Jean Michel GUIART
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Billet de blog 9 déc. 2022

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La violence qui règne ici-bas

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La notion de force réfléchit en partie, une contrainte exercée par la violence que cette force actionne. Quelqu'un de fort est perçu comme une personne ayant les capacités physiques, mentales, ou le statut social nécessaire de soumettre autrui, à sa volonté. La force résulte ainsi d'un rapport défavorable, comme intéraction sociale déshumanisante. Celui désavantagé par ce rapport de force, est vu comme inférieur, un corps, une chose, un moyen de parvenir à ses fins. Faisant écho, à la dialectique hégélienne, du maître et de l'esclave qui inspira Karl Marx, comme base dialectique matérialiste. Car ce rapport de domination ameublit, la dimension coercitive, des sociétés humaines telles que nous les connaissons aujourd'hui, à travers la lutte des classes.

Vu que l'opulence des privilégiés (les maîtres) est faussement accessible. Mais l'espoir insufflé au prolétariat (les esclaves), d'y accéder, par la méritocratie, grâce aux lois anti-népotismes, suffit à huiler les rouages de la machine capitaliste. Ce système prospère via une interdépendance entre agents qui n'en est pas une. Le maître tire son confort, du labeur de l'esclave. Il n'est pas indépendant, car sa richesse provient des fruits du travail de l'esclave. Quant aux violences faites aux corps, elles réfléchissent aussi, des formes de déviances telles que la délinquance, le trafic de stupéfiants, l'addiction, la criminalité, etc. Des formes de déviances alertant la société, sur les conditions d'existence précaires des individus concernés. Ces personnes déviantes refusent de se soumettre, à un diktat, un déterminisme social, reléguant leurs existences, à un subalterne. En se résignant, à être servile face à un projet républicain comme vecteur d'égalité pour tous qui tarde, à se faire sentir, pour les plus modestes. Les comportements déviants cherchent à assouvir des désirs superflus, par une violence faite à leurs corps (l'usage de drogues), ou aux corps d'autrui (la délinquance), pour enjoliver si ce n'est reproduire par la violence, à leurs niveaux, leurs réalités sociales oppressantes. Peut-être pour sortir de façon plus ou moins éphémère d'un schéma qui les cantonnent, à un être soumis, inférieur, donc inoffensif. Ils sont contraints, cherchent à contraindre, à leurs tours. Dans une société qui non seulement façonne la violence via les inégalités qu'elle engendre. Mais encore où, la violence fascine, si ce n'est mystifié, à travers le culte du winner, comme vecteur de dynamisme, de progrès, de mérite. Quand celle-ci revêt, une forme de domination politique, économique et/ou culturelle. Étant donné que la seule forme de liberté qui prévaut dans nos sociétés modernes, est celle liée, à l'exploitation.

À ce titre, les comportements déviants ne sont pas le monopole du prolétariat. Bien que ce dernier représente un terreau fertile, du fait de la frustration qui y figure. On compte parmi les nantis, ces formes de déviance. Celles-ci sont dissimulées, grâce aux privilèges liés à leurs strates sociales. Mettant en perspective le deux poids, deux mesures. Dans la mesure où la déviance des esclaves, est montrée du doigt. Tandis que la délinquance à col blanc, des maîtres est tu. Un sentiment de colère chez les prolétaires qui recense un manque de justice sociale. Forts de ce constat, ces comportements transgressifs chez des plébéiens, répondent à un culte du présent. Compte tenu d'une vision de l'ascenseur social qui a été mis à mal. Ces agissements jaillissent de manière parfois confuse, et singulière. Étant le reflet de la coercition, exercée sur ces individus. Ces actes sont la résultante, d'un manque de repères, de contradiction de règles sociales. Ils traduisent un mal sociétal profond qui dément les bienfaits d'un  progrès social de façade. Ce phénomène se révèle être, un baromètre de l'anomie.

