Rencontre Vladimir Poutine-Roi Salman à Moscou

Connaissant le soutien indéfectible que l'Arabie saoudite accorde aux terroristes sunnistes de par le monde, certains naïfs se sont étonnés de voir Vladimir Poutine recevoir à Moscou le 5/10/2017 le roi d'Arabie Salman bin Abdulaziz Al Saoud.

Ni l'un ni l'autre ne pouvaient ignorer que l'organisation Etat islamique ou ses diverses versions, bien en cour à Riyad, visent plus que jamais, suite à leurs échecs en Syrie, à faire pénétrer le terrorisme en Russie même, sans mentionner les Etats voisins dits du Stan.

Les alliés de la Russie, notamment en Syrie et en Iran, se sont sans doute aussi inquiétés de ce rapprochement, mais nul n'en a rien su. Tout se passe comme si Vladimir Poutine, devenu le "nouveau maître du Moyen Orient", pouvait tout se permettre. Aujourd'hui, à la lumière des importants accords économique entre la Russie et l'Arabie saoudite, on peut en effet penser que celle dernière veillera désormais à ne pas s'opposer aux stratégies de Moscou dans la région. Elle pourrait même les favoriser. Le Royaume ne peut plus désormais compter sur un appui systématique de Washington. Donald Trump, qui s'est ouvert de nombreux fronts, notamment en Corée et en Asie du sud-est, face à la Chine, a sans doute d'autres priorités compte-tenu des difficultés qu'il rencontre.

Nous ne reviendrons pas ici en détail sur les accords russo-saoudiens. Ils visent en priorité à coordonner les politiques d'extraction et vente de produits pétroliers. Mais ils ont d'autres objectifs stratégiques, , notamment la mise en place d'un Fonds commun d'investissement d'1 milliards de dollars de recherche dans les industries pétrolières et du gaz naturel. Au delà de cette coopération, les accords prévoient une coopération dans l'industrie nucléaire, l'agriculture, les technologies de l'information notamment. L'Arabie devrait investir 10 milliards en Russie dans ces domaines. En retour elle bénéficiera d'une coopération scientifique de la Russie, visant à l'aider à combler ses retards.

Là encore, on pourra s'inquiéter de voir l'Arabie se donner grâce à la Russie une compétence dans les technologie nucléaires. Du nucléaire civil au nucléaire militaire, il n'y a qu'un pas. Cependant on peut penser que les experts russes veilleront à ne pas donner trop de savoir faire à leurs futurs élèves saoudiens.

La Russie vise en fait à bénéficier des réserves en dollars dont dispose le Royaume. Celles-ci lui permettront de compenser l'effet des « sanctions » que Washington persiste à vouloir lui infliger. Ainsi dans l'immédiat, elle pourra vendre à l'Arabie, selon les termes des accords, des missiles sol-air russe S-400. L'exportateur d'armes Rosoboronexport devrait aussi lui procurer des systèmes Kornet-EM , TOS-1A, AGS-30 et Kalashnikov AK-103. Une partie de leur production pourrait être localisée en Arabie.

Que fera l'Arabie de tous ces matériels. Poursuivra-t-elle sa guerre au Yemen? A qui d'autres prendrait-elle le risque de s'attaquer? Manifestement, Vladimir Poutine considère que rien de nouveau n'en découlera, alors par exemple que les Etats-Unis sont et resteront les plus gros vendeurs d'armes à l'Arabie. Il se donnera seulement des moyens de pression sur Riyad, en tant que « nouveau maître du Moyen -Orient », pour que le Royaume lui fasse allégeance.

Les Israéliens, les Turcs, les Egyptiens et les Jordaniens ont suivi le même chemin, ou le feront prochainement.

 

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