais confiance pour m’être rendu coupable par la suite de bien d’autres méfaits.

Au collège où j’entrai en septembre 1967, j’eus mon premier prof de maths, Monsieur Cerdan, et mon premier prof de français, ainsi que de latin, surnommé James Bond. Pareil, je ne m’en rendis compte que bien plus tard, mais quels merveilleux profs ! Je me souviens de la sphère que Monsieur Cerdan nous fit construire dans du carton, sphère suggérée par des disques entrecroisés. Bien après qu’elle eut fini à la poubelle, j’ai essayé de retrouver sa conception, et je n’y suis pas arrivé.

Au lycée, en première et en terminale, il y a eu madame et monsieur Otto, surnommés Pappy et Mammy (pourtant, ils étaient pas vieux, dans les quarante, quarante-cinq). L’un prof de maths, l’autre de physique, épouse et époux, et grands pédagogues tous les deux. Si je m’en souviens avec autant de tendresse, c’est à cause de la physique : cette école qui m’apprenait à comprendre comment l’univers fonctionne. Et à cause des maths : cette vérité pure qui était celle de l’univers. À part ça, j’ai connu, autre prof de maths, Monsieur Joël, qui rigolait quand un.e élève pleurait (de ne pas comprendre)!
Quand je repense à mon comportement tout au long de mes études secondaires, j’ai honte !
Si j’ai loupé le bac après avoir redoublé ma première, c’est vraiment pas de la faute de madame et monsieur Otto ! C’était pas un peu dû à papa, à maman, à leur divorce qui rampait depuis toujours mais qui avait enfin eu lieu. C’était pas un peu dû à maman qui avait demandé un redoublement à la fin de la première, redoutant que ma paresse en première ne me fasse échouer au bac. Je revenais presque «  à l’âge », ma sœur me distançait, (par contre, elle, maman avait demandé à ce qu’on lui fasse sauter une classe, je ne sais plus laquelle, en primaire). Ou alors il fallait me punir pour ma paresse, ce n’était pas juste que j’y arrive, même fort juste à chaque fin d’année, alors que j’étais un maudit cossard. Ou alors elle y croyait vraiment, que j’aurais du mal en terminale. Ce n’était pas un peu dû à Monsieur Raûles.
C’était quand-même surtout dû à moi ! Qu’est-ce qu’on peut être con quand on est intelligent ! J’ai arrêté le latin en quatrième. J’ai arrêté l’espagnol en seconde. J’ai jamais rien foutu en anglais. J’ai jamais rien foutu à l’école. En 75, entre l'écrit et l'oral de rattrapage du bac, je suis allé voir le grand prix de Hollande à Assen.

À l’IUT, le gros Bérurier. Prof de résistance des matériaux. Ses « D’accord avec ça ? » ponctuaient chaque étape de ses explications. La résistance des matériaux, c’est de la physique à forte dose de maths ! Public mixte bac C, E, et F1, F10. Avec mon bac C, j’étais favorisé. Quand quelqu’un comprenait pas, il repartait du début pour trouver où ça disjonctait. Par la suite, j’ai toujours fait ainsi. Notons que dans l’enseignement technique à cette époque (78-80), la qualité enseignante était déjà très bonne. Tandis qu’un prof de lettres ou de maths peut vraiment être un incapable, ce ne peut être le cas pour un mécanicien, un électricien, etc.

En 1991, stage d'analyste-programmeur CESI. Il y avait un temps consacré à la rédaction de CV, lettres, etc. Là, Monsieur Moncolon,  prof de programmation, m'a appris à rédiger : éliminer toutes les scories d'hypercorrection que l'Éducation nationale, non seulement n'incite pas à éviter, mais favorise bien souvent.

Après, longtemps après, il y a eu la fac de Cergy ! Dans l’enseignement supérieur, le contraste entre les bons et les nuls est encore plus grand : les bons pédagogues sont en plus très pointus, et pour les nuls, il y a ce problème de l’évaluation : quand on soutient une thèse, les gens qui vous écoutent en savent moins que vous ! Lettres modernes, deuxième année de DEUG, licence, maîtrise. Monsieur Faitquoi : le cuistre dans toute sa splendeur, prof de littérature mais ne sachant utiliser un pronom, et par dessus le marché, à peu près inculte. Monsieur Prouvé, lexicographe, carrément parfait. Quand vous lâchiez une petite bouse orthographique, il mettait en marge « Nom de Zeus ». À part ça, sommité dans sa matière, très précis, ouvert et aimable, accueillant de bonne grâce toute question et remarque.
À Saint Martin, fac de sciences, DEUG de MIAS (mathématiques et informatique appliquées aux sciences, licence de maths. Madame Coucou, prof de TD, surnommée par les autres étudiants, après que nous ayons fait connaissance, elle, eux et moi, « Random ». Il s’est en effet avéré qu’elle corrigeait les partiels de physique sans lire les copies, en mettant n’importe quel ensemble de notes qui vérifiât amplitude, moyenne et écart-type de ce genre d’épreuve. Son système a fonctionné tant qu’il n’y a pas eu dans son public un olibrius de quarante ans. Mon partiel, 8/20, recorrigé par le prof d’amphi : 17/20. Ma copine Marion, qui s’était engagée elle aussi dans la broncca, est passée de 9 à 13. Et bien sûr, il y a eu des baisses ! Le système fonctionne grâce à ça, et parce qu’un.e étudiant.e, ça ferme sa gueule. Monsieur Keldour toujours à Saint-Martin, un prof d’amphi en maths, à la clarté olympienne. J’étais scié par sa façon de tracer les courbes au tableau. Par contre il m’aimait pas trop ! En plus d’avoir quarante ans, j’avais mon âge mental de quatorze ans !

lupin
Pourquoi n’y a-t-il pas que des Pascal, Cerdan, Bond, Otto, Bérurier, Moncolon, Keldour, Prouvé ?

 

 

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Pourquoi tant de Raûles, de Joël, de Faitquoi, de Coucou ? C’est bête comme question, hein ? Même chose chez les flics, les toubibs, les plombiers, etc.

* : Plus tard j’ai connu la Ford Anglia. C’est une Ford Anglia qu’a ensorcelée le père de Ron, fana de technologie Moldue, et c’est avec elle que Ron et Harry se sont rendus à Poudlard, après avoir raté le train. À bout de force, elle s’est scratchée juste à côté du saule cogneur, a dérouillé, a boudé, comme la chouette Hedwige, et s’est enfuie dans la forêt interdite, où elle est « retournée » à l’état sauvage ! (Je suppose que c’est la même idée dans le texte original).

 

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