L’État juif, passant de « peuple monde » à « peuple race », donne raison à Hitler.

On a cru se débarrasser de tout ce qui relevait d’une acception raciale par l’adoption du concept d’ethnicité, un fourre-tout, qui autorise à peu de chose près les mêmes agissements que celui de « race ». La tache, dit Philip Roth, est en chacun de nous, et la laver n'est qu'un plaisanterie de barbare et un fantasme de pureté terrifiant.

Vaincre Hitler, a écrit Avraham Burg. L’État juif, passant de « peuple monde » à « peuple race », n’en prend pas le chemin.

La conversion de « l’État juif et démocratique » en « État juif », avec la loi de juillet 2018, se fait au nom de la pureté ethnique.
Concernant le fantasme de toute revendication de pureté, voici ce qu’on lit en quatrième de couverture de "La Tache », écrit par Philip Roth, et paru en 2002:
« Après Pastorale américaine et J'ai épousé un communiste, La tache  complète la trilogie de Philip Roth sur l'identité de l'individu dans les grands bouleversements de l'Amérique de l'après-guerre, où tout est équivoque et rien n'est sans mélange, car la tache est en chacun, inhérente, à demeure, constitutive, elle qui préexiste à la désobéissance, qui englobe la désobéissance, défie toute explication, toute compréhension. C'est pourquoi laver cette souillure n'est qu'une plaisanterie de barbare et un fantasme de pureté terrifiant.»
Laver cette souillure, c’est pourtant l’entreprise d’épuration terrifiante et le but final de la coalition dirigée par Benjamin Netanyahu.
On a cru se débarrasser de tout ce qui relevait d’une acception raciale par l’adoption du concept d’ethnicité, un fourre-tout, qui autorise à peu de chose près les mêmes agissements que celui de « race ». C’est donc au nom de cette même ethnicité que le nettoyage de la tache, ou de la souillure, est entrepris dans les Territoires palestiniens et même dans le triangle israélien au nord de Jénine…
L’État juif ne fait pas les choses à moitié, vous devez être juif et pas autre chose. Juif pur. Il n’y a donc pas de place pour les juifs à pourcentage, ce qui est pourtant le fait de nombreux Israéliens. Comme en France, (qui pourrait se réclamer, en adoptant l’idéologie du modèle israélien, d’un État catholique), où il y a, comme en Israël, des musulmans, des semi-chrétiens, des quarts de chrétiens, des pas chrétiens, des croyants, des non pratiquants, et où on ne lit pas les Évangiles, se contentant des extraits lus par le prêtre dans des églises d’ailleurs vides…Comme en Israël donc, où la grande majorité des habitants ne lit pas la Torah ( les cinq premiers chapitres de la Bible), un travail dont se chargent davantage les Protestants, amateurs de littéralité…Tout se passant comme si, qu’on soit juif chrétien ou musulman, humain trop humain, on ne se sent concerné que par le tangible, à savoir les fêtes et les rituels, et pas par les textes fondateurs.
Sur le plan factuel et statistique, la revendication de l’État juif de pureté ethnique ne peut aboutir sans une entorse au principe démocratique, qui veut qu’un État soit la République de tous ses citoyens. Ce qui exclut quelque deux millions de citoyens arabes, druzes et quelques autres « minorités », d’une population totale de sept millions. Ce qui aussi cache une mascarade, celle d’une identité juive attribuée au million de Russes, pour la plupart athées, arrivés en Israël après la chute du mur de Berlin en 1989. La mascarade avait commencé bien avant, d’ailleurs, à la suite de la création de l’État d’Israël, revendiqué aujourd’hui à grands cris par le gouvernement Netanyahu, comme Etat-nation du peuple juif. Ce qui fait qu’il n’y a pas de nationalité israélienne, simplement une citoyenneté, en d’autres mots, seule la judéité constitue votre identité. ( Les cartes d’identité israéliennes portent la mention « nationalité juive » et non « israélienne. Sauf, astuce, pour prendre l’avion, où on trouve, écrit en anglais: « nationalité israélienne », mais, traduit en hébreu « nationalité juive », ce qui fait que quand un Israélien rentre en Israël, il redevient juif et non israélien. Ce qui fait dire à un Jonathan Ofir le 25 mars 2016: « Israelis don’t exist » (Les Israéliens, ça n’existe pas) Une formule qui rappelle Golda Meïr avec son « there isn’ t such a thing as the Palestinians ». Les israéliens sont dissous dans les treize millions de la nation juive, comme les Palestiniens étaient dissous dans la communauté arabe…
Mascarade donc: « Lors du premier recensement, qui eut lieu le 8 novembre 1948, on demanda aux habitants de remplir eux-mêmes un questionnaire dans lequel ils certifiaient leur nationalité et leur religion. Ces déclarations servirent de base à l’établissement du registre civil, et ainsi le jeune État réussit-il à judaïser clandestinement de nombreux conjoints qui ne pratiquaient pas la religion mosaïque. En 1950, on enregistrait encore les naissances sur des feuilles séparées, sans mention de nationalité ni de religion, mais on en imprima cependant deux sortes: l’une en hébreu et l’autre en arabe. Tous ceux qui remplirent un formulaire en hébreu étaient potentiellement juifs.
