« Non » négationniste et « non » de résistance

Pour résister, il faut d’abord prendre conscience, malgré tous les négationnismes. Puis il faut prendre position, malgré la terreur. Enfin, il faut prendre des mesures, malgré l’impuissance du peuple organisée par ses dirigeants.

https://blogs.mediapart.fr/jean-max-sabatier/blog/211020/pour-tuer-la-pensee-et-la-liberte-nier-et-intimider

J’ai montré ici deux exemples de négationnisme islamo-mediaparto-gauchiste. Dans chacun de ces deux cas, c’est tout une technique, qui passe essentiellement par une captatio benevolentiae étudiée. Celle employée par Marie Thorne est brillante et très sobre. La force du « NON. » en rhétorique écrite ! On le met en majuscule. On met un simple point. On va à la ligne. Éléments de langage typographique. Avec ça, même si vous commettez ensuite une malversation logique grossière, votre lectorat est emballé. (Lectorat pauvre). Pauvre lectorat !

Il y a d’autres « Non. » Dans l'histoire, la poésie, la science. L’imposture décrite plus haut s’inspire probablement de certains d’entre eux. Je reparlerai peut-être du cancre de Prévert. Très délicat. J’effleure le sujet ici :

 https://blogs.mediapart.fr/jean-max-sabatier/blog/261020/pensees-pensives-complexite-complexe

Hier soir, j’ai transcrit une vidéo de Céline Pina. 17 minutes et quelques, ça représente une heure et demie de boulot ! Vous n’aurez pas sa voix posée, son visage un peu ingrat, ses grands yeux graves, ni certaines scories du langage parlé qu’il aurait été sot de transcrire. Mais vous aurez quand-même une sorte de texte fondateur, churchillien, étrange parce que parlé et écrit à la fois, avec des maladresses rigolotes, (se faire séduire par les Grecs)… Une honnête femme qui cherche ses mots, mais qui explique bien tout. Un tout complexe et très sensible.

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Céline Pina : « Nous sommes dans une situation de pré-guerre civile »  
29 octobre 2020 — Front populaire

La question est : sommes-nous encore un peuple uni, n’avons-nous pas déjà deux peuples sur le même territoire, et si c’est le cas, quel peuple est légitime ? Moi je vous le dis, c’est le peuple qui a construit ce pays.

Une attaque au couteau a fait trois morts dans la basilique notre dame à Nice jeudi 29 octobre. Parmi les victimes, une femme égorgée. Le parquet antiterroriste s’est saisi de l’enquête. Cet événement intervient deux semaines après l’attentat islamiste de Conflans Sainte honorine. Céline Pina décrypte.

J’étais sur LCI ce matin pour parler du confinement, et je devais venir ici sur Front Populaire faire une vidéo sur la rentrée des classes dans le contexte de l’assassinat absolument terrible de Samuel Paty. Et voilà qu’en plein direct nous apprenons ce qui vient de se passer à Nice. Nous sommes encore, jeudi matin, dans l’état actuel des informations que nous avons, il s’agit de trois personnes qui se sont fait assassiner dans une église, on ne sait pas si des personnes ont été décapitées ou égorgées, on n’a pas encore toutes les informations, ce que l’on sait c’est que l’assassin disait Allahhu Akbar pendant qu’il a été évacué alors qu’il était blessé, et ce qu’on sait aussi c’est que le parquet antiterroriste s’est emparé de l’enquête. Donc on a relativement peu de doutes sur ce qui s’est passé dans cette église aujourd’hui.

Conflans, Nice, Avignon… Cette vague d’attentats va-t-elle s’arrêter ?

