D'abord il faut relativiser le terme de majorité écrasante. La vraie majorité est celle des abstentionnistes. Ceux-ci se sont abstenus, non pour aller à la pêche à la ligne, mais pour manifester leur rejet d'un choix imposé qui permettra le succès d'une droite dure telle que la France n'en avait pas connue depuis la Chambre Bleu horizon en 1919.

A côté de ce programme, celui de François Fillon, rejeté par l'électorat aux primaires de la présidentiel, paraîtra bien timide. Il sera proche de celui préconisé par les « durs » du Congrès américain. Il tournera radicalement le dos à ce qui restait en France de « social-démocratie » apparue depuis 1936 et la Libération.

Il s'agira en fait, si l'on y regarde de près, du retour au pouvoir d'un capitalisme prédateur fondé sur la privatisation des ressources de production, de distribution et de conservation des ressources naturelles

On ne pourra pas dire que qu'une intervention régulatrice provenant d'un Etat social démocrate n'existe pas, et correspond à un rêve utopique. Rien que dans un certain nombre de pays européens, il avait exercé un pouvoir certes imparfait mais dont l'on cherchera en vain des traces dans le futur Etat macronien. Même s'il ne l'a fait que de façon timide, ce contrôle public des activités productives y correspond à une véritable volonté de transformation sociale, correspondant aux demandes des classes – ou catégories - sociales jusqu'ici exclues du pouvoir par le capitalisme prédateur.

Or l'on ne voit rien de tel dans les « réformes » préconisées par Emmanuel Macron et le grand capitalisme français et américain qui vont s'appuyer sur lui pour venir au pouvoir sans résistances. Inutile de faire ici la revue d'un programme politique de Macron, car celui-ci n'existe pas. On voit au contraire les dégâts qu'il fera avec l'abandon de la législation du travail ou autres mesures s'inspirant de la protection sociale.

Les français ne s'en apercevront peut-être pas tout de suite, aveuglés par le clinquants de réformes toutes en discours. Mais si comme il est vraisemblable l'appel à un Etat social régulateur s'impose prochainement en France et dans le monde, ils comprendront la non-existence du retour à un libéralisme dur tel que préconisé par Macron.

Cet Etat social régulateur sera indispensable dans les prochaines décennies pour lutter contre la crise climatique et la destruction des écosystème. Mais il pourrait l'être dans quelques mois si comme beaucoup d'experts le font craindre, une crise bien plus grave que celle de 2008 éclatait et se généralisait dans le monde occidental.

Il ne faudra pas compter alors sur Emmanuel Macron et son mouvement En Marche pour proposer la moindre solution. Ils s'en tiendront à leur refus de tout investissement public dans les domaines en danger.

J

 

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