Jean Michel GUIART
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Billet de blog 18 mai 2022

Colloque sur les tiers lieux culturels en Afrique et en France, tenu à Marseille

Vers de nouveaux modes de coopération entre la France et l'Afrique

Jean Michel GUIART
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Le thème du colloque résonne comme un basculement vers la Start Up Nation rendu possible pour le Sud via le financement d'agences de développement. La reproduction d'un modèle déconnecté de réalités sociales qui sont pourtant alarmantes pour la majorité de la population dans les pays du sud. Un tiers-état qui dans les pays du tiers-monde ne se sent pas concernés par les tiers-lieux. Un jeu de mots qui recense des exclusions qui s'accumulent pour les plus pauvres. Sachant qu'aujourd'hui la bonne maîtrise de l'outil informatique favorise votre intégration dans des économies de plus en plus tertiarisées ( surtout au Nord mais émerge doucement au Sud). Quand la fibre optique devient aussi vitale que l'accès à l'eau potable. Ces tiers-lieux sont une réaffirmation de la figure du self made man. Une sélection des plus aptes en établissant une concurrence entre projets vendus comme produits marketing. Une marchandisation d'idées qui seront vendues via un packaging pop art ou afro pop art pour favoriser une africanéité qui rentre dans les rangs des standards occidentaux, modernes de surcroît. Car la toile du web abolit les frontières et permet un rapport constant avec la culture dominante. Des tiers-lieux vitrines qui prennent des allures de micro-institutions culturelles semi-élitistes se mêlant à la plèbe par folklorisme ou surfant sur la misère sociale comme caution morale, sous fond de camaraderie citoyenne. Ces tiers-lieux culturels en Afrique sont des laboratoires méritocratiques axés autour d'une culture esthétique (l'art et le numérique web-design etc.). Une sorte de The voice spécial Africa, une téléréalité proposant de suivre par voyeurisme l'apogée d'un(e) artiste local probable futur candidat(e) à la fuite des cerveaux. Pour le peu que celui-ci ou celle-ci charme un jury fait d'expatrié(e) boboisé(e) venu saluer de valeureux indigènes doté(e)s d'un sens artistique (pour ne pas dire d'un certain african-porn art) .

Dans la lignée du dernier sommet France-Afrique tenue à Montpellier qui comme ces tiers-lieux sont des lieux plus ou moins éphémères teintés de reconnaissance légère. À savoir que les tiers-lieux culturels africains sont avant-tout validé par une bourgeoisie locale. Cette dernière côtoie ces lieux pour y retrouver un certain bon goût, loin des bruyants maquis (le nom des snacks populaire en Afrique), remplis d'analphabètes impolis. Le dernier sommet France-Afrique a eu lieu l'année dernière en France, avec un Emmanuel Macron en saint patron de la France Afrique. Un sommet qui fut organisé sans la présence de présidents africains, mais avec une jeunesse dorée afro et afro-descendantes triées sur le volet avec pour critères de sélection, leurs nombres de followers.

Ce colloque fut conclu par un Achille Mbembé qui est supposé incarner une voix dissidente. Tandis qu'il lisse, aseptise son propos au fur et à mesure qu'il rentre dans les petits papiers du saint patron de la France Afrique. Une figure de la pensée décoloniale qui met de l'eau dans son vin, à force de côtoyer les soirées mondaines. Pourtant, on trouverait à redire sur l'aliénation postcoloniale qui perdure ici à travers une vision émancipatrice de la technique (l'art et le numérique) promouvant un individualisme triomphant, dans des pays du sud où la communauté incarne encore et toujours, un rempart contre la pauvreté. Tout cela pour justifier un darwinisme social si ce n'est de faire accepter par les africains via l'usage du numérique, la surexploitation de leurs sols si riches. Taisant ainsi les méfaits d'un développement qui n'en finit pas de perpétuer dans un temps long, l'empreinte coloniale. Le subterfuge ici consiste à croire que ce secteur du numérique serait plus clairvoyant car moins regardant sur les couleurs de peau. Alors que l"Occident a tué Khadafi qui voulait entre autres mettre en orbite le premier satellite africain pour autonomiser le continent en terme technologique. Ce même nord vient désormais promouvoir la Start Up Nation, telle la ruée vers l'or du XXI ème siècle. Un maigre lot de consolation pour les africains qui permet à l'Occident de s'assurer au passage de juteux monopole liées à l'accès au numérique sur le continent africain. Si bien que le Nord ne sait plus comment justifier, sa présence sur le sol africain, où 50 ans de politiques de développement menés par celui-ci, à contribuer à appauvrir le continent africain. Face à une Chine gagnant du terrain en Afrique, la France s'accroche tel le souffle agonisant d'un empire au déclin. Récemment, la France s'est faite rembarrée du Mali, c'est vous dire si l'image d'une métropole philanthrope bat de l'aile. Un hexagone qui vante son siècle de Lumières tout en se dotant comme mascotte nationale, un coq qui par définition ne vole pas très haut... 

Il est vrai que les tiers-lieux ont émergé dans un contexte de post-crise (le too big to fall) au Nord comme au Sud. Cela a fait émerger un besoin d'horizontalité émanant de la société civile dans les rapports de parts et d'autres dans le monde. Aujourd'hui, le maître-mot est la flexibilisation des entités productives de biens et services. Dans la mesure où le néolibéralisme nous a initiés à la culture du risque. Ces tiers-lieux sont à ce titre des marqueurs de communautarisme face au marché unique qui terrorise via de plus ou moins heureuses oscillations des cours boursiers. Ces tiers-lieux sont tout comme le microcrédit, une initiative citoyenne en principe subsidiaire qui a permis à des gens de pouvoir souffler. C'est pourquoi des agences de développement s'empressent de s'approprier ce type de solutions citoyennes, eux qui à travers jadis des Politiques d’Ajustement Structurelles et aujourd'hui les politiques d'austérité liés à la dette entretiennent les problèmes, voire développent le sous-développement. L'AFD (pour ne citer qu'elle) est omnibulée par une croissance à tout prix. Elle a désormais du mal à se réinventer tant la déroute de la modélisation dans ses programmes de développement a été vite marquer par les réalités sociales et culturelles des terrains auxquels s'adressés, ses dits programmes. Le financement de tiers-lieux culturels africains fait office de racial/social/cultural washing venant ainsi redorer le blason mortifère de l'AFD. Si ce n'est permet de donner bonne conscience aux notables du développement qui affabulent sur leurs soi-disantes vertueuses participation à l'émancipation d'un peuple, lorsque ces mêmes notables s'empiffrent de petits-fours.


" Ce n'est pas l'Utopie qui est dangereuse, car elle est indispensable à l'évolution. C'est le dogmatisme, que certains utilisent pour maintenir leur pouvoir, leurs prérogatives et leur dominance."
Henri Laborit - 1914-1995 - Eloge de la fuite, 1976

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