Non. Non, je crois que notre gouvernement gagnerait à nous le dire en face. Non seulement ça ne va pas s’arrêter, mais je vous le dis même, cela va s’accélérer et s’accentuer. Pourquoi ? Parce que nous avons commencé à réagir et à redresser la tête. Dans ces cas là, le but du jeu, votre adversaire a intérêt à augmenter l’intensité de sa violence de manière à tout de suite arrêter cette velléité de résistance. D’où le fait que quand vous commencez à résister, la pression ne baisse pas, au contraire, elle augmente. Elle finit par baisser quand votre résistance s’installe dans la durée et commence enfin à porter ses fruits. Nous sommes dans une remise en cause de ce que nous sommes, et de la civilisation que nous portons. Donc la violence ne va pas s’arrêter tout de suite. En revanche, on pourrait imaginer par exemple de dire : « Oui bon écoutez, si c’est juste un problème de caricatures, on arrête de caricaturer, ça va peut-être calmer le jeu. Moi je vous le dis clairement, non, ça ne calmera pas le jeu. Le problème, ce n’est pas la caricature, le problème, c’est la liberté d’expression, le problème, c’est même la liberté tout court. Donc si vous cédez, le message que vous envoyez à des totalitaires, parce que si vous reculez, pour eux, vous montrez votre faiblesse. Et la faiblesse excite l’appétit. Donc plus vous reculez, plus vous êtes susceptibles d’être battu et soumis, donc plus celui qui veut vous conquérir a intérêt à avancer, donc la faiblesse excite l’appétit du prédateur et du conquérant. Si vous résistez, bien sûr que la personne ne va pas se retirer tout de suite. Surtout si elle a été habituée à votre faiblesse et à des rodomontades qui ne se traduisent jamais en actes. Donc au contraire elle va accentuer sa pression. Si elle sent une résistance, à un moment donné les choses vont se réorganiser. Et je veux dire, c’est tout de même notre pays, nous le connaissons, nous connaissons sa mentalité, nous l’avons construit, nous sommes aussi héritiers d’un esprit collectif et je crois réellement que dans cet esprit de résistance nous trouverons aussi les forces de la reconstruction.

À l’occasion de la rentrée des classes, lundi 2 novembre, un hommage sera rendu à Samuel Paty dans tous les établissements scolaires. Quel regard portez-vous sur cette décision ?

Je pense que la rentrée des classes de lundi va être extrêmement compliquée, elle l’aurait d’ailleurs été même sans cet attentat-là, parce que je crois que nous n’avons pas réussi collectivement à accepter ce qui est arrivé à Samuel Paty. En fait on a compris symboliquement à quel point à travers un homme, c’était une manifestation de haine à l’égard de ce que nous sommes, à l’égard de ce que nous essayons de transmettre, et surtout cette violence était d’autant plus insupportable qu’on a toujours rêvé… y avait un très beau mot de Victor Hugo qui disait à chaque fois qu’on ouvre une école on ferme une prison. Et aujourd’hui c’est l’école qui est attaquée, et qui est attaquée en fait comme étant à la fois un lieu de savoir, qui est refusé par des gens qui veulent uniquement une soumission au divin. Donc ce sont nos fondamentaux qui sont attaqués, c’est aussi l’espoir en un homme meilleur. Si vous attaquez ce qui est susceptible d’élever l’homme, si vous refusez tout ce qui est susceptible de faire grandir l’homme, alors c’est que votre univers commence à être dévoré par la barbarie, et c’est ce que nous avons pris en pleine face et là je crois que les Français en sont parfaitement conscients.

Et si l’hommage se passe mal, quelles conséquences ?

J’ai déjà expliqué pourquoi je crains que cela se passe mal. De ce que j’ai vu, ce qui est proposé, c’est que les professeurs se réunissent le matin jusqu’à dix heures, et qu’ensuite les cérémonies d’hommages soient organisés. Parfois je me demande si ces haut-fonctionnaires, si ces gens qui sont dans les rectorats, ont simplement le bon sens et l’intelligence minimale requis pour gérer des groupes humains. Il n’est pas très compliqué de comprendre que l’assassinat de Samuel Paty s’étant passé à la veille des vacances, vous n’avez aucun moment où les professeurs ont pu se retrouver entre eux pour en parler, physiquement. Autrement dit, la première fois qu’ils vont en parler, ça va être ce lundi matin de rentrée, autrement dit, symboliquement, la charge va être très lourde. Quand vous discutez collectivement de quelque chose d’aussi violent, ça fait remonter toutes les émotions, toutes les peurs, toutes les attentes, toutes les frustrations. Il va falloir qu’en une heure et demi, ces professeurs arrivent à exprimer leur peur, leur angoisse, leur émotion, que peut-être leurs directions réussissent, si ce n’est à les rassurer, du moins à leur transmettre le message qu’ils sont à leur côté, et à dix heures les élèves arrivent et hop on fait la cérémonie ? Vous voudriez arriver à un événement lourd que vous ne vous y prendriez pas autrement parce que au moment où dix heures va arriver, l’émotion va être à son comble. Or l’émotion, c’est fort, mais face à une réaction qui dérape, si vous avez des réactions qui ne sont pas celles attendues, ça peut créer des explosions. Donc je trouve qu’on a tout fait, dès aujourd’hui, pour que les choses se passent mal.

 

Quelles décisisons aurait dû prendre le ministre de l’éducation nationale Jean-Michel Blanquer ?

