Fausse alerte au missile à Hawaii. Questions

Samedi 13 janvier, les habitants d'Hawaï, un Etat américain du Pacifique, ont reçu une fausse alerte du système Amber Alert sur leurs téléphones portables leur annonçant l'arrivée imminente d'un missile balistique. Il en est résulté des mouvements de panique. Celle-ci ne s'est calmée qu'à la réception 40 minutes plus tard après d'un message annulant l'alerte.

 

Cependant quelques minutes après l'alerte, le gouverneur de Hawaï David Ige et l'agence locale de gestion des événements d'urgence (EMA) ont chacun assuré que l'ile n'était pas menacée par un missile. Le porte-parole du centre de commandement militaire américain pour la zone pacifique a également affirmé que le centre n'avait «détecté aucune menace de missile balistique sur Hawaï». L'alerte a été ensuite imputée à une erreur de manipulation d'un employé du service d'alerte.

Il faut rappeler que, à plusieurs occasions, le président nord-coréen Kim Jung-Un avait prévenu qu'il faisait développer un missile intercontinental à tête nucléaire susceptible de frapper les Etats américains de la côte Pacifique, et en priorité Hawaii. Mais il avait toujours affirmé qu'il ne procéderait jamais à une première frappe. Le tir n'aurait lieu qu'en représailles à une attaque américaine.

Donald Trump avait toujours affirmé de son côté qu'il n'hésiterait pas à attaquer la Corée du Nord en première frappe, si celle-ci poursuivait son programme d'équipement en missiles et bombes. Les Hawaiiens pouvaient donc légitimement penser que Trump avait décidé, sans prévenir personne, de bombarder Pyongyang et que celui-ci ripostait.

Ce que l'on a nommé depuis un « incident » n'a guère été commenté dans les médias occidentaux, une fois diffusé abondamment les images de panique et confusion. Seul à notre connaissance le World Socialist Web Site a pris l'affaire très au sérieux, y voyant un signal très inquiétant de ce qui se passerait à l'annonce d'une attaque réelle de missile.

Dans un article du 15 janvier, cité en référence et obligeamment traduit par le site Dedefensa, le WSWS pose les questions suivantes:

Quelle a été la réaction en Russie, en Chine et en Corée du Nord à l'annonce diffusée dans le monde entier qu'une alerte aux missiles balistiques avait été déclarée dans un État américain ? Y a-t-il eu des contacts entre Washington, Pékin et Moscou ? Des ordres ont-ils été donnés pour se préparer aux représailles nucléaires américaines anticipées contre Pyongyang ? Les forces nucléaires de ces pays ont-elles été mises alerte pour une action immédiate ?

Il y a d'autres questions. Si une telle “erreur” avait lieu dans un service ou une agence militaire impliquée dans la chaîne de commandement des opérations nucléaires, plutôt que dans le service civil de l'Agence de Gestion des Urgences, combien de temps s'écoulerait-il avant que des missiles américains doivent être lancés vers la Corée du Nord en “représailles” pour l'attaque supposée sur le sol américain ? Si un incident similaire se produisait en Russie ou en Corée du Nord, quelle serait la réaction des États-Unis à une telle alerte ?

Les événements d'Hawaï montrent à quoi ressembleraient les premières minutes d'une guerre nucléaire. Malgré les fanfaronnades de la Maison Blanche, du Pentagone et des médias, l'annonce d'un tir de missile(s) conduirait immédiatement à la panique et à une dégradation générale de la société. Un pays dont l'infrastructure ne peut supporter une tempête de neige ne pourrait guère faire face à la gestion d'une attaque nucléaire, dès ses débuts.

Nous pensons pour notre part que ces questions sont très pertinentes. Mais peut-être faudrait-il y ajouter quelques réflexions supplémentaires. Donald Trump, et derrière lui une majorité des partis Démocrates et Républicains, ainsi que ce que l'on connait du complexe militaro-industriel, sont en train, dans l'indifférence générale des opinions publiques, de mener le monde à sa destruction par une guerre nucléaire totale.

La nouvelle stratégie nucléaire américaine

Nous avions indiqué dans notre article du 12 janvier, Guerre nucléaire. La menace américaine se précise http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=2857&r_id=&t=Guerre%20nucl%E9aire.%20La%20menace%20am%E9ricaine%20se%20pr%E9cise  que la stratégie nucléaire américaine définie par la toute récente Nuclear Posture Review (NPR), est particulièrement inquiétante. Selon ce document, le Pentagone a décidé de développer de petites armes nucléaires facilement utilisables. Il autorisera leur emploi même en cas de conflit conventionnel, c'est-à-dire n'utilisant pas l'arme atomique.

Comme ceux-ci sont nombreux aujourd'hui, généralement provoqués par les Américains, comme en Ukraine ou au Moyen-Orient, et faisant appel à des forces spéciales de l'armée américaine, il est facile d'en déduire qu'à tout moment celle-ci pourrait recourir à l'emploi d'une arme nucléaire, fut-elle de petite taille.

Plus immédiatement, l'incident de Hawaii montre que l'emploi de cette arme pourrait être décidé sans enquête préalable, à la suite d'une erreur toujours possible d'un individu échappant aux procédures mises en place, en principe, pour prévenir de tels « incidents ».

L'évènement déclencherait à juste titre, en attente d'une éventuelle riposte de la Corée du Nord, de la Chine et de la Russie, une panique mondiale paralysant sans doute très longtemps, et mortellement, l'Europe et les Etats-Unis, sans mentionner les autres Etats.

Il est clair, comme Moscou et Pékin, sans mentionner Pyongyang, semblent prêts à le faire, que les Etats européens devraient décider de leur côté, et sans attendre, d'intervenir au plus haut niveau pour calmer Donald Trump et ceux qui le poussent à la guerre.

Référence

http://www.wsws.org/en/articles/2018/01/15/pers-j15.html

 

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