Pleins pouvoirs à Erdogan. Un succès pour l'islamisme

Le succès de Recep Tayeb Erdogan au référendum du 16 avril qu'il avait provoqué pour obtenir les pleins pouvoirs sera apprécié différemment.

 

Pour Moscou, Erdogan reste un allié non négligeable dans la lutte contre un terrorisme islamique qui s'étend aux frontières turques de la Russie. On peut penser que Donald Trump prendra garde à conserver de bonnes relations avec un pays où notamment les investissements américains sont considérables.

Par contre pour les 45% de citoyens turcs occidentalisés ou de kurdes qui se sont opposés à Erdogan, l'avenir est sombre. Bien que les prisons soient déjà très remplies, de nouvelles prisons ou centres de détention prendront le relais.

Pour les européens, il en sera un peu de même. La volonté affirmée par le nouveau dictateur en puissance de faire de la Turquie un pays non plus laïque ou « islamiste modéré » mais profondément islamique et islamisé là où il ne l'est pas encore, sera ressentie comme une mauvaise nouvelle. On oubliera difficilement les aides diverses que Erdogan a apporté aux terroristes de Daesh, tant dans leurs entreprises visant à renverser Bashar al Assad, que dans les facilités encore données aux représentants de Daesh pour préparer des attentats en Europe même.

On ne pourra pas oublier non plus qu'Erdogan, ayant accepté momentanément d'héberger plus de 3 millions de migrants du Moyen-Orient parmi lesquels nécessairement un certain nombre de terroristes en puissance, utilisera en permanence la menace de relâcher cette bombe contre les pays européens si ceux-ci n'accèdent pas à ses futurs chantages.

Les économies qui comme notamment l'Allemagne ont accepté l'installation de centaines de milliers de turcs afin d'obtenir des baisses des salaires, ont découvert par ailleurs que ceux-ci, loin d'être assimilés ou en voie de l'être, constituent pour la plupart des armes pour la remise en question des valeurs occidentales, face aux exigences d'un islamisme international qui plus que jamais mène la guerre sainte. Les images qui désormais se répandent à grande échelle montrant une abondance de femmes turques voilées, à commencer par l'épouse d'Erdogan lui-même, ne feront rien pour encourager les musulmanes européennes à se prévaloir de valeurs féministes. Angela Merkel commence à s'en rendre compte.

Les pays qui tels la France, comportant d'importantes minorités arabo-musulmanes dont beaucoup cherchent à se positionner durablement en contradiction permanente des valeurs de la République, auront également lieu de s'inquiéter. Erdogan ne manquera pas de les utiliser pour obtenir des gouvernements des avantages multiples, y compris une entrée dans l'Union européenne à laquelle il n'a pas renoncé afin de la détourner à son profit.

Pourtant, en dehors de Marine Le Pen - et encore - soyons certains que dans les jours qui viennent les candidats à l'Elysée se garderont bien d'évoquer le danger d'une dictature Erdogan.


 

 

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