Deux TU 160 russes au Venezuela

L'on sait, car l'événement a été abondamment commenté dans les médias occidentaux, que deux bombardiers stratégiques russes Tupolev TU-160 baptisé du nom aimable de "Cygne blanc" appartenant à l'armée de l'air russe, avaient atterri lundi 10 décembre 2018 à l'aéroport de Maiquetia, près de Caracas, la capitale vénézuélienne, provoquant la colère de Washington.

Les TU-160 étaient escortés par deux appareils à longue autonomie, peut-être des ravitailleurs.

Le TU-160 est un appareil de conception ancienne, Sa première mise en service date de 1987. C'était à l'époque un appareil innovant, doté malgré sa taille d'ailes à géométrie variable. Sans rival de ce type aujourd'hui encore, sa masse maximale au décollage en fait le plus gros avion supersonique au monde et le plus lourd avion de combat. Il peut parcourir plus de 12.000 kilomètres sans être ravitaillé. Il peut évidement emmener des bombes thermonucléaire ainsi que des missiles stratégiques.

On peut douter de son intérêt pour la Russie à l'ère des missiles hypersoniques. Cependant il peut transporter un important effectif de personnels et servir à des missions militaire de portée modeste. C'est également un excellent outil de démonstration, d'entraînement et de relations diplomatiques dans les pays alliés, comme aujourd'hui au Venezuela.

Les deux avions ont parcouru plus de 10.000 kilomètres sans escale pour gagner le Venezuela.Ils auraient pu être facilement abattus par des missiles sol-air américains tirés des côtes ou à partir d'un destroyer porte-missiles, mais cela aurait été un acte de guerre caractérisé, ces deux avions n'ayant en rien pénétré dans l'espace militaire aérien américain.

L'événement n'est pas nouveau puisqu'en deux occasions ces dix dernières années, des appareils de ce type avaient déjà fait escale au Venezuela.

Une base russe ?

Pourquoi alors l'indignation de l'appareil politique américain, alors que le monde entier connaît le nombre de bases militaires américaines dans le monde et notamment près de la frontière russe, bases dont l'entretien exige des milliers de vols transatlantiques ou traversant l'espace aérien des Européens ?

La raison en apparaît évidente. Washington craint que ce vol de reconnaissance ne prépare la mise en place d'une base militaire russe au Venezuela, sinon dans d'autres pays du continent américain volontaires pour les accueillir, ou à Cuba. Cette mise en place nécessiterait, a-t-il été calculé, plus de 50 vols de gros porteurs pour apporter sur place les équipements nécessaires. Pour le moment, la Russie n'a pas semblé prête à accepter cet effort, mais si la relation avec les Etats-Unis se tendait, faisant craindre un futur conflit, peut-être le ferait-elle.

Il faut rappeler par ailleurs que le président vénézuélien Nicolas Maduro constamment menacé d'offensives militaires américaines, serait certainement rassuré d'héberger une base russe. Les Etats-Unis, sauf à provoquer une guerre mondiale, n'oseraient pas l'attaquer. Peut-être s'était-il entretenu de cette perspective avec Vladimir Poutine lors de leur entrevue récente à Moscou.

* Sur le TU-160 voir
https://fr.wikipedia.org/wiki/Tupolev_Tu-160

 

 

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