Une petite cantate

Pas qu'une, en fait. Celle de Joël, celle de Barbara. Toutes celles depuis des siècles, entre profane et sacré. Le chant de Néron, celui de Lamartine, celui de Brassens. Et la mienne, la petite cantate pirate.

Une petite cantate

barbara
Dans la chanson, il y a à mon avis trois mots importants. Cantate. Prière. Toi. Il y a aussi les choses implicites, qui ne sont pas dans le texte, mais immensément là. Absence. Souvenir. Peine. Musique. Idéal. Et d’autres.

Et comme il faut être sensible sans être lyrique, un peu à la façon dont Barbara te regarde de derrière son piano, comme il faut savoir être grave en riant, être triste en chantant, mourir en vivant, toujours entre rire et pleurer, la cantate, le chant, quoi, épouse très tôt une dualité sacré / profane. Ça me fait penser à une autre dualité, tragédie/comédie.

Sur Mediapart, on à la cantate des jeux. Faire bouillir ses méninges, c’est chanter. À la cantate des jeux, la métaphysique, c’est la pataphysique. Un de ses membres m’a mis un chouette commentaire dans ma cantate du pain. Et m’a ainsi rappelé Barbara. C’était bien vu et gentil tout plein de la part de Tinus. « Une petite cantate en une. » Petite. Mignonne, quoi. Modeste.

Faut vous dire que j’ai connu mon quart d’heure de gloire. La une du journal ! J’ai fait une vache de capture d’écran pour avoir un souvenir, dans les temps prochains où je serai retourné à l’invisibilité commune.

Elle est petite, ma cantate pirate, et elle est destinée aux petits. Pour faire travailler leurs méninges. Pour que les modes de vie et de gouvernement qu’ils inventeront soient en progrès. Pour qu’ils cessent d’élire le pire.

Gloire à celui qui peut chanter pendant que Rome brûle

En mil neuf cent trent’sept que faisiez-vous mon cher ?
J’avais la fleur de l’âge et la tête légère,
Et l’Espagne flambait dans un grand feu grégeois.
Je chantais et j’étais pas le seul « Y’a d’la joie ».

refrain
Honte à cet effronté qui peut chanter pendant
Que Rome brûle, ell’ brûl’ tout l’temps…
Honte à qui malgré tout fredonne des chansons
A Gavroche, à Mimi Pinson.

Et dans l’année quarante mon cher que faisiez-vous ?
Les Teutons forçaient la frontière, et comme un fou,
Et comm’ tout un chacun, vers le sud, je fonçais.
En chantant « Tout ça, ça fait d’excellents Français ».

refrain

A l’heure de Pétain, à l’heure de Laval,
Que faisiez-vous mon cher en plein dans la rafale ?
Je chantais, et les autres ne s’en privaient pas,
«Bel Ami», «Seul ce soir», «J’ai pleuré sur tes pas».

refrain

Mon cher, un peu plus tard, que faisait votre glotte
Quand en Asie ça tombait comme à Gravelotte ?
Je chantais, il me semble, ainsi que tout un tas
De gens, “Le déserteur”, “les croix”, “ Quand un soldat”.

au refrain

Que faisiez-vous mon cher au temps de l’Algérie,
Quand Brel était vivant qu’il habitait Paris ?
Je chantais, quoique désolé par ces combats,
“La valse à mille temps” et “Ne me quitte pas”.

refrain

Le feu de la ville éternelle est éternel.
Si Dieu veut l’incendie il veut les ritournelles.
A qui fera-t-on croir’ que le bon populo,
Quand il chante quand même, est un parfait salaud ?

refrain

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