Pourquoi la « crise des Gilets Jaunes » n'a-t-elle rien perdu de son intensité ?

La question est de plus en plus posée. La poursuite des manifestations de « gilets jaunes » en France attirent l'attention d'une grande partie des milieux politiques et des médias étrangers, ceux pour qui la France n'était jusqu'à présent qu'une puissance secondaire ne méritant pas de commentaires particuliers. Plusieurs réponses pourraient être apportées à cette question.

 La plus importante de celles-ci tient au fait que la persistance de ces manifestations révèle un phénomène que la plupart des pays développés n'ont jamais expérimentée . Non seulement cette persistance révèle un divorce de plus en plus marqué entre la population et le chef de l'Etat, mais elle met en évidence l'incapacité dudit chef de l'Etat à répondre aux critiques qui se généralisent à son égard. Un dernier exemple vient d'en être apporté par le fait qu'Emmanuel Macron, précipitamment rentré d'un week-end dans une station de ski, appelle à l'adoption de « mesures fortes contre la violence »...comme si ce n'était pas à lui de prendre ces mesures fortes.

Manifestement, il en serait bien empêché. Un ministre de l'Intérieur déconsidéré, une police exaspérées par la façon improvisée dont elle est utilisée, et qui entrent de plus en plus en sympathie avec les gilets jaunes qu'elle sait très bien distinguer des « casseurs », le fait même que ces casseurs paraissent encouragés par des émissaires du pouvoir pour déconsidérer les manifestants honnêtes, pose la question de savoir si désormais les forces de l'ordre accepteraient d'appliquer les mesures fortes auxquelles Emmanuel Macron rêve dans le calme d'un de ses bureaux à l'Élysée.

Plus en profondeur, l'opinion commence à réaliser que l'application de mesures de répression fortes risque de provoquer une recrudescence des mouvements pré-révolutionnaires, au lieu de les décourager comme c'est généralement le cas. Autant que l'on puisse savoir, c'est aussi de plus en plus le point de vue de la Grande Muette, c'est-à-dire de l'Armée

Cette même opinion, si l'on peut se permettre de l'interpréter, n'attend plus rien des conclusions que devrait proposer le Grand Débat dont Emmanuel Macron a plusieurs fois affirmé qu'elles ne changeraient rien à la ligne politique qu'il a lui-même défini sans consulter personne il y a plusieurs mois. La plus grande partie des conclusions qui commencent à s'en dégager demandent des changements profonds dans les équilibres et les choix politiques. Elles n'attendent rien d'Emmanuel Macron et de son parti La République en Marche qu'il utilise manifestement comme un instrument à son service.

Du mot d'ordre, Dissolution ou Démission, qui se répand de plus en plus non seulement chez les Gilets Jaunes mais aussi dans une partie de plus en plus grande de l'opinion publique, c'est le dernier terme, Démission, qui attire désormais l'attention. Jusqu'à présent, les esprits prudents avaient fait valoir qu'Emmanuel Macron avait été élu conformément au droit constitutionnel et qu'il serait gravement inconstitutionnel de demander sa démission. Mais manifestement les points de vue sont en train de changer. Celui qui est en train de s'imposer est « Place à un chef d'État compétent et amoureux de la France pour nous sauver du désastre ! ».

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