THE GOODNESS PARADOX:

THE GOODNESS PARADOX: How Evolution Made us More and Less Violent. Ce dernier livre du primatologue britannique Richard Wrangham s'ajoute à une longue liste d'ouvrages dans lesquels il a exposé ses recherches concernant les primates et l'espèce homo. Celle-ci malgré ses prétentions n'en est pas autre chose qu'une forme sophistiquée.

Les recherches et les écrits de l'auteur ont porté sur le comportement des grands singes, l'évolution humaine, la violence et la coopération.

L'article qu'il vient de publier dans le NewScientist : How humans evolved to be both shockingly violent and super-cooperative, en date du 13 février 2019, résume la thèse principale de ce livre. Il n'existe pas une « nature humaine » comme l'on continue le plus souvent à l'affirmer, chez les sociologues comme dans le grand public. Ce concept est une chimère. Il est donc inutile de rechercher si l'homme est naturellement pacifique ou naturellement violent, et comment les sociétés se sont construites soit en exploitant soit en combattant cette prétendue nature humaine.

Pour lui, l'homme est agressif (ou belliqueux) de deux façons, l'une impulsive et l'autre préméditée. Plus précisément, pour approfondir ces termes, il faut parler de deux formes d'agression différentes, l'une réactive et l'autre proactive. La première se retrouve dans la plupart des espèces supérieures. Les individus s'y défendent avec les moyens naturels dont ils disposent contre toute attaque provenant d'une autre espèce, ou de membres de leur propre espèce. Dans ce cas, on peut encore parler d'agression spontanée, ou si l'on peut dire instinctive. Dans les meutes de loups certains individus peuvent dominer les autres par la peur qu'ils inspirent et qu'ils n'hésitent ps à provoquer pour s'imposer. C'est le cas bien connu des mâles dominants, dominant individuellement ou en groupe au sein de la meute.

Mais dans d'autres espèces, par exemple les chimpanzés, des individus généralement mâles peuvent s'associer pour en tuer d'autres, soit dans d'autres sociétés de chimpanzés, soit même au sein de leurs propre société. La plupart du temps la raison en est la compétition pour accéder aux ressources naturelles et bien évidemment aussi aux femelles. Mais de telles agressivités pouvant être considérées comme proactives sont rares et ne sont pas durables.

Un phénomène très différent s'est produit dans l'espèce humaine. Les agressions proactives s'y sont multipliées. Mais de façon inattendue, les agressions réactives y ont été progressivement censurées. Pour expliquer cela, on a parlé d'une auto-domestication. Les animaux dits domestiques sont conditionnés pour être débarrassés de leurs pulsions agressives, de façon à ce qu'ils puissent cohabiter avec l'homme sans risques pour ce dernier. Ces animaux domestiques ont acquis des caractères les différent profondément de leurs homologues restés sauvages. Ainsi les chiens résultant de la domestication ont des corps plus petits que ceux des loups, des faces moins projetés en avant et comparativement des cerveaux plus réduits.

Or la paléontologie humaine s'appuyant sur les fossiles retrouvés à ce jour montre que bien avant ce que l'on a nommé l'homo sapiens, apparu vers – 80 ans, un processus physique analogue peut être identifié chez les premiers homo erectus, datant d'environ - 2.500.000. Bien évidemment, il s'est agi d'un accident évolutif naturel, analogue à celui qui s'était produit quelques millions d'années précédemment au sein des australopithèques, analogue à ceux qui se sont produits depuis en permanence chez les hominidés après les premiers homo erectuset homo habilis. Cette évolution physique aurait favorisé les tendances à la raréfaction de l'agression impulsive, dont ont profité les comportements sociaux conformistes et créatifs, dans le domaine culturel et aussi concernant l'apparition du langage. Ce fut le cas chez les homo neandertalensis prédécesseurs de l'homo sapiens.

Cependant, au fur et à mesure que les premiers homo développaient entre eux des cultures coopératives, ils ont également appris à chasser avec des outils de plus en plus sophistiqués. Aujourd'hui encore les chasseurs dans les sociétés dites indigènes sont des mâles dominants. D'abord spontané, si l'on peut dire, portant sur des proies facilement accessibles, telles que malades ou accidentées, la chasse s'est organisée, employant pour ce faire des outils de plus en plus meurtriers. On peut penser que les dominants ont très vite utilisés ces armes pour s'imposer à d'autres dominants au sein de groupes étrangers en compétition pour les ressources. L'art de la chasse peut dès lors tout naturellement se transposer en art de la guerre. Ceci en particulier quand des groupes de chasseurs se trouvent en compétition pour accéder aux mêmes proies.

Avec le langage, la guerre a pu prendre de l'ampleur. Les raisons, fondées ou non, d'attaquer les semblables, sont entrées dans la culture des sociétés. Venger les victimes de ces guerres en a fourni une motivation de plus en plus puissante. Ainsi agressivité proactive est devenue bien plus fréquente et meurtrière que l'agressivité réactive.

Les critiques ne manqueront pas de reprocher à Richard Wrangham de construire des hypothèses complexes à partir de faits matériels limités. De plus ces hypothèses seront toujours difficles à vérifier. Mais l'anthropologie est une science qui diffère de la physique ou de la chimie. Elle raisonne sur des concepts. Il n'y a rien de plus fluctuant qu'un concept. Encore faut-il en créer si l'on veut s'élever au dessus de l'homo erectus.

Jean Paul Baquiast

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