La décrue

J’ai entendu plusieurs fois parler d’une rupture, d’une remise en question, d’une révolution des comportements…

Cette année, il semble que ça ne montera pas aussi haut que l’année passée. À Pontoise, en passant en vélo ce matin sur les berges de l’Oise, chemin de la Pelouse, j’ai vu que le ponton du club nautique est redescendu : les passerelles n’étaient plus dans l’eau. Bientôt le barrage du bief de l’écluse recréera sa chute. Il a beaucoup plu cet hiver, mais on dirait que ça se termine.

Que c’est bon le vélo. Déjà pour l’exercice, surtout maintenant que je n’ai plus de piscine. Et aussi, qu’est-ce que c’est bon d’être dehors. En moto aussi on est dehors, mais y a le casque intégral, les gants (quoiqu’au 20 mars, à vélo, j’ai encore des gants). Et puis il y a la machine pas simple. Qui pue, qui nuit et qui bruit. Qui éloigne, en fait, de la vie.

Ce soir j’attache l’égoïne sur le porte-bagage. Pour dégager l’arbre abattu par la tempête en travers du chemin qui surmonte la rue des pâtis et permet d’aller d’Osny à Pontoise en passant dans les bois. Deux fois, je l’ai escaladé, le vélo à bout de bras. Puis j’ai cessé de passer par là. J’ai pris par la route des pâtis. En vélo, je peux pas prendre la tronçonneuse. En voiture, je peux pas prendre le chemin. Aporie. J’en étais resté là ! Et ce matin, en passant devant un arbre bien plus grand arraché de sa berge et tombé dans le bief, je me suis dit : lui, je pourrais pas ! Comment vont-ils faire, les gars des espaces verts ? Et puis j’ai pensé à l’autre, peut-être trente ou quarante cm de diamètre, le tronc. Idée lumineuse ! À la scie, bien sûr. Avec du bois vert, ce sera de la rigolade. Scie, vélo, machines simples. Entraînement physique, plutôt que le mal de dos que donne la tronçonneuse. Dire que ça fait deux semaines bientôt. Que c’est bête, un bourgeois.

J’ai entendu plusieurs fois parler d’une rupture, d’une remise en question, d’une révolution des comportements…

Ce flot de vapeurs délétères, d’amolissement des corps et des cerveaux, d’abandons, de blasphème perpétuel envers la nature. Va-t-il décroître ?

La décroissance est une décrue.

 

rosemonde

Orage

Un rayon d’or fin s’est glissé
Dans les verdures frissonnantes.
Le ciel rit. L’orage a laissé
Une odeur fraîche dans les sentes.

La bonne eau de pluie a lissé
Les petites feuilles tremblantes.
Un rayon d’or fin s’est glissé
Dans les verdures frissonnantes.

Un vieil arbre gît, tout cassé
Par la foudre et par les tourmentes ;
Mais, apportant au mal passé
Déjà quelques clartés riantes,
Un rayon d’or fin s’est glissé.

Rosemonde Gérard

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