Histoire très contemporaine (2)

De la démocratie en Pandémie, Barbara Stiegler. Merci à mon prof d’histoire, Koala en Colère, qui nous l'a fait connaître.

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Après ce premier épisode, voici De la démocratie en Pandémie (pdf, 1.4 MB) de Barbara Stiegler.

Je vois que les philosophes peuvent faire de bons historiens très contemporains. Et je m’aperçois qu’il me faut oser néologiser. Onfray et Stiegler fille se sont faits historiens ultracontemporains. Des ultracontemporanéistes ? C’est moche. Des actualistes ?

On verra. D’autant que les deux sujets de mes deux actualistes étant actuels, ils ne sont pas clos ! En fait, ça ne fait que commencer. Tout en inventant l’actualisme, inventons aussi sa polyphonie (il faut s’y mettre à tous), sa forme protéenne, doublement : car au delà de la diversité des récits et discours que nous avons à écouter ou à faire, cette histoire actuelle ne peut être que pragmatique, au plus haut point histoire utile, axée sur le changement, pour ne pas dire la révolution, mot si défectueux, et si mal connoté. En ce sens, raconter les Gilets jaunes, raconter le covid, tout de suite, sans attendre que la mémoire en soit vieillie, c’est prédire ce qui va suivre. Parce que le constat des exactions de notre actuel système dit clairement ce qu’il ne faut plus faire, et donc ce qu’il faut faire.

Protée prédisait, et se métamorphosait.

Le récit du changement doit sans cesse changer de forme. Narration personnelle, fiction romanesque ou théâtrale, reportage, film, discours critique, analyse, essai. La meilleure façon de mettre ses actes en accord avec sa pensée, si l’on fait bien le constat que c’est le système de chefs et de partis qui nuit, donc la surimportance des égos, c’est d’arrêter de ne créer qu’individuellement. La somme actuelle sur les Gilets jaunes, la somme actuelle sur le covid, la somme actuelle sur certaines catastrophes qui sont tombées sur certains pays, comme par exemple La République Emmanuel Macron en France, ne peuvent être que la composition des points de vue de tous ceux qui ont agi et souffert, réfléchi et maudit, pleuré, rigolé aussi, morflé, construit, défendu, résisté. Un bouillon de cultures.

C’est commencé. Le blog de Ceinna Coll, celui de Koala en Colère, de Fabrice Loi par exemple, montrent des photos, des dessins, des réflexions. Proposent de la lecture, de la chanson, de la musique, de la couleur. Ruffin lui aussi est venu sur Mediapart et fait le récit de Sanofi. Des gens s’expriment aussi sur d’autres médias, je suis par exemple le Gilet jaune Étienne Thomas sur Front Populaire. Quidam ou gens connus. Tout le monde a commencé.

Moi aussi j’ai déjà commencé. En fait, j’étais déjà face à l’impuissance publique avant les Gilets jaunes. J’ai déjà pondu des récits et discours. Et j’ai eu des idées théâtreuses. Poétiques. En voici une qui m’est venue à la lecture de Barbara Stiegler :

Pièce de théâtre en plein d’actes : le discours politique face au bon sens populaire.

Un ou des (c’est à voir) politiciens en costard-cravate ou tailleurs, défendant le système, expliquant le mondialisme, justifiant le libéralisme échevelé, décidant et ordonnant, grand-débattant.

En face, des gens. Des darons et daronnes, pépés et mémés, mecs et nanas, mouflets, plutôt délurés, en tout cas contrastant fortement avec les « élites » susdites.

Et tous ces gens objectant.

Les vieux, doués du pouvoir de mémoire et de re-présentation : « Quand untel disait que l’Europe c’était pour être fort, que sans l’Europe, nous n’existions pas, que le monde étranger nous boufferait » : assortir le franc-parler français de scènes d’archives, discours de Giscard, Mitterrand, Chirac et autres.
Donc chercher et poétiser.

Les darons en citant Hollande, Sarko, Chirac.
Aussi, en citant la vie, en citant les bons auteurs.
Donc chercher et poétiser.

Les jeunes en citant Macron, Castaner, Darmanin, Buzyn, Griveaux, etc.
Aussi, en citant la vie, en citant Harry Potter.
Donc chercher et poétiser.

Du contraste entre les deux registres, les deux visions, du contraste entre un système et un peuple, aussi du contraste naissant de la diversité des gens, naissent la tension, l’humour, le pathos et l’éros.
Contraste aussi entre les récits et constats, narrations et descriptions d’une part, et les idées, les imaginations, les projets et les rêves, qui comme j’ai dit plus haut, découlent par opposition des résultats du système. Contraste entre les parfaits et imparfaits historiques avec les conditionnels et futurs poétiques et révolutionnaires.

Même chose qu’avec mon projet sur les lettres à un ami nazi : tombé à l’eau, mais si on faisait quand-même, en BD, en visio, en chat, en ligne, en vidéo…

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