Fièvre du bitcoin : mais que fait donc la police (financière) ? par Joseph Leddet

Créée en 2008 la « crypto-monnaie » bitcoin, initialement émise au cours de 10 centimes de dollar, vient de frôler les 20 000 dollars, soit un multiplicateur de 200 000 en moins de dix ans !

Qui plus est, le bitcoin vient d'être officiellement coté sur le marché à terme de Chicago (CBOT), et Christine Lagarde, directrice générale du FMI, a récemment déclaré que les crypto-monnaies avaient autant d'avenir qu'Internet, et qu'elles pourraient remettre en cause les banques centrales, les banques commerciales ainsi que les monnaies nationales.

En pratique, le bitcoin (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bitcoin) repose essentiellement sur son mode de fabrication et de gestion des échanges, à savoir le principe de la « blockchain » pour sécuriser les transactions, à l'aide d'un réseau de dizaines de milliers d'ordinateurs individuels, chargés de faire du « mining » au travers d'algorithmes lourds en calcul, et dont certains peuvent se voir attribuer chaque semaine au total quelques milliers d'unités gratuites. Ce qui fait sa valeur, c'est donc la consommation d'énergie électrique nécessaire à son « fonctionnement », consommation aujourd'hui équivalente à celle d'un pays comme l'Irlande.

Avec un volume statutairement limité à 21 millions d'unités, sachant que 19 millions ont déjà été émis, le bitcoin représente au cours actuel une capitalisation de 250 milliards de dollars, soit le PIB du Portugal. Et il intéresse les établissements financiers et les plateformes qui le traitent, à cause des frais de courtage générés, de la même manière que le trading haute fréquence : à quand un coup d'arrêt à ce type d'aberration financière ?

Concrètement, les grandes banques centrales n'auraient qu'un mot à dire pour que le bitcoin retombe en quelques semaines vers ses cotations d'origine. Et dans la foulée il serait bon que les Etats reprennent le contrôle des marchés financiers, en mettant fin à l'indépendance des banques centrales (ce qui est déjà plus ou moins le cas sauf pour la BCE) et en renationalisant tous les organismes boursiers, que leur statut d'entreprises privées expose aux pires des dérives. 1)

Joseph Leddet est éditeur de la Gazette des Changes

1) Note de Jean-Paul Baquiast

Comme l'indique Joseph Leddet, ceux qui profitent du bitcoin ne paient pas un euro pour rembourser la facture en consommation d'heures de réseaux et de calculs qu'ils mobilisent. Ils en laissent allègrement la charge aux Etats et Fournisseurs de service. On retrouve là un phénomène que nous avions signalé à propos d'Amazon. Les milliards de profits de cette entreprise tiennent essentiellement à l'utilisation gratuite des réseaux internet et des réseaux physiques permettant de délivrer leurs achats au plus proche des clients. Ce sont là encore les Etats et les fournisseurs de service qui financent ces infrastructures.

Concernant le bitcoin, les experts ont avec raison expliqué l'intérêt des auteurs d'activités criminelles pour ce moyen de paiement. Mais il faudrait aller plus loin. C'est-à-dire se demander quel intérêt y trouve l'étroite minorité des super-riches qui semble-t-il, s'en servent de plus en plus pour procéder à des transactions échappant à tout contrôle fiscal. Les Etats évoqués par Joseph Leddet, sous la pression des super-riches, préfèrent fermer les yeux sur le bitcoin comme ils les ferment sur les paradis fiscaux.

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