Les gens providentiels

Placer la démocratie en réanimation

Homoncule providentiel

L’expression s’entend parfois, « Homme providentiel ». Sexiste, forcément. Pourquoi pas une « femme providentielle » ? C’est surtout à gauche qu’on l’entend. La gauche, bien plus orpheline que la droite, n’est-ce pas ? Enfin, ça, c’est ce que je pensais il y a encore un an. À gauche, on a eu un homoncule providentiel, qui a fait pschitt en face d’une journaliste combative et à l’accent chantant. Un zigus qui en surjouant à la fois colère et traitrise, avait réussi à faire croire en lui. Pas de mal, d’ailleurs, il était le seul candidat homme providentiel possible.

La grande vertu de Macron

À présent, il semble qu’au fond la droite soit tout autant orpheline que la gauche. Même pas à cause du covid, d’ailleurs. Pas eu besoin de l’aveu baveux, « j’ai eu une mauvaise stratégie », ni du bavureux « ta maman, elle gagne ? ». La majeure partie des gens commencent à comprendre à peu près exactement qui exerce le pouvoir en France aujourd’hui. Et au fond, depuis toujours : des parasites, des imposteurs. Macron a une vertu, quand-même : sa connerie, c’est de la franchise. Je sais plus où j’ai lu ça : « Une gueule comme ça, c’est de la franchise. » Peut-être dans Chéri-Bibi ? Mauvais exemple. En fait, Chéri-Bibi est un saint. Ou dans San-Antonio ? Peu importe. Mais pour en revenir à notre colombin national, moi, je trouve qu’il est franc du collier. Il se livre dans chacun de ses discours. Et il affine la pédagogie au cours des années. Quand c’est un cours d’histoire en 2017 à l’école primaire, sur l’ordonnance de Villers-Cotterets, il y a peu de gens qui peuvent comprendre qu’il dit des âneries. Toujours face aux enfants, en 2020, à Poissy après covid, quand il demande « Ta mère, elle gagne ? », là, il y a au contraire peu de gens qui ne comprennent pas qu’ils ont affaire à un con.

Femme providentielle ?

Donc la droite libéralo-ruisselante, autant orpheline que la gauche. Ah, si, ils ont Édouard. C’est pas si mal. Quant à la droite extrême, mon dieu, avec Marine, ils sont tout de même un peu coincés. Une rombière pareille ! C’est vrai qu’ils ont Marion Pétain.
Au fond, vous voyez, « femme providentielle », ça existe.

 

Y a personne providentiel

À présent, quand on pense à 2022, on rêve d’une personne providentielle. Et on a tort. La leçon de tout ça, c’est qu’il faut arrêter, le pouvoir personnel. D’ailleurs, la France n’a pas la primeur de la leçon. Des gens comme Sarkosy, Valls, Hollande, Fillon, ne sont pas plus médiocres que la médiocrité habituelle. Mais avec Trump, c’est bien toujours Oncle Sam qui est Number One. La liberté guidant le monde ! Donc, notre Macron, il a eu juste à s’aligner. Disons qu’il se contente de confirmer une tendance. La démocratie telle qu’elle se pratique en Occident génère une absurde incurie.
Ce n’est d’ailleurs pas seulement le pouvoir personnel qui ne convient pas. Je pense que tout le système de délégation est pervers. Le suffrage universel est pervers. Parce que l’on vote pour des gens que l’on ne connaît pas. Notre système de délégation passe par les partis, et c’est aussi cela qui est pervers. Une décision devrait être collégiale : prise par l’ensemble d’une communauté. C’est très difficile, car il faut toujours à un moment ou un autre déléguer au niveau géographique supérieur. La réflexion sur la souveraineté, dont je reparlerai bientôt, concerne aussi bien la souveraineté d’un quartier, que celle d’une région, d'une nation, et concerne aussi le monde entier. Comment concevoir la fraternité autrement qu’ainsi ?

Les gens

Et si on partait, alors, du quartier, du village ? Je postule ceci : résolvez les problèmes des cellules, et vous résolvez ceux de l’organe, et ceux de l’organisme. Car il n’y a pas de doute qu’à ce niveau élémentaire, homo sapiens a toujours su se gérer. Ce que l’on connaît comme nuisances dans les quartiers n’existeraient pas s’ils étaient gérés, disons, de cette façon justice au bled (pour aller vite, vous pouvez aller à l'extrait d'Alexandre Dumas directement). N’importe quel Africain peut vous dire qu’au bled, ça n’existe pas, l’incivilité. (Je ne parle pas des villes, bien sûr). Et n'importe quel Européen d'un certain âge peut témoigner que les mentalités se détériorent depuis des dizaines d’années). Quand il n’y a qu’un voyou dans un bled, si on lui explique, si on l’éduque, il s’amende.