(…) La loi du Retour de 1950, n’a pas pour but de donner à Israël un statut d’État refuge. Si tel avait été le souhait des législateurs, ils auraient pu fonder la loi sur une base humaniste impliquant le droit d’asile face aux dangers existentiels de l’antisémitisme. Mais la loi du Retour et la loi civile qui l’accompagne résultent en droite ligne d’une conception nationale « ethnique » du monde, et elles sont destinées à renforcer sur le plan juridique le fait que l’État d’Israël appartient en pratique aux juifs du monde. (…) Toute personne incluse dans le « peuple juif », qu’il s’agisse de Pierre Mendès France, d’Henry Kissinger, (ou, plus contemporain, d’un Alain Finkielkraut)… est en puissance citoyenne de l’État juif. Même si ce « membre de la nation juive » est citoyen à part entière dans une démocratie libérale, participe activement à son fonctionnement ou y a été élu au service de l’État, il est destiné et même obligé, d’après le principe sioniste, d’émigrer en Israël et d’en devenir un citoyen. ( Extrait de : Comment le peuple juif fut inventé, de Shlomo Sand.) On se souviendra , à cet égard, du culot invraisemblable de Netanyahu venant en France inciter les Français juifs à quitter la France pour Israël…
Qui plus est, ni dans la loi du Retour, ni dans celle sur la citoyenneté, qui fait d’Israël le pays de tous les juifs du monde, ne figure de critère définissant clairement qui peut-être considéré juif selon la loi.
Autre pavé dans la mare de la pureté ethnique, l’origine bâtarde de David lui-même : « Ruth la Moabite, qui s’avère être l’arrière grand-mère du roi David, se joint à Boaz, qui l’épouse sans aucun problème. Il en va de même pour Achior l’ammonite, du livre de Judith, qui se convertit au judaïsme sous l’influence de l’héroïne. Or ces personnages appartiennent à des peuples qui ont interdiction de s’allier, comme on lit dans le Deutéronome: « L’ammonite et le Moabite n’entreront point dans l’assemblée de l’Éternel, même à la dixième génération et à perpétuité. » Sauf que Netanyahu arrive trop tard, c’est déjà fait!. Bibi n’a pas lu Jacques Derrida, qui parle à propos de la quête de l’origine d’un toujours déjà-là…
Autre tentative de Netanyahu d’installer des origines, le rapatriement de la célébration de la Shoah en Israël, alors, que, sauf erreur, il s’agit bien du massacre de six millions de juifs d’Europe, opéré dans les pays de l’Europe centrale à un moment où Israël n’existait pas. Comme il avait été fait avec le procès Eichmann, lequel s’est tenu en Israël et non en  Europe, lieu d’extermination des juifs. Comme dit Avraham Burg, ancien président de la Knesset, et auteur du formidable livre « Vaincre Hitler » aux éditions Fayard: «  Pour nous la Shoah est un évènement unique, le résultat logique et l’apogée d’une haine et d’un antisémitisme ancestraux. Jamais nous n’avons cru qu’elle pouvait appartenir à l’histoire des autres, à l’histoire universelle. Du coup, nous distinguons mal le contexte mondial de la Shoah et encore moins les conséquences de notre absence honteuse sur la scène internationale de la protestation et de la lutte contre des holocaustes qui ne sont pas les nôtres » Et de citer le soutien aux Turcs dans leur déni du génocide arménien, ou le soutien aux Serbes lors de la guerre des Balkans des années quatre-vingt-dix.
