Française Des Jeux et Raie Publique

Illicite. Illégal. Illégitime. C’est un archipel constitué de trois îles : Égal, Égitime, Icite. Ses habitants s’appellent les Immoraux, ou Amoraux.

Le ressort de toute littérature, parce que de toute forfaiture, parce que de toute tragédie, c’est la relativité de ces cinq mots. Ce qui est juste pour toi ne l’est peut-être pas pour moi, et idem pour injuste, et réciproquement. Dans les arcanes de mon ego, ton meurtre est peut-être juste. La trahison justifiée. Le viol n’est peut-être que justice.

Mitterrand parlait en 1990 d’une « logique de guerre » pour justifier son soutien à l’invasion américaine en Irak. Silence, on tue. Respectez ces longues minutes, ces longues heures, ces longs jours, ces longues années.

Ce qui est interdit aujourd’hui sera peut-être autorisé et même recommandé demain. Ce qui est usuel aujourd’hui sera peut-être scandaleux demain.

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Les jeux du cirque en sont un bon exemple. Il y a deux mille ans, pas de majorité pour penser que faire massacrer des êtres humains en famille dans une arène puisse être barbare. Le pouvoir le savait, savait en fait que ça plaisait.

De nos jours, il y a majorité là-dessus. Peut-être y aura-t-il dans quelques temps majorité pour condamner la corrida.

Isaac sous le couteau de son père, il fut une ère où ça se faisait. Pour complaire à un volcan, à un océan, un fétiche, une image, un symbole, un dieu.

En fait, la notion de loi est à considérer en synchronie comme en diachronie, exactement comme la linguistique, exactement comme toute science humaine.

La notion de loi, et aussi celle de coutume. Car les coutumes sont des lois. Aller aux arènes voir massacrer les petites familles de chrétiens ou de barbares, ou les gladiateurs issus des peuples subjugués, c’est une coutume. Aller voir une boucherie - spectacle, aussi. Organiser un grand-prix de formule 1 ou de moto, aussi. Jouer au loto, au tiercé, au quintet, etc., aussi.

Qui dit coutume dit public et lobby. De la même façon que la fonction crée l’organe, la pratique crée le business.

C’est pourquoi, malgré le caractère scandaleux de la course de taureaux, du grand-prix ou du loto, ces pratiques ne sont pas encore abolies.

Encore heureux que les circenses, les jeux du cirque, le soient.

L’alcool est parfois interdit par la religion, ou prohibé par un état. Le cannabis et tous les psychotropes, sont prohibés ou autorisés. On parle de dépénaliser, de légaliser, d’interdire, de prohiber. Vous voyez bien que ça dépend ! Les maisons closes closes par Marthe Richard. L’homosexualité interdite ou autorisée. La branlette. Le blasphème. La pensée, la parole.

Dans notre monde « libéral » et néo « libéral », apparemment, la tendance est à la « libéralisation » : le jeu n’a jamais, je crois, été interdit en France. Il était cependant une affaire d’état. Le maquereau, c’était la Raie-Publique. Les dividendes de cet impôt sur la pauvreté qu’est le jeu de hasard, c’est la Française Des Jeux, c’était l’état qui les palpaient. Donc, en fait, c’était nous. Le fric qui rentrait ainsi, il allait au Trésor Public. Donc c’était ça en moins d’impôts sur notre dos. La sérénité du citoyen honnête n’était pas vraiment totale : car c’est en accroissant la misère des plus pauvres et des plus sots que ce bénéfice lui revenait.

À présent, plus rien de tel : seuls les fumiers vont palper.

Pour remplir les caisses vidées par les exactions parolières et fiscales de notre présidentcule, et les émeutes qui ont suivi, c’est reparti pour une vague de privatisations. On continue de vendre les outils de famille pour boucler le budget. Déconnez, décervelez, coupez les oneilles, il restera toujours quelque chose à privatiser. L’arrogance du fils de famille-dandy réside dans le patrimoine toujours disponible, enfin, jusqu’à ce qu’il ait complètement disparu. Nos présidents Chirac, Sarkosy, Macron, l’auront dilapidé en quelques dizaines d’années.

Mais là, c’est vraiment vicieux. Le premier reproche qu’on a l’habitude de faire aux privatisations, c’est le cadeau aux copains. Les autoroutes, par exemple. Mais là, l’état a trouvé la parade : il mouille, il compromet. Il vend aux gens ! Bravo. C’est la victoire du libéralisme. Il y a des riens, des cons, des moutons à tondre. Et il y a des gens plus avisés pour tenir la tondeuse. J’espère ne pas me tromper en supposant qu’il y aura fort peu d’actionnaires-joueurs. Je veux dire, pas d’aficionados qui se font actionnaires. Pourquoi je dis ça ? C’est pas dif ! pour être actionnaire, il faut du fric ! Et ils le perdent au jeu !

Mais ces gens sont-ils si avisés ?

Car ce qui est autorisé aujourd’hui peut-être interdit demain ! D’accord, avec le genre de crapules qui se succèdent aux manettes de notre pays, c’est pas très probable. Dans l’immédiat. M’enfin, imaginez un peu la valeur de l’action FDJ si un mode de gouvernement humaniste s’organisait en France ? Je sais pas si ça existe dans la jurisprudence, ça. Une entreprise liquidée par une alternance politique.

Soyez optimiste ! Si vous avez acheté des actions FDJ, revendez-les vite ! Malgré l’apparente réussite. Croyez en l’avènement d’une politique juste. Refilez vos patates chaudes.

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