Dauphins morts sur les plages. Les chaluts étouffent aussi les animaux à branchies.

La chute de la pression lors de la remontée du chalut provoque une dilatation du gaz enfermé dans la vessie natatoire des poissons. Il arrive souvent que la pression interne qui en résulte fasse éclater la vessie natatoire, ou sortir les yeux de leurs orbites, ou œsophage et l’estomac par la bouche. [

L’émission « Les pieds sur terre » du 03 03 2020, de Sonia Kronlund, traite de l’échouage massif de dauphins sur les côtes atlantiques. En 2017, nous dit-on, on était à 800, et en 2019, on a dépassé la barrière des 1 000 dauphins échoués en l’espace de quelques mois. En 2019, 1 200 carcasses échouées, équivalent à plus de 10 000 animaux morts en mer. À comparer avec les pics plus faibles de la période 2 005 à 2015, où s’échouaient quelque cinq cents dauphins chaque année. Explication ? La nourriture de prédilection des dauphins: l’anchois. Or la pêche à l’anchois a été interdite, pour préserver les stocks, durant cette décennie. Un scientifique a embarqué à La Turballe sur un bateau qui pêche le bar, lequel se nourrit, comme le dauphin, d‘anchois. « Au deuxième trait du chalut, de nuit, quand le chalut est remonté, rapporte-t-il, on voyait une silhouette de dauphin, en fait il y en avait trois. Quand ils sortent du chalut, les animaux sont extrêmement brillants, parce qu’ils sortent de l’eau et on pourrait les croire encore vivants ». Mais ils sont bel et bien morts. Comment ? Blessés ou tués par les engins ? Que nenni. Grâce à une caméra sous marine placée sous le bateau, le biologiste découvre que la caméra filme des animaux déjà morts. Que s’est-il passé ? « On a compris, dit le biologiste, que, de nuit, bars et dauphins venaient chasser la même chose, à savoir les anchois, à l’entrée du chalut. Les dauphins entrent dans la gueule du chalut, se fatiguent à l’entrée, ne retrouvent pas la surface pour aller respirer et finissent par s’asphyxier. On n’a jamais compris pourquoi ils ne retrouvent pas la sortie ».
L’auditeur est ensuite convié à assister oralement à l’autopsie de trois dauphins récupérés entre Noirmoutier et St Hilaire de Riez, de l’espèce de dauphin commun, d’environ 1,70 m de long. Il s’agit de trois femelles adolescentes. Les biologistes constatent des traces particulières sur les poumons. « Un poumon normal est rose, disent-ils, assez homogène, ceux-là sont boursouflés, avec des petites taches rouges qui montrent que des vaisseaux sanguins ont explosé, ce qui corrobore une mort par asphyxie ou par agonie. »
Et de commenter, au moment de l’ouverture : « la ressemblance avec un corps humain est frappante : poumons, cœur, foie, reins, estomac, vessie, ovaires chez les femelles. Tout est là. »
« Tout est là. » Entendons, on a là un parent de l’humain, qui, comme lui, utilise non pas des branchies, mais des poumons, pour respirer. Ce qu’il fait quand il remonte à la surface, où vit l’humain, lequel respire, quant à lui, l’équivalent de quelque dix mètres cubes d’air par jour. Le dauphin devient de ce fait , un cousin proche de l’humain, dépendant du même besoin.
Les humanistes que nous sommes, héritiers du Quattrocento (15è siècle.) cette grande idéologie occidentale où on a voulu élever la figure de l’homme au-dessus du reste du monde et où sont apparus en peinture, le visage et l’autoportrait, reproduit aujourd’hui en photographie, ne peuvent qu’être révoltés, par la mise à mort d’un animal à « visage humain ». De surcroit, avec raison, la mort par asphyxie s’apparentant à une véritable agonie. La révolte a cependant cela de suspect que l’apitoiement est celui d’un humain envers un animal avec lequel il a en partage nombre d’organes, une forme d’anthropocentrisme en somme, laquelle n’amène à s’apitoyer sur le sort des poissons à branchies lors des prises pélagiques, que de façon secondaire.
La mort des poissons à branchies est-elle plus admissible ?
On trouve, sur le site nimo.fr : une description de la pêche au chalut.
Un bateau traîne derrière lui à travers l’eau un énorme filet. Tous les poissons qui y entrent sont poussés par le mouvement de traction en direction de son extrémité en cul-de-sac effilé. Pendant une à quatre heures, les poissons pris sont tirés et pressés les uns contre les autres, avec divers débris et cailloux que ramasse le filet sur le fond : le frottement use leurs écailles et met leurs flancs complètement à vif. La décompression que subissent les poissons devient insoutenable dès lors que leur remontée forcée a lieu depuis une certaine profondeur. La chute de la pression provoque une dilatation du gaz enfermé dans leur vessie natatoire. Il arrive souvent que la pression interne qui en résulte fasse éclater la vessie natatoire, ou sortir les yeux de leurs orbites, ou œsophage et l’estomac par la bouche. […] Les poissons relativement petits sont d’ordinaire déversés sur de la glace pilée ; la plupart y meurent d’étouffement ou écrasés par les couches suivantes.

Poumons ou branchies ? Un faux débat qui en éclipse un autre : chalut ou pas chalut ?

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