Nous sommes tous les reflets d'une violence, omniprésente dans une société où la consommation de masse permet de sublimer, une peur qui rythme la marche au pas. Si on considère le fait que notre consommation impacte, l'ensemble du vivant. Une consommation étant dictée par le souhait en partie, d'imiter nos maîtres, via le prestige que cette dite consommation évoque. Aussi, nous sommes dans une «  société de compétition, à la consommation », massivement encouragée par l'oligarchie. Nous laissant ce peu de valeur ajoutée, comme salaire, comme pouvoir d'achat. Pour mieux nous en privé par la consommation, car l'oligarchie détient un large portefeuille d'actions dans divers secteurs économiques, industrielles notamment. Aussi via une part de nos impôts que l'État leur reverse, des cadeaux fiscaux (CICE), pour s'aligner sur les standards de dumping social et fiscal mondialisé, sous couvert de création d'emplois, de plus en plus précaires.
Une violence du fait d'une classe politique qui se renouvelle, se succède, pour asseoir la position hégémonique de l'oligarchie, au détriment du plus grand nombre. En nous martelant que le bonheur potentiel de la nation, sera assuré par la bonne santé financière de l'oligarchie via le paradigme de la théorie du ruissellement. Une violence enjolivée par la croissance, comme source de richesse soi-disant pour tous, afin de susciter, une servitude sans appel. Autant dire, le sommet de l'Olympe d'où découlera, quelques gouttes de la fontaine de jouvence, pour les plus chanceux d'entre nous, ceux qui arrivent au mieux, à jouer des coudes. Tandis que seule la violence du mépris de classe comme vomissures découle des hautes sphères, pour se répandre sur la populace. D'où elles sont stockées, comme accumulation d'inégalités en tout genres (discrimination à l'embauche, accès à l'éducation supérieure, à la santé, au logement). Provoquant des frustrations susceptibles de susciter, des comportements déviants, tels qu'ils ont été évoqués précédemment. À croire que ce système se maintient par le monopole de la violence légitime. Grâce à un pouvoir mit en place pour assurer pour le compte de l'oligarchie, le contrôle social, et la protection de la propriété privée.

Cependant, la violence s'inscrit dans la continuité de l'existence humaine. Dans un rapport se voulant inauthentique, intemporel. Son historicité pour Hegel ne peut s'interpréter, sans la violence. Du fait, d'une existence qui a toujours été duale. Chaque civilisation, crée des oppresseurs, des oppressés, des maîtres, des esclaves. Il faut croire que l'homme est foncièrement violent, étant seul face au silence du monde. Il comble ce vide par une maîtrise sur son environnement. C'est pourquoi il nous faut questionner sans complexe l'histoire, pour dénoncer un manichéisme qui aujourd'hui encore, a une part belle dans nos sociétés modernes. Car le capitalisme n'est pas le seul système violent. Bien qu'il représente l'apogée d'une violence civilisationnel, par le biais par ailleurs d'une dette affamante, pour asservir des nations en faillite, aux firmes américaines. La démocratie est tout autant un système violent qui visiblement ne sert pas à constituer, le peuple, mais à gangréner les foules. Propre au contexte actuel, au Nord, où on assiste à un recroquevillement autour d'identités nationales pour supplanter le multiculturel. Ressentit par le fait que la démocratie nous soumet, à des critères constants de standardisation. Une démocratie dysmorphique qui vire à la dictature molle, où la pluralité, la contradiction sont remises en cause, au profit de la pensée unique pour façonner des êtres toujours positif et volontaire.
Dans ce contexte, la vraie force ne consiste pas à propager, la violence. Elle se présente sous forme de résistance, en contre-violence face à une société coercitive qui se nourrit des inégalités qu'elle engendre. Une contre-violence scandant le vœu, de plus de justice sociale et/ou environnementale. Dans un horizon fait de fatalités quotidiennes, cette contre-violence s'aborde comme vraie force dans son sens le plus pur qui est celui de se mettre, au service du collectif, surtout au service des plus démunis. En cherchant à unir, autour de la construction d'un destin qui reste, à construire en commun. Pour démentir les tourments, les raisons absurdes, dire non à l'injustice, en cultivant l'espérance, face aux caprices des puissants de ce monde. Dans l'ombre de la cité, des voix inaudibles pèsent les mots d'une colère saine. Celle qui pense voire panse les dérives d'un destin qui n'a de commun que les malheurs d'une époque, et les limites d'un système.

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