Fatal puzzle

Macron a éparpillé façon puzzle le Paysage Politique Français. Surtout la gauche. Parce que la droite, il l’a plutôt… simplifiée ? restructurée ? décomplexée ? redynamisée ? Tandis qu’à gauche, bonjour les dégâts. Ce qu’il faudrait, c’est une Assemblée citoyenne apartisane, mais surtout apolitique ! C’est pourtant si simple, ce qu’il faut faire. Juste arrêter la tête de veau.

Macron a éparpillé façon puzzle le Paysage Politique Français. Surtout la gauche. Parce que la droite, il l’a plutôt… simplifiée ? restructurée ? décomplexée ? redynamisée ? Tandis qu’à gauche, bonjour les dégâts.

À Conflans Sainte Honorine, il y a une Assemblée Citoyenne qui prépare un programme pour les municipales. Si les partis de gauche avaient à la fois l’intelligence et l’abnégation de ne pas présenter de liste, la liste de l’Assemblée serait élue. Dans le cas contraire, cette initiative ne fera qu’éparpiller un peu plus, et augmenter la probabilité que notre démolisseur de cinéma art déco, constructeur d’hôtel palace dans les parcs ancestraux, destructeur d’Arche en bon état, bétonneur en chef, éradicateur de quartier un peu sensible, soit réélu.
Comment changer le système sans y participer ? Parce que tout est là : innover en restant dans le système ne fait que contribuer à le valider. C’est un paradoxe dont j’ai déjà parlé : ayant résolument évacué toute idée de Révolution violente, ne reste que les urnes. Il faut donc, soit élire un président qui en finira avec les présidents, soit élire des députés qui en finiront avec les partis. Autant voter Adolphe ou Louis-Napoléon, ou alors LREM, est-on tenté de se dire !

Ce qu’il faudrait, c’est une Assemblée citoyenne apartisane, c’est déjà le cas à Conflans, mais surtout apolitique ! (L’Assemblée Citoyenne de Conflans se veut, se revendique, est, « de gauche »). C’est là que la mayonnaise pourrait prendre. Car les gens ne sont ni de gauche ni de droite. C’est pourtant si simple, ce qu’il faut faire. Juste arrêter la tête de veau.

Papa avait sur les Arabes une théorie tranchée. Je me souviens d’une discussion à laquelle j’ai assisté à l’âge de douze ou quatorze ans environ (c’est-à-dire vers 1969/71 ; peut-être à la suite de la nationalisation des hydrocarbures, au grand dam de la France, voir Wikipédia), qu’il avait eue je ne sais plus avec qui. « Voilà ce que je lui dis à Boumédienne : ramasse tous tes melons et retourne chez toi. » Pour résoudre la question de l’immigration, il songeait au « bateau à soupape ». Arrivé au milieu de la Méditerranée, on ouvre la soupape. Bien plus tard, j’ai vérifié grâce à Internet. Ça a bel et bien existé. Sur la Loire. Pour les curés. Vous voyez que c’est une invention de gauche. Anticléricale au possible. Populaire je vous dis pas. Voyez vous comment l’invention de gauche finit par prendre un air de droite ?

bateau à soupape, son inventeur, son portraitiste

Environ six ans après cette première leçon paternelle de politique, j’amène mon pote Kaddour à la maison, avec sa 125 pourrie. Pas du tout Berbère, Kaddour. Typé de chez frisé, lippu de chez Africain. Sa moto ratatouillait grave, prenait pas plus de 4000 tours, dépassait pas les trente à l’heure. Avec Papa, on a passé toute la journée. La mécanique, la machine, le problème posé (l’énigme, quoi !), son fils et son pote, Melon ou pas, ça avait pris toute la place. Y s’est tout tapé, il a regardé partout, réglé un truc par ci par là, en pure perte. En fait, vers le soir, il a trouvé. C’était la bobine HT qu’était HS. Capricieux, une bobine malade. Ça produit bien son étincelle, mais c’est une étincelle fictive. Elle pète à l’air libre, pas dans la pression du moteur. On croit que ça marche, mais ça marche pas. Métaphore de la démocratie ? Donc papa pensait qu’il y avait de l’allumage, mais non. Il a fini par mettre je ne sais plus quelle bobine qui traînait dans un tiroir, et Hourrah ! ça marchait !
Papa était-il de droite ? de gauche ? Il était un papa bricoleur et mécanicien, voilà ce qu’il était. Avec un fils qui avait eu le bonheur de pas se laisser contaminer par des paroles stupides, et qui avait un pote Arabe.
À l’inverse, Alain, mon pote au collège, avait un papa communiste et raciste, et était lui-même communiste et raciste. Lui, il m’a appris ce qu’était un Juif. Il racontait des vannes sur les Juifs. Pas des vannes de Juifs sur les Juifs, du type « Cette montre, c’est mon père qui me l’a vendue sur son lit de mort. » Mais des vannes de Goys sur les Juifs : « Tu sais c’est quoi la bagnole préférée des Juifs ? » « … » « Un coupé avec des phares à youde. » Je m’en souviens très bien parce que j’y ai rien compris, et que j’ai réfléchi des jours dessus. Il avait aussi des vannes sur les Arabes. Celle des quatre mecs dans un avion en flammes avec trois parachutes. L’Arabe se met à chialer. « Et mes enfants et mes femmes comment y vont faire ? » Le Français lui tend un des parachutes : « Vas-y. » Puis l’Italien se met à pleurer à son tour. « Vas-y. » L’Anglais regarde le Français. «  Tu es très généreux. Vas-y. Tant pis pour moi. » Le Français lui dit : « T’en fais pas, saute. L’Arabe il a sauté avec mon sac à dos. »
Le sourire de mon pote Alain, quand il jouait celui du Français ! Moi j’étais plus jeune que lui (j’ai eu dix ans le 13 octobre de la rentrée en sixième. M’enfin celle-là, j’ai compris. Ce que je ne comprenais pas, c’est pourquoi c’était drôle. Mais sinon, avec Alain, je rigolais bien. Notre prof de français-latin avait un peu de sang noir. Alain le surnommait « la guenon ». Dans son dos, il faisait une chiée grimace, en poussant sa lèvre inférieure avec sa langue, et en se grattant la tête. Moi je comprenais pas l’allusion, mais je rigolais bien. Je voyais pas le mal. Rétrospectivement, j’ai honte, bien sûr. Grâce à mon pote Alain, outre le fait qu’il m’a fait connaître Pif Gadget et donc Cézard et Corto Maltese, je suis mieux à même de comprendre un phénomène scolaire que j’appelle le « politiquement incorrect ». Une racaille, c’est bien plus drôle qu’un intello. J’en veux un peu à Goscinny parce que dans la classe de Nicolas, outre Agnan, fausse intelligence et vraie tête à claques, il n’y a pas de vraie intelligence humaniste, du type Hermione Hermion.
Qu’est-ce qu’il est devenu, Alain ? Est-il toujours raciste ? Est-il toujours communiste ? Et son papa, raciste et communiste, un peu à la manière de Staline, au fond (répression des peuples sibériens), il était de droite, ou de gauche ?

