Libération de Deir Ezzor. Perspectives pour l'EI

Aux alentours du 5 septembre 2017, l'armée syrienne de Bashar al Assad a réussi à briser le siège de l'Etat Islamique (EI) autour de la ville de Deir Ezzor et de sa garnison. Ce siège avait été mis lors de l'avancée de l'EI en 2014.

Les observateurs pronostiquaient une chute rapide de la garnison de 4.500 hommes, mais celle-ci a résisté d'une façon qu'il faut bien qualifier d'héroïque. Les habitants de la ville étaient pour leur part partagés entre sympathie pour l'EI et volonté de s'en libérer.

L'armée syrienne avait entrepris une marche de 700 km pour la reconquête de Deir Ezzor il y a 6 mois, depuis Alep et Palmyre elles-mêmes libérées. Deir Ezzor n'est pas entièrement reprise aux islamistes, qui demeurent retranchés dans de nombreux quartiers, prenant la population en otage et apparemment décidés à une lutte à mort. Mais l'essentiel semble fait puisque la garnison assiégée a pu être jointe et ravitaillée.

Deir Ezzor contrôle une zone de champs pétrolifères qui la rendait stratégique pour l'EI et que convoitent désormais les Américains. Ceux-ci visent également à s'installer dans la ville, à partir de la coalition américano-kurdo-arabe qu'ils ont mis en place pour ne pas laisser à Assad la possibilité de reprendre la totalité du territoire syrien conquis par l'EI. On se souviendra qu'en septembre 2016 une attaque aérienne américaine massive sur une position syrienne proche de Deir Ezzor avait visé à retarder l'avance syrienne et avait en conséquence permis à l'EI de reprendre une partie du terrain perdu. L'objectif en était d'empêcher l'accès russo-syrien aux ressources pétrolières.

Mais ce plan n'a pas réussi. Les forces syriennes ont été soutenues dans leur marche vers Deir Ezzor par des « forces spéciales » russes, des contingents iraniens ainsi que provenant du Hezbollah chiite et diverses milices. L'aviation russe est intervenue fréquemment en avant de l'offensive syrienne. De même, la marine russe a tiré des missiles de croisière contre les positions de l'EI.

Ceci dit, il faudra encore des semaines de combats de rue pour éliminer totalement l'EI des quartiers de la ville qu'il tient encore.

Pour la suite de la campagne, l'on ne sait encore si l'armée syrienne va traverser l'Euphrate à Deir Ezzor pour mettre la main sur les champs pétrolifères à l'est de la ville. Au contraire, pour ne pas affronter directement les Américains et leurs alliés, restera-t-elle au sud de celle-ci, laissant le champ libre aux forces kurdo-américaines. Tout dépendra sans doute des futurs rapports entre Donald Trump et le Kremlin.

Dans l'immédiat, il est certain que des exodes importants de combattants islamiques en provenance de Deir Ezzor se produiront vers le reste du Moyen Orient, la Russie et l'Europe. La bête n'est pas morte.Il ne faudrait  pas que les Américains, pour réaffirmer leur présence, la soutiennent discrètement, comme il apparait qu'ils l'avaient toujours fait. 

* Ajoutons que Israël voit avec une grande inquiétude ce succès de Bashar al Assad et de ses alliés. On lira à ce sujet un article de Consortium News https://consortiumnews.com/2017/09/01/the-reasons-for-netanyahus-panic/

Note

Pour voir une carte, cf l'original de cet article à
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=2680&r_id=&t=Lib%E9ration%20de%20Deir%20Ezzor.%20Perspectives%20pour%20l%27EI



 

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