Fin de la neutralité de l'Internet

La Commission Fédérale des Communications (FCC) a voté le 14/12/2017 l'abrogation des règles qui, au nom du principe dit de la neutralité du Net, obligeaient les Fournisseurs d'Accès à Internet américains (FAI) à réserver un traitement identique à toutes les données circulant sur Internet et qui leur interdisaient de limiter ou bloquer l'accès à certains sites et services du web.

 Elles interdisaient aussi aux FAI de faire payer plus cher aux utilisateurs un accès plus rapide à certains sites et services, notamment ceux qu'ils offraient. Elles leur interdisaient aussi de bloquer l'accès à certains sites ou à un certain type de contenus.

Le président de la FCC, un certain Ajit Pai, a déclaré pour défendre son texte.« Il est temps pour Internet d'être à nouveau piloté par les ingénieurs, les entrepreneurs et les consommateurs, plutôt que par les avocats, les comptables et les bureaucrates. Il est temps pour nous d'apporter un meilleur accès à Internet, plus rapide et moins cher, à tous les Américains. (...) Il est temps pour nous de restaurer la liberté d'Internet. ».

Les réglementations américaines ne s'appliquent pas en principe à des acteurs non américains, en dehors du territoire des Etats-Unis. Mais il ne faut pas se faire d'illusion. Vu l'omniprésence des FAI américains dans l'ensemble du monde, il est quasiment certain que ceux-ci imposeront partout les règles qu'ils auront retenues pour leur propre bénéfice. Les entreprises européennes du secteur ne pourront pas survivre longtemps si elles n'appliquent pas les règles en vigueur aux Etats-Unis.

Il faut observer aussi que derrière les FAI, ce sont les Etats qui imposeront leurs critères de sélection. Très vite, ils n'hésiteront pas à favoriser, comme ils le font déjà dans le domaine des médias, les sites et auteurs dociles, ceux dits mainstream aux USA. De même ils pourront faire interdire l'accès à ceux dont l'orientation politique leur déplaît.

C'est ainsi que depuis quelques mois, le site socialiste international dit World Socialist Web Site, s'est vu interdire de figurer dans les moteurs de recherche américains. Tous les articles en provenant ou même mentionnant son nom sont devenus introuvables par les utilisateurs ne se référant pas directement à l'adresse http://www.wsws.org/.

Il n'y a aucune raison pour qu'aux Etats-Unis tous les sites dits alternatifs ne subissent pas le même sort. Nous perdrons ainsi en ce qui nous concerne, à notre modeste niveau, l'accès à des sources précieuses d'information, que nous consultons sans pour autant prendre au pied de la lettre tout ce que nous trouvons.

Il est très probable qu'en Russie et surtout en Chine des censures politiques de cette nature soient monnaie courante. Les citoyens européens se laisseront-ils à leur tour embrigader par les FAI et les Etats ?

La question du terrorisme islamique

Beaucoup de personnes voudraient aujourd'hui que les Pouvoirs Publics imposent aux FAI des mesures destinées à contrôler les interventions d'individus sur les « réseaux sociaux » qui sont de véritables appels à la haine. Profitant de l'anonymat, en effet, un nombre de plus en plus considérable d'échanges donnent la parole à des pulsions asociales voire mortifères qui sont sans doute présentes chez beaucoup mais dont l'expression publique est réprimée.

Nous pensons pour notre part que faire des FAI, et derrière eux les Etats, les gardiens d'une morale commune serait très dangereux, car cela permettrait aux forces les plus conservatrices de réprimer toute critique de l'ordre social existant, même si celui-ci se révèle attentatoire à la liberté d'expression indispensable en démocratie. De plus, le bon sens dit que si certains sont scandalisés par les messages agressifs circulant sur Internet, rien ne les oblige à les lire. D'autres sujets plus utiles méritent leur attention.

Par contre, la prolifération actuelle de messages islamistes appelant au djihad est beaucoup plus inquiétante. Ceux-ci peuvent jouer un rôle dans le basculement d'un certain nombre de jeunes gens, y compris dans les classes moyennes métropolitaines non musulmanes, vers des comportements terroristes. Les FAI peuvent-ils assurer une police préventive en éliminant a priori les appels au djihadisme?

Ce serait sans doute souhaitable, mais pour notre part nous pensons que cette fonction serait pratiquement impossible à mener à bien. Faute de « censeurs humains » dont le nombre deviendrait vite insuffisant, elle nécessiterait la mise en place d'algorithmes intelligents préventifs capables de distinguer entre ce que l'ordre public doit réprimer et ce qu'il peut tolérer. Or concevoir ces algorithmes sera très difficile. Il faudra déterminer les images ou propos qu'ils devront détecter. Il faudra constamment les mettre à jour compte tenu des réactions défensives des internationales terroristes. Et comment s'assurer que sous prétexte de prévention d'une propagande djihadiste, d'autres objectifs moins nobles ne seraient pas poursuivis?

 


 

 

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