Positionnement politique des Juifs orientaux en Israël et en France.

Les Juifs orientaux en Israël votent contre la gauche qui les a méprisés. Il y aurait en France, une tradition judaïque sépharade « qui n’est pas éclairée par les Lumières mais par l’identitaire"., ce qui explique l'absence de critique ou de débat.

Dans un article intitulé « Pourquoi Netanyahu a (presque) gagné, les cinq raisons d’un sursaut »
Dominique Vidal explique le pourquoi du succès de Netanyahu aux dernières élections.
La cinquième raison qu’il décrit concerne les Juifs orientaux, (appelés aussi Séfarades).
« Dans la droite ligne de son maître Menahem Begin, Benyamin Nétanyahou a réussi à associer la majorité des Juifs pauvres à une politique au service des Juifs riches. Il en va ainsi, dira-t-on, de la plupart des populistes parvenus au pouvoir dans la dernière décennie. Sauf qu’en Israël, cette alliance de classes se double d’une mobilisation des Orientaux contre les Ashkénazes. Le vote des premiers pour le Likoud et, plus généralement, pour l’extrême droite continue d’exprimer la haine des Juifs arabes pour le Parti travailliste qui les a, des décennies durant, discriminés et humiliés. Tout cela explique le véritable renversement qui s’est produit sur la longue période : les Travaillistes et le Meretz ont obtenu 7 sièges, contre 24 en 2015 et… 65 en 1949 ! Le bloc droite ultraorthodoxes, lui, a décroché 58 sièges, contre 61 en 2015 et… 14 en 1949…
Le parti travailliste avait, on s’en souvient, comme référence l’ashkénaze, soit le descendant d’Européens, dont la figure iconique était celle du jeune homme de peau blanche, né sur la terre d’Israël , et se « lavant de la maladie juive » de l’exil en labourant , mitraillette Uzi à l’épaule, les terres du kibboutz.

Pour Sylvain Cypel, auteur de « L’Etat d’Israël contre les Juifs », le positionnement politique des Juifs séfarades de France s’explique par ce que nomme Pierre Birnbaum, une « israélisation des Juifs de France. Un phénomène qui explique pourquoi il n’y a pas un mot de la part du CRIF, qui les représente, sur l’adoption de la loi sur l’Etat-nation du peuple juif, celle qui inscrit de manière formelle, la ségrégation ethnique dans le droit « fondamental » du pays. Qui explique pourquoi même le fait que le président Reuven Rivlin exprime son désaccord avec cette loi en termes peu amènes, ne suffit pas, aux yeux des Juifs français organisés, pour les autoriser à exprimer publiquement la moindre critique envers elle, pas plus qu’à ouvrir un débat. Qui explique pourquoi il n'y a aucune réaction à propos des lois « sécuritaires » antidémocratiques, ou lorsque Netanyahu invente la figure du Palestinien comme instigateur de la Shoah, ou quand il intime à son ambassadeur de cesser d’exiger l’arrêt de la campagne antisémite contre Soros en Hongrie. Ou encore quand il invite les Juifs de France à venir s’établir en Israël. Tous ces sujets, dit Sylvain Cypel, ne suscitent pas le moindre débat public.
Pour mieux cerner l’attitude des Juifs de France, l’auteur la compare à celle des Juifs américains.
Pour ces derniers, deux regroupements aux fonctions différentes cohabitent, l’un représente le judaïsme dans sa diversité, l’autre défend les intérêts de l’Etat d’Israël. Aux US, dit Sylvain Cypel, deux regroupements aux fonctions différentes cohabitent : l’un représente le judaïsme dans sa diversité, l’autre défend les intérêts de l’Etat d’Israël. En France, le CRIF réunit les deux fonctions. Formellement il représente le judaïsme français ; de facto, il est d’abord le lobbyiste d’un Etat étranger et se vit comme tel. Il suffit, dit l’auteur, de lire sa lettre quotidienne qui reprend, mot à mot, les éléments de langage de la diplomatie israélienne. Question gestion des affaires communautaires, il y a certes, dit-il, le Fonds social juif unifié, le Consistoire, ou l’Alliance israélite universelle, mais ils ne disposent pas du même impact politique au plan national.
[…] L’un des résultats de cet unanimisme contraint, poursuit Sylvain Cypel, est la baisse spectaculaire de la vie culturelle juive en France. La presse est en effondrement, et les radios autrefois au nombre de quatre, ne sont plus que deux.
[…] L’auteur demande pourquoi des figures importantes de la vie intellectuelle juive aux US peuvent tomber d’accord, sur la simple nécessité démocratique de respecter la légitimité d’un appel au boycott d’Israël, quand cela s’avère impossible en France. Delphine Horvilleur, rabbin réformée, l’explique par le fait que le judaïsme français est l’héritier d’une tradition catholique (le Vatican), et centralisatrice (Napoléon), où dissidence signifie hérésie.
Quand on demande à Sacha Ghozlan, Président des étudiants juifs de France, dit encore l’auteur, si les appels à boycotter l’Espagne franquiste, la Russie soviétique l’Afrique du Sud de l’apartheid étaient légitimes, il répond que oui, mais qu’Israël c’est différent, parce que "ça reste tout de même une démocratie". « Boycott indigne » disait l’expert en dignité Manuel Valls de concert avec nombre de hauts dirigeants français, depuis. (Une « dignité » qui autorisait François Hollande à chanter « La vie en rose » à quelques dizaines de kilomètres de Gaza). Pas de quoi déstabiliser Sylvain Cypel qui demande, tout de go : « Y compris après l’adoption de la loi ségrégationniste sur l’Etat-Nation du peuple juif » ?
L’avocat Arié Alimi, poursuit Sylvain Cypel, privilégie l’explication par les différences entre les Juifs américains, massivement ashkénazes, donc issus d’une tradition héritière des Lumières, et un judaïsme français où s’est aujourd’hui culturellement imposée une tradition judaïque sépharade « qui n’est pas éclairée par les Lumières mais par l’identitaire », en d’autres mots, par l’entre-soi ethnique… Et ajoute l’auteur, par la couardise, en l’occurrence la crainte d’être pris dans l’étau de l’équation antisionisme/antisémitisme, et d’être exclu de l’entre-soi en question.».

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