Affect news

Les guignols de France Info

C’était prévu, le discours de Manu m’a foutu la gerbe. D’autant que je suis tombé dessus, avec un poil de retard, en arrivant chez moi hier soir, et que j’ai subi ensuite la joyeuse commémoration de l’édition spéciale de France Info. Franchement, je suis content d’être sur Mediapart. Comme partout ailleurs, il y a quelques cons, que ce soit dans l’équipe ou dans le Cleub, mais globalement, y a pas photo. « Les morts sont tous de braves types », ils sont pas d’accord, sur Médiapart. L’article d’hier passe outre la popularité du grand Jacques, et remue la merde, sans allégresse, mais sans rechigner. Pas comme Manu. Lui, il met le doigt avec délices dans le pot de confiture de la démagogie. Pour parodier Lavilliers, il ne fait rien, il se permet :

« Nous, Français, perdons un homme d’État que nous aimions autant qu’il nous aimait. »

D’accord, Monsieur le foutriquet, les sondages donnent, je crois, deux Français sur trois ayant une bonne opinion de Chirac. Mais le tiers restant ne t’autorise pas à dire ça. Nous, un Français sur trois, n’avons pas une bonne opinion de Chirac. En ce qui me concerne, j’en ai même une mauvaise. Et cet état de l’opinion ne fait que prouver une fois de plus à quel point notre système de pouvoir personnel est vérolé, donnant la primauté à l’éloquence sur la compétence, à la démagogie sur la démocratie. Et cette preuve est donnée à double titre, parce que c’est surtout à ses successeurs dans l’exercice du pouvoir personnel, Sarkosy, Hollande et Macron, trois nullités, que certains se surprennent à regretter Chirac.
Par ailleurs, je sais pas si Chirac aimait tellement les Français. À moins de considérer que Gaston Monnerville n’était pas Français ? Macron ne savait pas que la Guyane n’était pas une île. Peut-être qu’il ne sait pas non plus que cette non-île est française ? À moins de supposer qu’Ouvéa ne soit pas en France, et que ses amis caldoches soient des émigrés ?

Moi, mes média, à par Mediapart, c’est France Musique (hier, c’était le décès du pianiste Paul Badura-Skoda ; bonjour Mozart, Haydn, Bach, Schubert ; bon voyage d’hiver, Monsieur), et France Info. Depuis sa création, je pratique, parce que c’est pratique. « C’est toujours l’heure des infos ». Tu rentres chez toi, t’allumes le gaz et la radio. T’entends les nouvelles en cuisinant, en mangeant et buvant, en vidangeant, en te lavant. Tu perds pas ton temps. Et cerise sur le gâteau, avant d’aller au dodo, tu as le suprême plaisir de leur couper le sifflet ! Le matin, pareil, coupage de sifflet avant de monter sur le vélo.
Mais là, bien forcé de repenser à tout ce que je m’entends dire dans ce grand bain de mouvance qu’est Médiapart : les médias, voix des pouvoirs. Hier soir, édition spéciale, qui dure encore aujourd’hui. La presse people populaire de luxe avec Valérie Trierweiler. La presse sportive et footeuse avec Jacques Vendroux. Thuriféraires. Éloges, larmichettes, affect. Ils sont venus ils sont tous là, elle va mourir la mamma, il est mort le papa. Apologie. Apothéose. Culte de la personnalité. Le cul des vaches. Le serrage des louches. (remarquez, avec Macron, le serrage de louche est devenu louche, parti en saucisse ; illustration de ce que je dis plus haut : ça c’est vrai ça, qu’on regrette Chirac, quand on voit Macron se faire emmener par la main par Donald le Connard. Notre vedette défunte mérite votre confiance.)
Ce matin, quand-même, un peu de dignité est revenue. Une sorte de best of, par exemple avec la répétition de « C’est loin, mais c’est beau » à chaque serrage de cuillère. La « coupe de France » à la place de la « coupe du monde » en 1998. Ce matin, on aborde, de façon fort feutrée, la part d’ombre. Le dosage est l’inverse de celui que fait Mediapart : dans Jacques Chirac, ou l’obsession du pouvoir, la rédaction met en première place trois points positifs, puis en vient à la fange, abondante et épaisse. Alors que ce matin sur France Info, c’est toujours l’évocation apologétique, éventuellement nuancée d’un petit bout critique. « Notre maison brûle ! » Dans la bouche du zigue qui a fait reprendre les essais atomiques en Polynésie (qui elle non plus n’est pas française ?). Quel cynisme ! Notre système, basé sur le cantonnement de l’opinion dans une saine ignorance, permet aux vendeurs de phrases de conquérir et de garder le pouvoir. Manu a été à bonne école, son récent discours à l’ONU relève de la même effronterie.

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