J’aurais été ministre de l’éducation nationale, j’aurais donné à mes professeurs toute une journée au moins. Au moins une matinée pour se réunir et discuter entre eux. Ensuite, j’aurais fait mon travail. Autrement dit, je m’appelle « Éducation nationale », j’envoie des missi dominici, après tout c’est censé servir à ça une organisation pyramidale, à qui j’ai donné en fait une lecture de ce qui s’est passé, et je fais la relecture . Autrement dit, j’explique à mes professeurs : « vous êtes attaqués, vous êtes attaqués parce que vous incarnez l’esprit français, parce que vous incarnez une institution, parce que vous êtes censés transmettre les principes et les valeurs de la république, donc vous êtes ciblés en tant que tel, vous êtes ciblés par qui ? par des islamistes qui veulent installer un autre modèle de société. Comment ils s’y prennent pour déstabiliser notre société ? En tenant un discours sur la persécution des Musulmans qui les enferme dans des logiques communautaristes et en excitant tout ce qui peut être montré comme étant une différence indépassable. Et donc on réintroduit du sacré, et donc on réintroduit du blasphème, et donc on réintroduit du refus d‘égalité femme - homme, on va directement vers ce qui ne peut que provoquer la société. Et aujourd’hui, il se trouve que la jeunesse musulmane est particulièrement ciblée par les islamistes, qu’une jeunesse c’est facile à influencer, que le travail des islamistes se voit à l’intérieur, puisque un certain nombre d’études ont montré qu’on avait 75% des 15/25 ans qui étaient susceptibles de tenir des discours intégristes attaquant profondément les valeurs de la société française. Donc voilà dans quel cadre on est, il faut que ces choses-là soient dites pour que le cadre soit posé. Il se trouve aussi que Samuel Paty était un excellent prof, investi de sa mission, pour qui la défense des libertés et l’élévation de ses élèves était extrêmement importants. C’est ce qu’on attend exactement d’un professeur. Il a été aussi ciblé pour faire passer un message en disant de façon très claire : « Contentez vous d’instruire nos enfants, ne transmettez pas les valeurs de la république parce que là vous nous trouverez sur votre chemin. » Ceux qui ont envoyé ce message extrêmement clair, l’ont peut-être fait au nom de l’islam, mais ce ne sont pas des Musulmans lambda, ce sont des islamistes, qui ont un projet politique, qui l’ont construit, qui ont déjà leurs relais, qui ont déjà leurs cibles, on est absolument pas dans un cadre individualisé, on n’est pas dans un dérapage personnel, c’est un dérapage personnel à l’intérieur d’un construit collectif, dans une volonté de déstabilisation générale.

Quel regard portez-vous sur la stratégie d’Erdogan qui multiplie les déclarations agressives à l’égard de la France et d’Emmanuel Macron ?

On voit bien qu’aujourd’hui on est sous le feu d’une double attaque. La France est attaquée d’une double façon, d’abord à l’international par un certain nombre de pays musulmans qui la désignent comme étant une cible, qui lancent donc des fatwas contre la France et tous ses habitants, et de façon un petit peu plus particulière et ciblée, par Recep Tayyip Erdoğan le président turc. Il faut rappeler que Recep Tayyip Erdoğan est un frère musulman et donc un islamiste, et qu’il n’est pas non plus pour rien dans les tensions qui existent sur notre pays. Une autre chose qu’il faut rappeler, c’est que la Turquie est un grand pays qui a eu d’ailleurs une histoire de conquête extrêmement impressionnante, et qui a mis un certain nombre de pays sous le boisseau de la colonisation pendant au moins quatre siècles. Les Ottomans sont donc très souvent des impérialistes et Recep Tayyip Erdoğan est l’héritier de toute cette histoire, et lui il est dans une logique de conquête, et il se trouve que l’Europe excite ses appétits. Donc on voit bien que la pression sur la France est extrêmement forte, que cette pression se fait sous l’angle du religieux parce que Recep Tayyip Erdoğan veut apparaître comme le protecteur des Musulmans et là ça rejoint complètement l’autre source de déstabilisation, la déstabilisation interne, autrement dit le fait que nous ayons un très fort courant islamiste à l’intérieur de nos frontières, que ce courant islamiste hélas n’est pas minoritaire, autrement dit, aujourd’hui, c’est un courant influent qui gagne de plus en plus de partisans et qui tend à approcher en tout cas d’une forme de majorité, en tout cas on est en pleine zone grise, et aujourd’hui son influence sur la communauté arabo-musulmane est extrêmement importante. Et donc Recep Tayyip Erdoğan se présente comme le protecteur des Musulmans et pendant ce temps, à l’intérieur du pays il y a un discours islamiste sur la persécution des Musulmans. La boucle est bouclée et on voit bien que la France est prise en étau, dans un cadre qui est extrêmement violent, brutal et anxiogène aussi.

