Le virus de la politique

Ma première réunion Confluence Écologie Solidarité : révolutionnaire !

Ma première réunion est la première, et est même une première : son objectif était de préparer la construction d’un programme pour la prochaine élection municipale à Conflans Sainte Honorine. Hier 20 septembre 2018, c’était le lancement, d’où l’article « la ». C’était la première fois pour moi, d’où le « ma ». C’était révolutionnaire, d’où le « une ». En effet, il s’agit d’une assemblée citoyenne, apartisane. Le soutien de partis est accepté, mais ceux-ci en tant que tels n’auront aucune influence. Les citoyens encartés sont bienvenus au même titre que les autres, et participent au projet en tant qu’eux-mêmes, non pas au nom de leur parti.

Confluence Écologie Solidarité, je vous en ai déjà parlé, j'ai placé son lien dans le billet Auprès de mes arbres. Je récidive : www.confluence-ecologie-solidarite.fr

Comment me suis-je retrouvé là ? La réunionnite, c’est pas mon verre de thé vert. Je suis plutôt loup solitaire, réticent à l’attroupement. Pourtant, 

« le pluriel ne vaut rien à l’homme et sitôt qu’on… », 

si c’est cohérent quand on visionne un meeting de Hitler ou de Trump, ça l’est un peu moins pour, mettons par exemples, une Freedom Ride ou une Marche du Sel. Et comme, dans l’espoir de contacter beaucoup de citoyens de Conflans, j’ai eu la bonne idée de téléphoner à Jean-Marc (mon prédécesseur en mes murs et opposant à la municipalité actuelle), me voilà assemblé !

Et j’ai pas regretté.

Jean-Marc Garcia, Jean-Pierre Lacombe, Patrick de Colomby et Gaël Callonnec se partagent la présentation du projet et de la charte aux quelques soixante participants. Puis chacun se présente. Il y a de simples citoyens, il y a des gens encartés. Il y a de simples observateurs, personnes n’habitant pas Conflans, mais concernées car habitant une commune du GPSO. La première question à trancher est celle du choix du premier sujet de réflexion que l'on abordera (il est prévu une réunion physique par mois). Quelqu’un suggère fort à propos de choisir un thème simple, sans trop de connections avec d’autres thèmes, afin de tester notre méthode en commençant par la moindre difficulté. Pour chacun des thèmes programmatiques (liste non fermée — je la poste dans le billet suivant —),  il faut un ou plusieurs référents (personnes chargées de la synthèse). Quelqu’un suggère des binômes homme-femme, ce qui est approuvé. Peu à peu, les volontaires se présentent, la liste des thèmes et référents s’allonge. Mais un obstacle surgit. Un citoyen encarté à Génération estime qu’au préalable, avant de s’engager dans une responsabilité de référent, il aimerait que les choses soient mises au net vis à vis des partis. Gaël répète le principe apartisan. Il argumente : c’est à cause de la cuisine inter-partis que les militants sont désemparés et les électeurs dégoûtés. « Pour moi, ce n’est pas le parti qui compte, mais l’humain. » Une participante vient de comparer la problématique à celle de la laïcité : j’aime bien cette métaphore. Et je l’adopte ! De la même façon qu’on peut avoir telle appartenance religieuse et cependant vivre et agir harmonieusement dans la cité, on doit pouvoir, en dépit d’une appartenance politique, participer à l’élaboration d’un projet citoyen. Le temps est venu d’une « laïcité » politique. C’est encore plus vrai au niveau local, municipal. Quand on y réfléchit, pourquoi les partis ont-ils fait main basse sur la vie des communes ? Ne devrait-ce pas être le boulot des habitants ? L’apparition des monstres supra-municipaux comme le GPSO relève de la même confiscation : plus ils prennent de la puissance, plus les compétences échappent aux communes. Moi qui habite à Osny, commune de l’agglomération de Cergy-Pontoise, qui nageait à Éragny, une autre, je donne un exemple : les piscines sont passées sous la coupe de la communauté d’agglomération. Puis en 2017, les petites ont été fermées aux particuliers. Je comprendrais que quelqu’un qui nageait à Éragny demande le Éragnyxit !

Cette réunion m’a passionné. Tel Onfray et son traité d’athéologie, je me vois bien écrire un traité d’apartisanisme. De vrais problèmes ont été posés, et réglés. Une diversité s'est exprimée, et c'était riche. Je n’ai qu’un seul reproche : trop peu de visages issus de la diversité (ce qui est un comble, avec tous ces verts ! D’ailleurs, la seule personne y  appartenant est celle qui a apporté ce concept de « laïcité » politique. Ce qui montre que la diversité est utile, si ce n’est indispensable (la comparaison entre bio- et socio-diversité, elle, n’est pas nouvelle). Ça me fait penser à Kofi Yamgnane. Vous vous souvenez ? (Ne pas confondre avec Kofi Annan). Il fut un éphémère ministre de la ville de Mitterrand, et le bien moins éphémère maire de Saint-Coulitz en Bretagne, y instaurant la pratique de l'arbre à palabre !

kofi-yamgnane-jardin

 Auteur de Droits, devoirs et crocodile, dont voici un extrait :

" Il n'existe aucune recette miraculeuse, quoi qu'en disent les rebouteux de service, pour traiter en profondeur le mal dont nous souffrons. Nous avons tous besoin les uns des autres, ce n'est pas une déclaration de morale, mais une affirmation sans réplique. Croire qu'un mouvement politique ou qu'un messie quelconque peut, dans la tradition bien française de Jeanne d'Arc, prendre en charge notre responsabilité à quelque niveau que nous soyons et nous soulager des devoirs qu'elle implique est une dangereuse vue de l'esprit. «Occupe-toi de la chose politique avant qu'un plus méchant que toi s'en occupe », disait Platon. Je n'ai certes pas l'intention d'aller dans le sens d'un cours de morale benoîte qui ne serait qu'un nouvel avatar de paternalisme. Tout le monde est dans le coup. Inutile de s'abriter derrière l'incompétence des hommes de pouvoir pour se montrer encore plus incompétent dans les devoirs qui nous incombent. A force de démagogie, beaucoup d'hommes politiques ont fait le tapin, et le corps électoral, au nom des droits qu'on lui refusait, a fini par ignorer les devoirs envers un certain nombre de règles sans lesquelles notre société court à sa perte, à son éclatement, et aux excès qui ne feraient qu'affaiblir davantage notre place dans le monde."

Voilà qui est de saison, non ? Quand on pense que ce faisan de Mitterrand l'a viré pour lancer l'ineffable Tapie dans les pattes de Rocard  !

Je crois que je contracte le virus de la politique (sens réhabilité). Des gens comme ça vous donnent envie d'y aller. Et croyons fermement à la double force de ce mot, virus : ça vous prend, ça vous tient, c'est fort ; et c'est contagieux. Je voudrais des gens de toutes les couleurs dans cette équipe. Tous atteints, tous virulents, tous contagieux.

 

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