Il y a-t-il un risque de guerre majeure au Moyen-Orient?

Certains observateurs évoquent à propos des affrontements récents entre le Hamas et Israël, ayant fait des victimes de part et d'autres, le risque d'une guerre majeure, le terme pouvant signifier éventuellement une guerre mondiale entre les Etats-Unis et la Russie.

 

Les choses n'en sont pas encore là. Cependant il y a des raisons de s'inquiéter. Le Hamas est un mouvement de résistance palestinien s'opposant à ce qu'il nomme la conquête par Israël de la Palestine et plus particulièrement de la bande de Gaza. Le Hamas ou Harakat al-Muqawama al-islamiya qui signifie Mouvement de la résistance islamique, est sunnite et appartient historiquement à la mouvance des Frères musulmans, dont il se sépare en 1987. En effet, dans les années 1980, alors que certains parmi les Frères  ne souhaitaient pas que le mouvement se politise, d'autres voulant agir militairement contre Israël. C'était notamment l'orientation prônée par le cheikh Ahmed Yacine, l'un des fondateur du Hamas et chef spirituel du mouvement. En 1987, dans le contexte de la première Intifada, le Hamas s'est implanté dans la Bande de Gaza. On notera qu'aujourd'hui, trois mouvements de résistance agissent en coordination sous le nom de Hamas.

Rappelons que les 7 et 8 novembre 2018, l'aviation israélienne avait frappé plus de 150 objectifs dans la bande de Gaza, censés abriter des nœuds de résistance du Hamas. Celui-ci avait tiré un centaines de roquettes vers le territoire israélien, dont plusieurs y avait pénétré en profondeur. Un autobus avait été atteint et avait pris feu. Les roquettes avaient été vraisemblablement fournies par l'Iran. Selon le porte-parole de l'armée israélienne, les tirs avaient blessé une dizaine d'Israéliens. Les bombardements conduits en représailles par l'aviation israélienne sont unanimement décrits comme les plus violents depuis la guerre de l'été 2014.

Ces événements se comprennent mieux à la lumière de la guerre larvée qui oppose aujourd'hui l'axe dit chiite, Hezbollah, Iran et Syrie soutenu par la Russie, comprenant désormais la Turquie, et un axe sunnite, dont le principal acteur est l'Arabie saoudite et les principaux soutiens se trouvent à Washington et dans les Etats européens. Sans l'avoir explicitement déclaré, Israël s'était depuis longtemps rangé de ce dernier côté, s'estimant ainsi mieux protégé contre les mouvements arabes d'origine palestinienne ayant entrepris, au moins à ses frontières, une « grande marche de reconquête » qui en cas de succès, amputerait l'Etat hébreu de la plus grande partie de son territoire.

Aujourd'hui, la réaction particulièrement violente d'Israël s'explique par le fait que certaines des roquettes tirées par le Hamas avaient traversé sans être détruites le « dôme de fer » https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%B4me_de_fer censé protéger le territoire israélien. En fait, malgré les bons services de renseignement israéliens, il semble que ceux-ci ne savent plus exactement aujourd'hui de quelles forces disposent les mouvements palestiniens de Gaza. La situation deviendrait très difficile si ces derniers recevaient une aide militaire massive de l'axe chiite évoqué ci-dessus.

Cependant la forte présence des lobbies juifs (certains préfèrent le terme de lobbies sionnistes) dans les Etats occidentaux ainsi qu'en Russie, dont on peut penser qu'ils inspirent une grande partie des décisions politiques et militaires au Moyen-Orient, devrait rassurer Tel Aviv. Jamais les grandes puissances ne laisseraient mettre sérieusement en danger l'Etat israélien . On peut penser que si le Hamas persistait à vouloir combattre de différentes façons Israël, il susciterait une opposition militaire déterminée de ces puissances, y compris de la Russie. Binjamin Netanyhaou le sait.

Mais la prudence devrait lui conseiller de ne pas abuser de ce soutien. Il serait notamment vain pour lui de tenter de reconquérir militairement la bande de Gaza et la Palestine dite « occupée ».

 

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