Ce que je crois, c’est que papa, Alain, Kaddour, qui étaient mes potes, auraient très bien pu être potes entre eux. On peut avoir des pensées toutes faites, chopées comme la vérole à la table familiale, dans l’entreprise ou à l’école, ou ailleurs, et les laisser s’évaporer d’elles-même à la chaleur de la vie.

Diviser pour régner. Notre système qui impose des partis impose ainsi sa loi. Aujourd’hui, nous savons très bien qu’un parti arrivé au pouvoir n’est plus notre grande famille mais un clan réduit aux aguets, vénal, médiocre. La diversité et la richesse des gens s’efface devant la logique unique du maintien au pouvoir, de la démagogie.

Il y a quelques temps, j’ai cru avoir de l’esprit avec cette expression : « PPF éparpillé façon puzzle pour adultes ». J’étais content de mon hyperbole : « pour adultes », ça signifie avec beaucoup de pièces. Émietté, atomisé. En fait, le PPF est juste un puzzle pour maternelle. Ajoutez PS1 et PS2, PC, NPA, LO, FI, écolos1, 2, 3 même, LR, RN, LREM, modem, CDI, ça fait un puzzle de 13 pièces.
Le puzzle pour adultes, c’est le parti des gens. Ce que l’on a connu sur certains rond-points ; ce que j'ai connu avec papa et Kaddour autour d’une moto de pauvre. Quand le Pappy d’en face aide la grosse dame d’à côté. Quand trois commères discutent devant ma boutique. Quand les cleubiens cliquent, cliquettent, se cloquent des arguments, des insultes, des compliments, des bisous.

Depuis quelques temps, j’ai le vague projet d’une tragédie comique. Non, j’ai pas dit tragicomédie, style Dom Juan, une comédie qui fait semblant de se finir mal. Ce serait le contraire. Une putain de tragédie, avec un héros qui s’en irait tout seul convaincre les hommes de se dépatouiller autrement avec leur démocratie. Un peu comme Jésus. Mais il finirait pas comme lui. Parce que le Chœur chargé d’annoncer la fin pour cause d’engrenage fatal entre lois politiques et lois non écrites de l’humanitude, il arrêterait pas de se prendre des baffes ! Je m’explique. Prenons l’exemple de Greta. On a déjà tout le ressort tragique. La situation en apparence insurmontable. La frêle héroïne qui manque pas encore d’air. Le Chœur des fumiers qui l’attaquent. Un autre Chœur qui la soutient (c’est la que ça commence, le ressort comique : un autre Chœur). Le Chœur des fumiers assène : « C’est rien qu’une enfant, elle y connaît rien. » Le chœur des soutiens rétorque :  « Pas besoin de s’appeler Einstein. Il ne s’agit pas de construire une bombe. De découvrir la relativité restreinte puis générale. Il s’agit juste de comprendre la relativité de l’existence de notre monde. Il s’agit de faire simple : prendre son vélo, être raisonnable, arrêter la tête de veau. N’importe quel gosse comprend ça. La preuve. C’est pas technique. C’est moral. »
Alors le Chœur des fumiers, la rage au ventre, doit se barrer dans les coulisses. Antigone sort de ses quatre murs, et fait une grosse teuf avec le Chœur des soutiens. Tout le monde rigole qu’on ait pu croire à ce point que c’était difficile.

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