À l’origine des falsifications, la séparation de l’histoire juive et de l’histoire du monde. «  J’ai appris, dit Avraham Burg, que dans les librairies allemandes, le nazisme et la Shoah étaient considérés comme deux domaines distincts. » Pour l’historienne Rifat Weiss, de l’université d’Haïfa, « La perception des persécutions selon qu’on se place du côté des persécutés ou du côté de la politique nazie rend plus difficile la compréhension des liens de cause à effet entre événements historiques ».
Autre manipulation de Benjamin Netanyahu, faire croire que ce ne sont pas les Allemands qui sont à l’origine de la Shoah, mais les Palestiniens; Exit Hitler! Sauf que, comme le rappelle, entre autres, Uri Avnery dans Gush Shalom le 31 octobre 2015, la rencontre, (de dix minutes), avec Hitler a lieu le 28 novembre 1941, un point capital puisque l’extermination des juifs avait déjà commencé après la conquête de la Pologne en 1939. Selon Uri Avnery, « à l’époque, en novembre 1941, l’extermination par les einsatzgruppen battait déjà son plein, et le Mufti n’en savait rien, Hitler ne lui en ayant pas parlé, au motif que c’était le secret d’État n° 1. »
En revanche, la collusion entre les Juifs du Yishouv avec les nazis, elle, dénoncée par Tom Seguev dans le septième million, est passée aux oubliettes. Pour faire court, il s’agissait d’une entente (accord de la Haavara entre Hitler et les Juifs de Palestine installés depuis le mandat britannique de 1922, consistant à aider financièrement les Juifs d’Allemagne à aller s’établir en Palestine, ce qui était de l’intérêt des Juifs du Yishouv, ambitionnant la création d’un État juif, à la place du « foyer » proposé par les Anglais. «  Les nazis voulaient les juifs hors d’Allemagne; les sionistes souhaitaient qu’ils se rendent en Palestine ».
Une falsification reprise par B. Netanyahu, illustrée par une anecdote des années 2000: Avraham Burg interroge un lycéen qui lui lance: «  Jamais je ne leur pardonnerai, mon meilleur ami est mort dans un attentat et mon cousin a été blessé dans un autre. Les Arabes, c’est ce qui est arrivé de pire au peuple juif. Avraham Burg rétorque: -Quelle est la marque de la voiture de ton père? -Volkswagen Passat. - Et ta mère, elle a une voiture? - une vieille Audi. - Les Allemands, tu leur as pardonné, alors? - Oui, à moi, ils ne m’ont rien fait, ils n’ont pas été aussi monstrueux que les Arabes. » (Métaphoriquement, les voitures allemandes fonctionnent comme une poursuite symbolique des « réparations allemandes » à Israël, aujourd’hui, des sous marins par exemple…Un glissement partagé par certaines figures de l’intelligentsia française. Ainsi Alain Finkielkraut auquel Avraham Burg reproche son soutien inconditionnel à Israël. « Les brillantes analyses de Finkielkraut sur l’Europe et ses règlements de compte avec son passé, et le présent, sont parfois d’une remarquable acuité. Cependant certaines de ses déclarations n’ont cessé de faire écho en moi. Vous aussi, Alain, vous êtes atteint par notre maladie nationale? Vous aussi , vous êtes obsédé par les goys et leurs persécutions antijuives? Alain Finkielkraut a-t-il épousé les idées de la droite conservatrice juive, dont l’âme s’abreuve de phrases du genre « le monde entier est contre nous »? Lors de sa visite à la Knesset il m’a rassuré: « Non, non, il n’y a pas de quoi s’inquiéter, mais… » Ce « mais » a fini par éclater dans la longue interview qu’il a accordée au supplément hebdomadaire de Haaretz. À propos d’un article paru dans le Monde, le philosophe écrit: « Je ne connais pas l’homme qui se profile derrière l’article du Monde, et je ne m’identifie pas du tout à ses idées. J’abomine l’homme qui se dessine dans cet article. Lui, c’est lui, et moi, c’est moi. À mon grand étonnement , depuis la publication de l’article, il s’avère que nous portons le même nom ». Et Avraham Burg de commenter avec ironie: « Certes, le démenti est élégant. Il a du style. Ce n’est pas moi, c’est le mauvais garçon qui est en moi, dit une chanson de Lea Goldberg. Il y a le bon et le mauvais garçon qui se glisse en moi pour en prendre le contrôle. Ce n’est pas moi, je suis un gentil garçon, c’est le nouveau raciste en moi, a pleurniché Finkielkraut. C’est le juif peureux, l’héritier des rescapés d’ Auschwitz. Mais , c’était bien lui. Vraiment lui. » Le juif peureux, qui souffre apparemment de cécité, demandant à son invité lors du Réplique du 5 mars 2016: " De quel apartheid parlez-vous, Rony Brauman?" » A croire qu’ à J Call où « milite » le philosophe, ils n’ont pas Google Earth…