Dans ce contexte d’alliances et de dépendances, Emmanuel Macron peut-il encore compter sur le soutien de l’Europe ?

Je pense que Emmanuel Macron a déjà montré que finalement il avait, lui, compris à qui il avait affaire, je vous rappelle qu’il y a peu de temps il y a eu des tensions extrêmement fortes en Grèce, et qu’un des seuls à avoir réagi a été Emmanuel Macron. Et que L’OTAN a été plutôt lâche sur ces questions, le reste de l’Europe aussi. Aujourd’hui c’est quand même différent, c’est un pays européen qui est attaqué, et à travers ce pays qui est attaqué, c’est notre civilisation qui est remise en cause. Donc je crois que si l’Europe veut survivre, elle ne peut que se porter au secours d’Emmanuel Macron, elle ne peut qu’être dans la solidarité avec Emmanuel Macron, parce que imaginez une Europe qui viendrait en soutien de ceux qui viennent nous tuer sur notre propre sol, une Europe qui viendrait en soutien d’un islam politique qui n’a comme seule volonté que d’imposer sa charia et sa vision du monde partout où il prend pied. Si cette Europe se mettait dans cette situation-là, alors il deviendrait impossible de lui appartenir, autrement dit, le devoir de l’Europe est de protéger les habitants de son périmètre. Aujourd’hui, faire alliance avec Erdogan contre la France c’est finalement un suicide collectif et je crois que ce ne serait accepté par aucune des opinions publiques.

Dans ce combat qui l’oppose à la menace islamiste, la France n’est-elle pas condamnée à être seule au front ?

Vous savez, des pays seuls au front il y en a eu, le dernier dont nous nous souvenons il s’appelle l’Angleterre, la Grande Bretagne, il était dirigé par Churchill, et à un moment donné il était seul, en Europe, à tenir tête à Hitler. Parce qu’il a fait ça, parce que la Grande Bretagne a fait ça, aujourd’hui elle mérite le respect et la reconnaissance de toutes les nations. Et ça on ne l’a pas oublié. Ces choses-là comptent. Nous sommes peut-être pour l’instant, on a l’impression que nous sommes les seuls, ça n’est pas si sûr. Mais la deuxième chose que je voulais dire c’est ce que je vous ai expliqué tout à l’heure. On n’arrête pas un fasciste à coup de faiblesse et de soumission. Au contraire on ne fait qu’exciter son appétit. Donc si Angela Merkel, ou un certain nombre de pays se soumettent à une diaspora étrangère qui veut faire prévaloir ses lois et ses mœurs sur un pays anciennement constitué, ce qui risque de se passer est une réaction extrêmement violente des populations allogènes, cette réaction est légitime, et ces populations se sentant trahies par leurs dirigeants iront vers des propositions populistes et on ne pourra pas les taxer, j’allais dire, d’esprit fasciste, de racisme, elles auront été poussées à ces choix-là, parce que derrière, ce qui monte, c’est de la violence, c’est de l’obscurantisme, et c’est une société qui n’est pas désirable, et qui a fait le malheur de ceux qui veulent l’installer dans nos pays. Parce que ce qui est parfaitement ironique, c’est que les gens qui viennent ici, chassés par le malheur de leur pays, veulent recréer dans notre pays des rapports sociaux qui les ont amenés au pied du mur et qui ne leur ont pas permis de trouver leur place. Donc en plus, il n’y a aucune promesse d’avenir dans leur revendication que porte cette nouvelle société en gestation. Après tout, imaginez que vous pouvez être Romain, arriver en Grèce, vous faire séduire par les Grecs, et permettre une nouvelle société, parce qu’il se trouve que la société que vous avez vaincue vous paraît plus désirable que la vôtre, vous offre une promesse qui est plus grande. Là le problème, c’est que ceux qui veulent nous conquérir charrient derrière eux les inégalités, la violence, l’obscurantisme, la misère, la bêtise, et là où nous cherchons à élever notre population, eux cherchent à la réduire à la soumission et à l’orthopraxie la moins intelligente qui soit. Je crois que nous avons intérêt à défendre notre modèle social tout simplement parce que de temps en temps, on peut considérer que ce que l’on a construit est meilleur que ce qui nous est proposé, et l’assumer parfaitement.

 

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