 

Délégation

Alors que s’est-il passé ? La démocratie. Enfin, la nôtre. Celle qui consiste à voter, puis à se laver les mains de ce qui se passe. Maman, qui était directrice d’école maternelle, surveillait la récréation. Elle ne déléguait pas cette tâche. De nos jours, j’ai entendu combien de fois un enseignant dire « je ne suis pas un flic ! »
C’est parce que cette mission, entre autres, a été délaissée, qu’on en est là. Un enfant qui sort de l’école devrait avoir soin de ne rien jeter, de faire attention à l’autre, etc. En fait, il se passe à peu près le contraire, car il existe un « politiquement correct » de cour de récréation qui fait la part belle à la racaille, à l’abri du regard des profs qui décidément, ne sont pas des flics. Les exactions commencent à la maternelle.

On retrouve les enfants grandis, et pour certains, en rupture. Voici la photo que j’ai prise ce matin en arrivant à la librairie-école. Le Franprix, c’est mon voisin. J’ai déjà eu l’occasion de le prendre en photo. (voir tout en bas de l'article Alexandre d'Huma). Monsieur Robert avait apprécié mon soutien.

Notez que l'entreprise ne délègue recrute parfois pas mieux !

Le directeur a changé il y a un an ou deux. Monsieur Robert, avec qui je m’entendais assez bien, et qui avait une certaine poigne, a laissé la place à un directeur bien plus laxiste, qui prend sa pause et sa pose-clope en compagnie des diverses racailles qui tiennent ses murs et ses vitrines. Il y a environ une semaine, un lundi matin, parking vide, sa voiture sur deux emplacements, devant mon local ! Je lui demande très gentiment s’il peut la garer correctement, car quand l’heure de pointe va venir, cela va faire de l’embarras. Je vous jure, poliment, gentiment. Eh bien non ! Tout aussi poliment, il m’a expliqué qu’il n’avait pas le temps ! (Il était dehors à discuter). Voilà un type qui ignore toutes ces notions : confrère, collègue, discipline, courtoisie, voisinage, formation (il discutait avec un nouvel employé).

Voilà ce qu’est devenu son parterre, qu’il balaye, lui-même, tous les matins.

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Si c’était les gens qui gèrent leur quartier, leur école, cela n’aurait pas lieu.

 

Moi je suis gen :  contribution directe

Revenons à 2022. Ce sont les législatives qu’il faut conquérir. Il faut en terminer avec le pouvoir personnel. Et à moins de prendre le risque d’injurier l’intelligence des gens, nul ne peut postuler à la fonction présidentielle sur le programme d’y mettre fin. C’est absurde. Puis de toute façon, y a personne. Tandis que si on veut placer les gens, les quartiers, les villages, aux manettes, c’est bien le cadre législatif qui coïncide le moins mal. Et le programme est simple : installer des comités de gestion, qui délèguent par vote, pour les niveaux immédiatement supérieurs. La ville, par exemple, si elle est plus grande qu’un simple village. La région ensuite. La nation. Et la supranation. (Ça, peut-être que c’est pas demain la veille, peu importe. Savoir se gérer en tant que pays, c’est déjà bien.) À chaque échelon, une administration, par des gens recrutés sur CV, comme il est d'usage partout. Et susceptibles d'être licenciés sur faute ou incompétence. Un statut commun du fonctionnaire, depuis les fonctions les plus modestes jusqu'aux plus prestigieuses, avec fin de l'emploi à vie. Une augmentation conséquente des effectifs là où c'est nécessaire, et une réduction au contraire partout où des parasites sont payés pour du vent. Un lissage de l'échelle des salaires, parce que ce n'est pas vrai que certains humains méritent 100 fois plus de fric que d'autres. (et quand je dis 100, hein !)
Quant au problème constitutionnel que cela pose, il faudrait innover : le programme du parti des gens pour gagner les législatives et instaurer une autre gouvernance contient cette mise à bas de la cinquième république sans discussion, sans l’avis du sénat, ni celui du conseil constitutionnel. Il y a urgence. Il s’agit de placer la démocratie en réanimation.

 

La force des gens, c’est les gens.

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