Toute la Torah, dit aussi Avraham Burg, « si l’on en croit Hillel l’Ancien, nous invite à ne pas imposer à l’autre les souffrances que nous avons subies. Or, en transformant tout en sacré, divin et absolu, en ne laissant aucune place à l’humain, à la critique et à la relativité, en sacralisant le nationalisme, la terre et le sang, en s’appuyant sur une tradition d’un autre temps et en nous faisant vivre dans un conflit perpétuel, les détenteurs du monopole de la foi israélienne sont devenus des racistes de facto. » Le judaïsme automatique, sans aucune autocritique et sans obligations morales, contient en lui une doctrine raciale inacceptable.(…)
Les humanistes israéliens doivent comprendre que la réponse à l’occupation, est dans la création d’une identité juive nouvelle basée sur le legs de Moïse et non sur le racisme de Koré. L’heure est venue de changer notre livre de prières. On ne doit plus y lire: « tu nous as choisis entre les nations », mais, « Tu nous as choisis avec les autres nations ».
 Un souhait devenu vœu pieux, à la veille d’une entreprise d’annexion de 85 % de la Cisjordanie, et à laquelle les démocraties européennes, munichoises, ne vont pas répliquer par des contraintes, comme elles l’avaient fait au moment de l’annexion de la Crimée…On sait la collusion de la Hongrie et de la Pologne, acquises à la cause israélienne, et autorisées par Benjamin Netanyahu lui-même, à faire disparaître les traces de collaborations antisémites… On sait aussi les intérêts économiques d’importance en jeu entre l’Europe occidentale et Israël, qui font que les condamnations des agissements israéliens et leurs atteintes aux droits de l’homme, demeurent purement verbales et sans effet. En guise de mesures concrètes, des effets d’annonce et comme dans le cas de la France , un discours « en même-tempstiste, «  qui relève du surréalisme…Ainsi lors de l’inauguration de la saison France-Israël au Grand palais, entendons-nous le Président français gratifier le Premier ministre israélien d’un « Cher Bibi », et déclarer que « ce n’est pas un hasard si l’un et l’autre, nous avons cette aspiration un peu particulière, pour l’universel pour le respect de l’autre ». Ou que: « Cette histoire, elle s’est traduite en amitié, alors cette amitié, elle conduit parfois à des désaccords, à des fâcheries comme il a pu y en avoir par le passé, mais celles-ci ne durent jamais bien longtemps, parce qu’elles s’inscrivent toujours dans ce qui nous a faits, ces valeurs plus fortes que tout, ce passé conjoint et cette amitié commune. » Ou encore que: «cette innovation politique dont nous avons besoin, et pour laquelle nos deux pays auront un rôle essentiel, elle est la seule compatible avec l’universalisme qui nous a nourris et conduits jusqu’ici. » Last but not least, le Président français , confondant les deux corps du roi, se permet de recourir au prénom de sa femme, en session publique. Ainsi l’entend-on déclarer: Monsieur le Premier ministre, cher Bibi, pour toutes ces raisons, nous viendrons avec Brigitte, en Israël dans les prochains mois ». Fort de café, en fait de protocole et d’universalisme ! La France partagerait avec Israël et son Premier ministre actuel les mêmes valeurs d’universalité! On aura compris, la question de l’occupation et de l’annexion, ne peuvent causer que des fâcheries de court terme, d’autant, le président français semble avoir pris ses distances avec la solution à deux États, mantra de la diplomatie française, préférant parler de « deux souverainetés » en Cisjordanie…Le président français, comme son mentor Paul Ricoeur, pacifiste décroché de la réalité politique, n'est en guerre que contre le seul coronavirus, et on ne l’entendra pas, malgré le récent hommage au général De Gaulle, parler de « peuple sûr de lui et dominateur », un propos qui serait vraisemblablement taxé d’antisémitisme, même à la veille de l’annexion de 85 % de la Cisjordanie, et même si on ne parle que de peuple israélien et non de peuple juif.… Comme le rappelle Sylvain Cypel dans « L’Etat d’Israël contre les juifs » ce ne sont pas les sept millions de juifs américains, (supposés faire partie du peuple juif), qui soutiennent l’Etat juif et financent son expansion coloniale, mais bien les soixante millions de fondamentalistes chrétiens.
