Destin commun, en Nouvelle-Calédonie-Kanaky

 

 

La Nouvelle-Calédonie-Kanaky peine à se projeter dans un « destin commun », sans « moi commun ». L'identité calédonienne, de fil en aiguille s'affirmera, via la société civile, qui la façonnera à son image. Quelles que soient les couleurs de son drapeau, cette île a entamé le chemin de la décolonisation. Or fait preuve de « mauvaise foi », car malgré ce dit processus de décolonisation, la reconnaissance du peuple premier n'est pas tout à fait acquise. Ce constat s'inscrit dans une tendance globale tardant à rendre aux sociétés vernaculaires, le droit ainsi que le respect qui leur est du 1.

 

 

Cet archipel, peine à déconstruire pour décoloniser les esprits. A ce propos la Nouvelle-Calédonie-Kanaky a besoin de temps pour libérer la parole. C'est pourquoi, la série référendaire fait office de « thérapie de groupe », soulignant la nécessité d'établir un devoir de mémoire collective. Autrement dit, ne pas réduire la souffrance du côté individuel privé, sans pour autant idéaliser, la culture mélanésienne comme réponse exclusive, au questionnement identitaire néo-calédonien. La parole néo-calédonienne pour s’élever, doit d'abord se libérer, afin que sa résonance demeure ( plus ) forte, elle ne doit pas s'appréhender uniquement comme le monopole des « ainés », pour ne pas dire d'un certain capitalisme patriarcal. Cette construction identitaire devrait s’accommoder de la souffrance de l'autre, en tentant de résorber la violence, de soigner l'histoire, pour ainsi soigner la société néo-calédonienne. Une identité néo-calédonienne, en peau de chagrin 2 qui nous aide à nous questionner sur les problèmes de notre temps, à savoir, un conflit permanent entre désir 3 et longévité 4. Cette identité est sollicitée politiquement, de part et d'autres, comme indéniable source du vivre-ensemble, telle une prophétie auto-réalisatrice, une identité en devenir, questionnée devant l'histoire. Celle-ci doit sortir du clivage par la parole, en acceptant la ou les différences qui enrichissent la grande famille du genre humain. Si bien que vivre c'est à la fois recevoir et transmettre, donc nous sommes dépendant de l'autre pour se révéler à la soi et au monde. Il tient qu'à nous d'accepter l'autre, de faire société, en prenant conscience, de sa souffrance. Cette souffrance nous est pourtant nullement étrangère, car nous portons tous ce poids, ce fardeau, de vouloir trouver notre place dans la société et dans le monde. Cette souffrance commune, nous triture car elle nous renvoie, à notre profonde nature qui est celle d'être mortel. Dès lors, il nous faut considérer, cette souffrance commune, d'avoir conscience d'être mortel, via ce qui a de précieux et pourtant fragile dans une vie, la reconnaissance. C'est pourquoi le racisme obscurcit notre rapport à l'autre, par le refus de considérer la souffrance de l'autre, comme souffrance commune 2.

 

Quoi qu'il en soit, le destin de cette île ne s'exempter d'une meilleure répartition des richesses, incitant ainsi une réappropriation du commun. Pourtant le chemin vers l'autre semble long. Il convient de déjouer les raisons absurdes qui nous incite à rester silencieux face à la souffrance de l'autre. Cette réappropriation du commun permettrait d'entamer le chemin de la reconnaissance de l'autre, prenant les allures d'un sens commun révolutionnaire, au sens de Thomas Paine.

 

 

 

1 Que ça soit le site Uluru en Australie, le site Mauna Kea à Hawaii sans parler des différentes tribus amazoniennes., le droit à la différence des indigènes est constamment bafoué.

2 Achille Mbembe qualifie cela de phénomène de négrofication, c'est à dire le racisme comme haine de soi, transféré à l'autre...

 

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