Brexit: le désordre, ça suffit !

En octobre 2018, alors que le Conseil européen prenait acte d’un nouvel échec dans les négociations sur le Brexit, Valéry Giscard d’Estaing avait critiqué l’attitude indécise des 27. Il avait déclaré : « Ils partent et deux mois après on ouvre une négociation sur les rapports entre l’Union européenne et la Grande-Bretagne. (…) Il ne faut pas prolonger le désordre. Le désordre, ça suffit ! ».



Un an plus tard, alors que deux accords ont été trouvés, l’un avec Theresa May en novembre 2018, l’autre avec Boris Johnson tout récemment, nous en sommes exactement au même point : les parlementaires britanniques savonnent systématiquement la planche sur laquelle prend appui leur Premier Ministre. Les Britanniques mesurent ainsi l’inconvénient d’avoir une Constitution non écrite, une Constitution qui laisse ouverte la possibilité de voter n’importe quel texte à n’importe quel moment et qui rend très difficile la sortie de crise. La démocratie représentative affronte en quelque sorte la démocratie directe. D’un côté, le peuple se prononce clairement en faveur du Brexit (51,9%), de l’autre des parlementaires hostiles à cette décision ne cessent de voter des textes pour faire obstacle au vote du peuple britannique.

Lors du débat aux Communes, samedi 19 octobre, on a pu observer à quel point la coalition des opposants au Brexit était hétéroclite. Dans un même élan, le Labour, les conservateurs dissidents, les Ecossais, les Irlandais du DUP, des libéraux et des indépendants, tous se retrouvaient unis, sous les prétextes les plus divers, pour faire obstacle au Brexit.

Dans ce climat délétère qui ne fait honneur ni à la démocratie, ni à l’Europe, Boris Johnson a prononcé un excellent discours dans lequel il a insisté à plusieurs reprises sur le fait que la sortie de l’Union européenne n’était pas la sortie de l’Europe. Son discours n’était pas celui d’un dirigeant qui claque la porte de l’Union européenne, mais celui d’un dirigeant qui s’apprête à construire une relation sur de nouvelles bases. Comment en serait-il d’ailleurs autrement puisque le Royaume Uni a été notre très solide allié tout au long du vingtième siècle et qu’il est le seul pays, avec le nôtre, qui ait une défense qui compte en Europe ?

Les dirigeants de l’Union européenne sont aujourd’hui, une fois de plus, au pied du mur. Ils doivent réagir très vite. La demande de prorogation des parlementaires britanniques, car c’est bien de cela qu’il s’agit, n’a qu’un objet : continuer la guerre d’usure pour faire échec au Brexit. Cette fois, il faut vraiment que les 27 ne cèdent pas, comme en mai dernier, à la tentation d’un nouveau report par facilité ou, pire, avec le rêve non avoué de faire échouer le Brexit. Les parlementaires anglais ont en effet quelques alliés à Bruxelles et dans certaines capitales européennes ce qui ne facilite pas l'avancée des négociations.

La réaction de Valéry Giscard d’Estaing voici un an était la bonne : le Royaume Uni doit partir, accord ou pas accord, et les dirigeants européens engageront ensuite des discussions sur les relations futures. Depuis trois ans, les 27 ont fait preuve de beaucoup de patience et de respect pour le Royaume Uni. Dans le dernier accord, des concessions importantes ont été faites par les 27 puisque le Royaume-Uni sortira immédiatement de l’Union douanière ce qui lui permettra de retrouver sa liberté en matière commerciale avec les pays tiers. Par ailleurs, l’Irlande du Nord fera partie de l’Union douanière britannique et non pas de l’Union douanière européenne. Cette fois, l’accord consacre donc un vrai Brexit. L’équipe de Michel Barnier a même réussi un tour de force, trouver un chemin pour résoudre un problème en apparence insoluble : comment éviter de rétablir une frontière dure entre l’Irlande du Nord et la République irlandaise alors que l’Irlande du Nord sort de l’Union…
Après la politique de la main tendue, les 27 doivent désormais refuser toute prorogation et le faire savoir très vite. Plus vite ils afficheront leur fermeté, plus les chances de Boris Johnson seront grandes de faire voter l’accord Barnier d’ici le 31 octobre. Mais, dans l’immédiat, le désordre créé par la coalition des « esprits qui nient tout », comme disait De Gaulle en citant Goethe, ça suffit !

 

 

 

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