L'Union européenne va-t-elle s'effondrer ?

Cette perspective est de plus en plus évoquée à l'approche des élections européennes des 23-26 mai. Celles-ci vont nécessairement donner la parole à un nombre croissant de partis eurosceptiques. Certains sont tellement eurosceptiques qu'ils recommandent déjà une sortie de l'Union Européenne (UE) à l'exemple du Brexit britannique.

D'autres, s'ils accèdent à une représentation au sein du Parlement européen, ne feront certainement rien pour encourager le développement de l'UE, ni même faciliter son simple fonctionnement. On peut penser que ce sera le cas en France du Rassemblement National de Marine Le Pen.

Les premiers à s'en alarmer sont les intérêts euro-américanisés. Pour eux l'UE doit continuer servir de plateforme pour aider les multinationales américaines à étendre leur emprise sur les économies des Etats européens, aux dépends des intérêts économiques de chacun de ces Etats. Par ailleurs, au plan militaire, comme nul n'en ignore, l'UE, à travers notamment l'Otan et les achats de matériels de guerre américain, a toujours constitué pour les Etats-Unis un outil destiné à affaiblir la Russie. Si, conformément aux volontés d'un nombre croissant d'Etats ne voulant pas faire seuls les frais de cette guerre larvée, des députés européens que l'on pourrait qualifier de neutralistes ou pacifistes accédaient au Parlement de Strasbourg, ceci serait ressenti comme une défaite cuisante par Washington et le Pentagone.

Mais les craintes des euro-américains vont plus loin. Ils pressentent un éclatement à proprement parler de l'UE, chaque Etat reprenant son indépendance. Ils évoquent le sort de l'URSS en 1989-91. Dans ce cas, chacun des membres de l'UE déciderait seul de sa politique internationale et de la place à tenir entre les Etats-Unis et la Russie. Beaucoup ne seraient pas prêts à affaiblir leur alliance avec Washington, mais un certain nombre d'entre eux pourraient décider de jouer le rôle d'une puissance intermédiaire entre les deux grandes puissances, Etats-Unis et Russie. Autrement dit, ils ne suivraient plus aveuglément les consignes stratégiques américaines.

Certains pourraient même décider de se rapprocher économiquement de la Russie et du Brics. L'arrivée prochaine en Europe de l'OBOR (One Belt, One Road) ou Nouvelle Route de la Soie d'initiative chinoise, sera en ce sens une puissante incitation du fait des perspectives considérables de coopération économique qu'elle ouvrira entre intérêts européens et asiatiques. Il est certain qu'une UE restant au service des intérêts américains ne fera rien pour faciliter cette ouverture.

Aussi un nombre croissant de personnages ayant acquis une certaine importance politique, tel le milliardaire George Soros, manifestent désormais leur inquiétude. Dans une interview au Financial Times (non accessible sans abonnement), George Soros s'alarme du fait que la nationalisme, tel qu'il est selon lui porté par Moscou, soit désormais «l'idéologie dominante dans le monde», tandis que l'UE «s'effondre». George Soros, malgré son âge, reste à la tête de la fondation Open Society (OSF) intervenant dans la vie politique de nombreux pays, notamment en finançant des ONG pro-européennes ou recommandant une large ouverture à l'immigration. Il vient d'être décrété, dans des conditions discutables, « personnalité de l'année ».

Le fait qu'un homme tel que George Soros craigne désormais un « effondrement » de l'UE, sera pour beaucoup de citoyens européens, notamment à l'occasion des prochaines élections, un argument de plus pour militer en faveur d'un « retour au nationalisme ».

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.