Jean Michel GUIART
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Billet de blog 3 août 2022

The true spirit of Arugam bay

Jean Michel GUIART
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Tout au long de la main road d'Arugam bay le flot de surfeurs et de surfeuses se ruent sur les burgers frites et ça rotent des bières et du coca-cola comme sur les différents spots de surf en Asie.

Les magasins de surf ne désemplissent pas de planches et vêtements pour espérer plaire aux arrivages réguliers de têtes blondes qui contrastent ce paysage de cartes postales.Où on entend tout au long de la rue principale du matin au soirées haute en couleur des bro et autres madjane son équivalent en cingalais.Une bro attitude surjouée tout droit sorti d'un script de la série " Friends ".Au café du coin comme au café du commerce, on discute et montre son apparat du parfait hippie surfeur à moitié yogi.Tout en se tenant en retrait comme pour juger ce qui ne correspond pas aux standards occidentaux.Via un manque de personnalité, tel des êtres interchangeables aussi lisses que leurs propos aseptisés traduisant un politiquement correct teinté d'amalgames en tout genres, pour chercher l'approbation de leurs semblables.

J'ai lu récemment dans le livre " Le poisson-scorpion " de Nicolas Bouvier prêté par un ami de longue date ;" on s'abaisse à forcer les autres à vous imiter ".

Il faut dire que le surf comme le rock'n'roll représente le versant fun de l'american way of life.American way of life qui grâce à la mondialisation s'est répandu de par le monde.Et si cette américanisation a le vent en poupe, c'est aussi parce qu'elle a réussi à flatter les égos individuels autour entre autres du culte du corps.Et le surf renvoie à cette logique.Quand bien même les chevelures rebelles et les airs débonnaires des surfeurs, on font à premier abord des personnes sympathiques.Lorsqu'on creuse sous ce faux-semblant quasi-christique, le discours dominant n'est jamais bien loin et quand on s'interroge sur l'histoire du surf le concept de whitewashing dans le contexte qui nous interpelle ici, est loin d'être un mythe. Processus décrit par Jack London, dans son livre Kanaka Surf.

Arugam bay ressemble finalement à tous ces spots de surf américanisés de surcroît, secteur du tourisme oblige.

Loin de ma quête d'authenticité qui motive mon périple. Alors je me demande ...

What is the true spirit of Arugam bay ?

Compte tenu de ma quête précédemment citée. Je tente de me rapprocher de locaux. Un de mes amis sri-lankais chauffeur pour safari me propose de venir avec lui en escapade. Il lui reste une place et, il peut me faire un prix intéressant. Je me dis pourquoi pas, aussitôt dit aussitôt fait, on embarque dans l'après-midi. Avec d'autres touristes aussi bruyants qu'un concours de motocross. Visiblement sans censé savoir que l'observation d'animaux dans leur milieu naturel, ce n'est pas le zoo. Les animaux sont libres et n'attendent pas qu'on leur jette des pop-corns. Mais ça semble échapper aux autres protagonistes du périple qui ne désemplissent pas leur amplitude sonore. La vue du premier groupe d'éléphants a le mérite de faire son effet. Une touriste décide de profiter de cette occasion pour lâcher son drone qui fait autant de bruits qu'un bataillon d'abeilles. Et cette même personne s'étonne que les grandes oreilles de l'animal, font qu'il est sensible aux bruits. Notamment à ceux émis par son engin de malheur. Elle a l'air de s'amuser comme une folle avec son jouet électronique tel un enfant avec son premier château de sable, mais celui-ci finit sa course dans un arbre. Et ça commence à chouiner si bien que le reste de l'infanterie se met en mode " il faut sauver le soldat Ryan ". Et là des regards complices se tournent vers mon ami le chauffeur autant dire le tirailleur sénégalais de service qui se sent obligé de voler au secours du bijou de famille. Pendant ce temps-là, je cherche des noms d'oiseaux pour rebaptiser l'iPhone hélicoptère qui fait des bips (telle une sonnerie matinale), pour signifier sa présence arborée. Pour le plus grand bonheur d'animaux qui prennent leurs jambes à leurs cous.

Franchement, il y a des personnes qui feraient mieux de rester chez-elles en mangeant de la pizza devant un documentaire animalier. Bref, je cherche à prendre mon mal en patience. Quand mon pote sortie victorieux des tranchées, me propose une bière fraîche en pleine jungle. " Lani u're the man ", lui dis-je avec un sourire aussi sincère que ma capacité à surfer sur la mousse de blonde. L'aventure continue l'atmosphère reste bon enfant. Après tout ça fait du bien de sortir de la " ville ". Dire qu'à vingt minutes de plages de rêves, on se retrouve en pleine jungle. Cette île est étonnante, on y trouve des ours bruns des écureuils des éléphants des léopards, etc.

On s'arrête sur une plaine bordée d'un lac. Le paysage est à couper le souffle. On discutent et rigolent avec le reste des convives qui je ne m'étais pas rendue compte est déjà éméché. Je tente de les rattraper avec ma troisième bière mais c'était sans compter sur une horde d'une cinquantaine d'éléphants qui sort de la jungle, sans prévenir. Telle une tribu de Bush mens, on se rapproche nous autres petit peuple voyageur, buveur de l'eau de feu (alcool).

Nous sommes scotchés par cette présence aussi douce qu'incertaine. Au fur et à mesure que le soleil embrasse la terre, la horde se rapproche du lac. Le temps ombrageux laisse un faisceau lumineux transpercé ce qui s'annonce comme une pluie imminente. Au loin, les éclairs de chaleur animent un ciel déjà teinté par un coucher de soleil qu'on devine sous un arc nuageux. Saisis par ce moment d'une intense et éphémère beauté, je remarque que le ciel comme pour marquer cet instant solennel de son sceau éclaire les pas du meneur du troupeau, vers ce lac salvateur. Le reste de la troupe le rejoint une fois que le patriarche donna par un son touffu et caverneux, son accord. Un désert de bleu se pressent dans un ciel qui en ce début de soirée tempère les couleurs vives tropicales. Les éclairs n'en finissent plus de nous surprendre et j'ai du mal à réaliser ce scénario inattendue qui se déroule sous nous yeux. La raison de ma venue me conforte, en pensant qu'on a beau avoir tout l'or du monde personne n'est aussi riche que ce que la nature veut bien nous concéder. Même dans mes rêves les plus prolifiques, je n'aurais su assemblé des images et émotions aussi percutantes que ce délicieux danger permanant. Celui de côtoyer de majestueuses ombres disparaîssant dans la nuit aspirée par cette obscurité, cette jungle dont je ne souhaite pas me défaire pour l'instant. Pour l'instant, rien n'a plus d'importance, seul compte la vie dans toute sa splendeur. Ces éléphants vivent dans leur milieu naturel en toute simplicité, en toute liberté. C'est ça qui est beau, c'est ça qui est respectable car moi-même par ce voyage je cherche à être libre à mon tour.

Après un long silence, je me tourne vers mon ami insulaire pour lui glisser dans un plissement de cils, ces quelques mots aussi spontanés que cet émerveillement qui m'anime, " Lani you show me the true spirit of Arugam bay, thank you ".

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