Incident

Ils manient le contrepet sans y faire gaffe (incendie, incident), l’euphémisme honteux et le calembour cynique (incident, tu parles ! ça pue dans toute la région et les gens ramassent des galettes nauséabondes, comme lors d’une marée noire ; "accident" oui, pas "incident").

Ils sont deux à avoir été invités par France Info vendredi, pour évoquer un…incident : la directrice générale Isabelle Striga et le président Frédéric Henry.
Pour moi, cette journée est à placer sous le signe de la contrepèterie conviviale, avec le contrepétulant billet de Joël Martin sur le Rat chic, dans lequel j’ai eu l’honneur de corriger une des contrepèteries de ce contrepéteur émérite.

Car après le contre-pet de Lubrizol, sept ans après son premier pet au mercaptan, les dirigeants viennent nous gratifier sur France Info d’un délétère et euphémisant « incident » pour « incendie ».

lubrizol

Ils manient le contrepet sans y faire gaffe (incendie, incident), l’euphémisme honteux (incident, tu parles ! ça pue dans toute la région et les gens ramassent des galettes poisseuses et nauséabondes, comme lors d’une marée noire) et le calembour cynique (accident, incident).

Je suis réellement embarrassée que notre activité économique ait eu cet impact-là sur la population. Je suis moi-même venue la nuit de l'incident, j'ai vu l'ampleur de l'incendie et j’ai pensé immédiatement aux habitants proches parce que c’était un incident d’ampleur, regrette Isabelle Striga.

Je comprends très bien le désagrément et je comprends très bien que l’on soit très impressionné par ce qu’il s’est passé. Frédéric Henry.

C’est dur, d’autant que nous faisons des efforts sans relâche sur la sécurité, nous et les salariés, a détaillé Isabelle Striga. Autant la gêne peut être comprise, l’inquiétude peut être comprise, mais parfois des commentaires vraiment à charge blessent les salariés de l’entreprise dans des moments comme ça où ils voient l’outil de travail qui disparaît.

Victimisation ! Je te chie dessus, mais tu me blesses quand tu te plains.

Ça me fait penser au troll que j'ai rencontré cet été.

On ne comprend pas mieux, mais ce n’est pas la préoccupation, a-t-elle poursuivi. Pour le moment, notre préoccupation c’est de sécuriser le site pour permettre aux salariés de revenir travailler dans les bâtiments.

Un autre accident sept ans plus tôt

Les questions des journalistes manquent. Un autre incident était survenu il y a sept ans, dans cette même usine après une fuite de mercaptan, un gaz soufré toxique. Cette succession d’incidents, était une erreur, détaille Frédéric Henry. Malheureusement, ça a eu une ampleur très importante. Là, c’est peut-être une erreur, c’est peut-être autre chose. Le journaliste a entre autres évoqué une « série d’accidents », et demandé si l'accident il y a sept ans avait changé quelque chose. (La big fuite de mercaptan, moi qui habite à 80 km de Rouen, près de Pontoise, j’en avais senti les effluves. Il est vrai que la Seine conduit parfois le vent vers l’Île de France.) Mais le président à réagi : Ne parlez pas d’une série d’événements. Il y a juste eu cet incident il y a sept ans. Et il n’avait rien à voir avec celui-ci.*

Nous sommes nous-même perplexes et les salariés aussi sont perplexes au vu du travail qu’on fait, de l’investissement, de notre culture sécuritaire. Frédéric Henry

Après ce premier problème, les dirigeants de l’entreprise estiment avoir tiré beaucoup d’enseignement des incidents du passé. Cet accident est très différent et on n'avait pas imaginé qu’un départ de feu se déclare dans cette zone-là où il n’y a pas d’activité, seulement du stockage. On est extrêmement étonnés, dit Frédéric Henry.

Au plus fort de l’incendie, un périmètre de 500 mètres autour du site Lubrizol a été ordonné. Certains estiment que ce périmètre était bien trop restreint.

À la question « Est-ce que le périmètre de sécurité de 2 km c'est suffisant ? », une réponse qui me rappelle le débat sur l'épandage des pesticides : Qu'on soit à 20 km ou à 2 km, le panache aurait été aussi impressionnant et ça aurait été la même chose.

Le panache de fumée était particulièrement spectaculaire, poursuit Frédéric Henry. Et moi, comme tous les habitants j’ai été impressionné donc je peux tout à fait comprendre qu’on puisse se poser des questions. Je ne dis pas qu’il y a des raisons de s’inquiéter pour la santé puisque les services de l’État et ATMO Normandie ont été extrêmement vigilants.

Faut pas avoir peur des taches, hein ?

Les priorités aujourd’hui pour l’usine, c’est de sécuriser le site. Il va falloir déblayer beaucoup de choses qui ont brûlé, il va ensuite falloir mettre en place un entrepôt et puis remplacer ce qui a brûlé. On sait que tout ce qui n’a pas brûlé est en bon état apparemment, donc c’est une bonne chose déjà, il y a quand même une bonne partie de l’usine qui peut fonctionner, a conclu Frédéric Henry.

Tout ce qui précède est extrait de cette page :

le résumé de l'entretien sur le site de France Info

J'ai préféré copier, pour que le billet reste lisible après la disparition de la page.

Pour Emma, tous les cruciverbistes, une définition de mots croisés : Incident d'ampleur. (- - - - - - - -)

C'est pas très discret, mais pour distinguer ma voix de celles des journalistes et invités à causer au coin du grand feu, Je me suis mis en rouge.

 * Ceci n'est pas verbatim. Ça ne figure pas sur le site de France Info, mais ça m'a choqué ce matin à la radio.

 

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