La solution à deux Etats, mantra de la diplomatie française, avait déjà, d’ailleurs un sérieux coup dans l’aile, sous la présidence de François Hollande. Ainsi de la Conférence sur la paix au Proche Orient organisée le dimanche 15 janvier 2017 à Paris, à propos de laquelle René Backman dit dans son blog: « Après avoir renoncé à la menace, imaginée par Laurent Fabius, de reconnaître l’État palestinien en cas d’échec de la conférence imputable à Netanyahou, le Président Français a donc désavoué publiquement le représentant de la France à l’Unesco, coupable d’avoir voté une résolution que  le gouvernement israélien jugeait inacceptable, ordonné l’abstention de la France lors de l’adoption définitive de ce texte, pourtant amendé sur les points dénoncés par Israël ». 
Rien de nouveau sous le soleil, donc, en matière de diplomatie française.
Peu, serions-nous tentés de dire de l’Etat juif, qui ne fait qu’inscrire dans les textes de « lois fondamentales » qui font office de constitution, une discrimination déjà existante. À ceci près que tout non-juif devient hors la loi, selon la loi, et donc passible à vie de n’avoir qu’un statut de citoyen de seconde zone, ou d’être expulsé.
La discrimination dont sont victimes les Noirs américains, vient de l’incapacité des Blancs à admettre la couleur noire comme constituante de l’humain. Le malheur des Noirs, c’est que leur peau, symbole de leur différence, se voit. L’Etat juif tend à faire la même chose avec les Israéliens, à savoir les rendre différents, en donnant une visibilité à leur différence…
Le recours à l’identitaire se fait d’ailleurs avec des concepts flous qui traversent des cloisons supposées étanches. Invité de Patrick Cohen le 14 juin 2016, Frédéric Martel répond à propos de la tuerie d’Orlando, qu'on ne choisit pas son orientation sexuelle, que c'est comme être juif, ou Noir, qu'on ne choisit pas. Frédéric Martel nous dit donc que l’identité juive est comme la pigmentation de la peau des Noirs, un héritage d’ordre biologique. Mais qu’est-ce qui empêche une personne identifiée comme juive, de choisir de ne plus l’être? Et à l’inverse, de devenir juif par choix, par l’adoption d’un corpus de textes qu’on approuve? L’argument de la mère juive ne garantit qu’administrativement le fait que son enfant est d’elle, simplement parce que la paternité est moins facile à prouver. Ou alors, on reconnaît une filiation d’ordre biologique, qui peut être ensuite instrumentalisée par une idéologie raciale. ..
L’État juif, depuis juillet 2018, ne s’appelle plus « juif ET démocratique »… Avec « démocratique », il n’y avait pas , inscrite dans la loi, l’ambition, dénoncée par Philipp Roth, de vouloir évacuer « la tache » présente  en chacun, inhérente, à demeure, constitutive, qui préexiste à la désobéissance, qui englobe la désobéissance, défie toute explication, toute compréhension. La tache du vivant, en somme. La souillure que les identitaires entreprennent de laver. « Une plaisanterie de barbare et un fantasme de pureté terrifiant », disait l'immense romancier.

 

 

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